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Le problème du service de taxis individuels dans le Grand-Tunis
Opinions - Les jaunes...partout et nulle part (Première partie)
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 04 - 2013


Par Mohamed Souheil HADDAD*
En ce matin du lundi 18 mars, les routes de la capitale—habituellement congestionnées— sont désertes et la circulation y est fluide. Une sorte de cadeau anticipé à l'occasion de la fête de l'indépendance, un bref ‘répit' pour les automobilistes qui—depuis bien des années—se sont résolus, bon gré mal gré, à composer avec une circulation chaotique et étouffante. Ça c'est la bonne nouvelle! La mauvaise nouvelle est que la grève des taxis individuels du Grand-Tunis—responsable de l'allègement de la circulation en ce jour—a perturbé les déplacements de milliers de citoyens utilisateurs de ce moyen de transport (public). La grève!—ultime moyen de pression contre le gouvernement vise,en premier lieu, le ministère du Transport.En effet, les «taxistes»désirent (1) revoir à la hausse la tarification de leurs compteurs, (2) réduire le taux des taxes, (3) annuler la taxe de stationnement, (4) réviser les normes d'octroi du permis de place (5) changer les règles qui régissent l'octroi des autorisations de taxis, et (6) évincer les intrus du secteur. En outre, les «taxistes» veulent voir le ministère des Finances (7) revenir sur sa décision d'augmenter les prix de l'essence et du diésel. Il s'agit là de tout un programme adressé au gouvernement : les «taxistes» aspirent à avoir moins de concurrence (les points 4 et 5 et 6) et plus d'argent dans leurs poches (points 1, 2, 3, et 7)...Le ministère du Transport répondra-t-il aux attentes de cette catégoriee de la société? Ou bien, au contraire, les balayera-t-il du revers de la main? Un dialogue de sourds, ponctué de grèves intermittentes, aura donc indubitablement lieu...Gagner du temps revient à en perdre. Il faudrait plutôt regarder de très près l'ensemble du service de taxis pour discerner ce qui est réalisable de ce qui ne l'est pas et ce, en vue d'arriver rapidement à un accord.
De plus, dans la mesure où la demande relative aux prix des carburants s'annonce difficile à satisfaire, les « taxistes » seront, à mon sens, prêts à lâcher du lest s'ils peuvent en contrepartie obtenir des garanties sur les six autres points. Cette demande n'est d'ailleurs probablement pas « fondamentale » aux yeux des « taxistes».
Par ailleurs, parmi les six demandes fondamentales formulées, l'élimination définitive des intrus du secteur paraît la plus facile à réaliser. Pour ce faire,il suffit que le ministère détienne le monopole légal de la production des plaques minéralogiques des voitures de taxis. La production de plaques minéralogiques spéciales à l'épreuve des contrefaçons devraient éliminer les près de 1400 taxis illégaux qui sillonnent les rues du Grand-Tunis—ou 10% des taxis en circulation selon l'estimation de la chambre des taxis individuels—. Si les taxis illégaux tiraient un revenu proportionnel à leur taille, cette mesure devrait augmenter d'environ 10% le revenu total des «taxistes» (légaux). A elle seule, cette initiative réduirait l'urgence des cinq autres demandes.
Le ministère du Transport pourra alors s'engager à mettre en place les processus qui permettent de commencer —dans un délai de trois mois—à produire ces plaques. À partir de là, une opération ordonnée de remplacement des anciennes plaques minéralogiques des taxis individuels réglementaires devra être mise en place. Cette dernière ne devrait d'ailleurs pas prendre plus d'un mois (à raison de mille plaques changées par jour).Toutefois, il est primordial que le processus de production des nouvelles plaques observe les plus hautes normes de sécurité afin d'éviter les dérapages, tel que le vol de plaques vierges ou encore la production de plaques au profit de taxis illégaux...mais ceci ne devrait pas poser de problèmes particuliers.
Dans la même veine—indépendamment de l'opération au profit des taxis individuels—le ministère du Transport devra, pour les mêmes raisons de fiabilité et d'uniformité, avoir le monopole sur la production des plaques d'immatriculation de tous les véhicules en circulation —incluant ceux de la police —. Le ministère devra également réorganiser ses opérations de services d'immatriculation et de contrôle mécanique des véhicules. Il s'agit de regrouper tous les services d'émission de cartes «grises» et de contrôle mécanique en trois ou quatre grands centres (dans le grand Tunis) où, en plus des services directement produits par le ministère, l'automobiliste se verra offrir les services de paiement de la taxe routière et d'achat de police d'assurance. Un espace pourra aussi être prévu—et loué—aux ateliers mécaniques pour d'éventuelles réparations rapides. Ces centres seront alors, dès leur mise en service, les seuls autorisés à produire les plaques minéralogiques. La même structure pourra par la suite être étendue au reste des régions du pays.
La réduction des coûts de transactions—en particulier ceux actuellement occasionnés par la nécessité de se déplacer à deux ou trois endroits— pour finaliser l'enregistrement des véhicules justifie l'investissement. Il suffit d'ailleurs de citer la réduction des déplacements(autrement dit des économies en carburant et donc en dépenses de subvention),la réduction de la pollution ou encore l'allègement de la circulation routière, pour s'en convaincre. Reste le problème du délai entre la date de prise de décision et –comme dirait le ministre de l'Education—le «premier coup de pioche»...Afin d'y remédier, je propose que le budget alloué aux travaux soit transféré au ministère de la Défense nationale qui fera alors exécuter les travaux par le corps du génie civil de l'armée. D'ailleurs, il est possible de recourir au même type d'arrangements pour exécuter plus rapidement certains projets d'infrastructure que le ministère du Développement régional n'a pu compléter en 2012...Sans entrer davantage dans les détails, je pense que cette méthode pourrait rapidement porter ses fruits.
Par ailleurs, pour revenir au sujet des taxis individuels et à la pertinence du reste de leurs demandes, il serait préférable, dans un premier temps, de regarder de plus près la réalité du secteur.En effet, tous les efforts devraient être déployés en vue d'analyser les caractéristiques inhérentes à ce secteur, et ce, en vue de bien comprendre son mode de fonctionnement. Selon le ministère du Transport, à la fin de l'année 2011,13839 taxis individuels étaient en service dans le Grand -Tunis. Pour l'ensemble du pays, le nombre serait d'environ 26.000. Ainsi, pour la même période, le Grand-Tunis, avec 23% de la population totale (Institut national des statistiques) serait servi par 53% des taxis individuels du pays. Je n'ai pas d'explication immédiate à cette inégalité apparente dans l'offre de service, si ce n'est que le niveau de revenu et donc la demande dans le Grand-Tunis serait plus élevée qu'ailleurs. Mais quoi qu'il en soit, de cette inégalité, le nombre impressionnant de taxis en service ne semble pas permettre aux résidents du Grand-Tunis d'avoir un service de taxi fiable. Je me rappelle les interminables ‘'discussions'' que j'avais eues dans le passé avec des chauffeurs de taxis qui refusaient de me prendre ou qui ne parvenaient pas à dissimuler, à l'occasion, leur mécontentement face à la «longueur» de la course. Tous, sans exception, tenaient le même discours: ‘‘C'est mon taxi, je travaille quand je veux, je prends qui je veux et je vais où je veux''. C'était dans les années 80, alors que les taxis dans la capitale étaient au nombre de 2000. Aujourd'hui, force est de constater que l'augmentation de l'offre (nombre de taxis) n'a pas suffi à imposer (par l'effet de la concurrence) une meilleure qualité de service... Ainsi, le problème demeure toujours le même...mais à une échelle plus grande.
Les taxis individuels ne représententque 6% des voitures en circulation dans la Grand-Tunis,mais ils sont—à raison de 8 à 10 heures par jour—constamment sur la route. Leur temps d'utilisation de la route étant plus long que la moyenne des autres utilisateurs, ils devraient ainsi représenter plus de 6% des véhicules en circulation à chaque moment de la journée...De ce fait, il arrive souvent de voir «jaune» sur la route!
Par ailleurs, bien que les «taxistes» ne perdent jamais une occasion de «crier famine», ces derniers se permettent, toutefois, le luxe de choisir leurs clients, leur horaire de travail et même leurs destinations. D'emblée, mon premier réflexe est de conclure que le métier est rentable et que si les «taxistes» «crient famine», ce n'est, en réalité, que pour détourner l'attention...sinon comment expliquer le paradoxe? Mais j'ai décidé, car il serait trop facile de se contenter d'une telle conclusion, de m'appuyer sur des chiffres. J'ai alors commencé par demander l'information à un «taxiste», ensuite un ami m'a aidé à avoir les lectures de compteurs d'un certain nombre de taxis...Ce n'est qu'après l'examen de ces chiffres que j'ai commencé à y voir plus clair.
Un taxi typique parcourt en moyenne 260 km par jour, dont 100 km sans prise en charge. Ce dernier parcourt, par conséquent, environ 38% de la distance quotidienne sans gagner un sou...à la recherche de clients qui, à leurs tours,le recherchent souvent en vain!... En carburant seulement, le coût des 100 km parcourus sans prise en charge--pour une petite voiture diesel—est d'environ 6 dinars par jour (ou environ, en comptant un jour de repos pour chacune des 52 semaines de l'année, 1872 dinars par année).Tout compte fait, en termes de revenu net (recettes moins taxes, assurances, vignette, carburant, usure de la voiture et remboursement du crédit), les «taxistes» sont pauvres...Leurs doléances s'avèrent alors tout à fait fondées. Par ailleurs, si ceci permet de lever le voile sur certains points évoqués précédemment, une question subsiste : pourquoi est-ce qu'ils continuent à faire la fine bouche, et ce, au prix de passer plus du tiers de leur temps sans prise en charge?
Pour élucider ce paradoxe, il y a lieu de voir cette situation comme le résultat d'un jeu de concurrence (particulier) entre les taxistes. Chaque«taxiste» cherche à «attraper» les meilleurs clients (ceux qui parcourent de longues distances, et/ou qui donnent de bons pourboires) et il sait, par expérience, où trouver ces «meilleurs clients». Les «taxistes» vont alors se diriger vers les mêmes endroits, quitte à parcourir de grandes distances (les 38% de la distance quotidienne) sans prise en charge. Il en résulte une concentration de taxis à certains endroits du Grand-Tunis (là où justement ont voit souvent «jaune») et leur absence à certains autres endroits. Absence qui n'est pas étrangère à l'apparition des pseudos taxis mentionnées plus haut. De leurs côtés, les clients qui veulent augmenter leurs chances d'avoir un taxi, s'arrangent pour se retrouver à ces mêmes endroits à forte concentration en taxis. Cela engendre une conséquence indubitable : un «taxiste» qui refuse un client a de grandes chances d'en trouver rapidement un autre... Par ailleurs, dans la mesure où ce dernier paye en moyenne 38% de son coût en carburant pour arriver à ces endroits, il devra, par conséquent,systématiquement refuser de prendre de petites courses, où des courses qui l'éloignent trop de son circuit «lucratif».
Pour avoir tant toléré ce jeu particulier de concurrence pour attraper «les meilleurs clients» nous nous retrouvons dansune sorted'équilibre sous-optimal : nous avons, d'une part, des clients qui, en plus de courir le risque de monter une fois sur dix dans un pseudo-taxi, ne sont pas servis convenablement même dans les endroits de la ville où il y a une forte concentration de taxis individuels ...et d'autre part, des «taxistes»qui ne parviennent pas à tirer un revenu adéquat de leur activité.
* (Universitaire, Tunis Business School)


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