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Renvoyée aux calendes grecques
Réforme du système éducatif
Publié dans La Presse de Tunisie le 19 - 01 - 2019

Il ne faut pas avoir peur de le dire : notre système éducatif va de mal en pis. Les raisons en sont multiples. Depuis plus de cinq ans, on essaye de trouver des solutions qui ne viennent pas.
A travers une éventuelle réforme, les parties impliquées ne sont jamais parvenues à la moindre entente. D'où la question lancinante qui ne cesse de se poser à nous. Le « casting » des acteurs de cette réforme était-il le bon ? La réponse était venue depuis le début. En effet, l'opposition de l'Ugtt à la participation de l'Institut arabe des droits de l'homme était une évidence. L'organisation syndicale n'y voyait aucune justification, ni représentativité de quoi que ce soit.
Freins et obstacles
Toujours est-il que des pas importants ont été franchis dans l'élaboration d'un nombre énorme de recommandations par le biais des commissions qui ont effectué ces travaux. C'est ainsi que tous ces efforts, ces centaines d'heures perdues dans des consultations et des réunions, cette vaste mobilisation de plusieurs compétences, ces centaines de millions de millimes dépensées pour financer ces assises et tous leurs corollaires sont restés vains. Ils n'ont abouti à aucun résultat pratique, puisque rien n'a pu être mis en œuvre. A l'exception de quelques «mesurettes», les grands axes devant servir de vrais leviers à une Réforme effective n'ont jamais pu être mis sur pied. Le ministère de l'Education est dans l'obligation de naviguer à vue et de se contenter de colmater les brèches qui se manifestent par-ci, par-là avec des chances de réussite très hypothétiques. Aujourd'hui, le Département de l'éducation n'est plus maître de son destin. Il n'a pas les coudées franches pour mener à bien quelque politique que ce soit. L'ingérence directe et intenable des syndicats constitue, depuis 2011, un frein à toute tentative de changement visant à introduire de nouvelles méthodes de travail et d'approches pédagogiques plus modernes.
Changer de tactique
C'est pourquoi on n'ose plus avancer sans risque de déclencher des réactions violentes de la part de ces syndicats qui ont fait main basse sur tous les rouages. Il s'est avéré, donc, qu'on ne pourra plus rien faire dans ce contexte asphyxiant. Aussi, d'autres options doivent-elles être envisagées. Pourquoi continuer à prendre en compte une quelconque réforme alors qu'il n'y a aucune possibilité qu'elle voie le jour dans un horizon proche ? Ne serait-il pas plus logique d'abandonner cette idée au profit d'une démarche plus pragmatique et plus réaliste? C'est-à-dire une démarche qui tienne compte des exigences immédiates et de la réalité du «terrain». Il est devenu inutile d'attendre, à l'infini, un compromis entre des intervenants aux intérêts antagonistes. Le ministère de l'Education ne doit pas rester l'otage des revendications syndicales qui vont retarder tout effort d'améliorer les conditions de travail et le rendement du système éducatif. Les sempiternelles discussions autour de n'importe quelle orientation ne vont pas s'arrêter tant qu'on n'aura pas mis fin à l'amalgame chronique entre l'action syndicale et la gestion administrative relevant des prérogatives ministérielles. Lorsqu'on voit tout ce qui a été fait, jusqu'ici, aux plans des tentatives de mise à niveau du système éducatif (du primaire au supérieur) on ne peut que se sentir déçu des échecs enregistrés s'agissant de la concrétisation des outputs et autres recommandations des experts.
Dégradations
Ce qui est encore pire, c'est le temps perdu à rester dans l'expectative sans oser rien faire. Il faut, forcément, mettre de côté tous ces discours creux et stériles qui n'ont d'autres buts que de retarder le processus de rénovation de notre école. Quand on sait que le budget réservé aux efforts d'éducation et de savoir consentis par le pays on comprend mieux les enjeux. Bien que près de 80 % des dépenses soient destinées aux salaires, cela n'enlève rien à l'intérêt accordé par le pays au secteur de l'enseignement. Or, ce qui est alarmant, aujourd'hui, c'est que des forces « rétrogrades » retiennent ces efforts et cherchent à freiner la marche. La grave crise (sans précédent) par laquelle passe tout notre système éducatif montre à quel point nous sommes descendus si bas. L'Ecole publique tunisienne a subi le plus grand coup depuis des décennies. S'en relèvera-t-elle ? Très difficile même avec tout l'optimisme dont on veut se prévaloir. On quitte de plus en plus nos institutions vers les établissements privés qui gardent, somme toute, le cap. De son côté, le décrochage scolaire est à son plus haut niveau dépassant allègrement les 100.000 élèves/an. Ceci, sans oublier qu'on ne vit pas seul dans ce monde. A l'Etranger, on suit les contreperformances dont notre système est devenu la victime. C'est, du coup, la crédibilité de nos diplômes qui en pâtit le plus. L'accumulation de ces dysfonctionnements à cause de ces attitudes « irresponsables » menées contre l'Ecole tunisienne mèneront vers la faillite programmée et voulue par ces «agitateurs» qui utilisent des arguments soidisant légitimes.
Accorder un répit à l'école
On sait que près de 5.500 milliards de millimes ont été réservés au ministère de l'Education pour cette année. C'est le premier en importance dans le cadre des investissements consentis au Savoir. Pourquoi tout cet argent devrait-il être jeté par les fenêtres à cause de ces grèves illimitées, ces boycotts, injustifiés selon les élèves et les parents ? Pourquoi cette lutte, chaque année, contre des mesures faisant partie des prérogatives du ministère ? Pourquoi, aussi, tout ce qui est proposé est-il refusé par les syndicats ? Tout cela ne peut qu'intriguer.
N'y a-t-il pas moyen de laisser l'Ecole respirer et lui offrir une chance de se refaire et de s'améliorer ? C'est dans ce contexte morose, enrageant et décourageant que l'on peut s'interroger sur la nécessité ou non d'entamer une réforme. D'aucuns pensent qu'elle n'est plus d'actualité vu les obstacles infinis que l'on ne cesse d'ériger. De plus, on a perdu des années à chercher les « meilleures » approches sans qu'il y ait le moindre compromis. Sur un autre plan, on se demande si la Tunisie a les moyens de s'offrir un tel aggiornamento dont l'issue n'est pas garantie et dont le financement n'est pas une mince affaire. En effet, on avait estimé, en 2016, que le coût de cette réforme atteindrait les 4.105 milliards de nos millimes pour la période allant de 2016 à 2020. Soit près de 1.000 milliards par an. Cette enveloppe engloberait 9 axes. Le premier concernerait l'équité et l'égalité des chances avec 175 milliards.
En second lieu, il y a la révision de la carte scolaire dont le coût s'élèverait à 320 milliards. Il y a, aussi, l'optimisation des ressources humaines qui devrait mobiliser quelque 430 milliards. Le développement des acquis des apprenants et le relèvement de la qualité des apprentissages ont été évalués à 650 milliards. Pour leur part, l'amélioration de la vie scolaire et la restructuration de l'enseignement préparatoire et secondaire coûteraient, respectivement, 440 et 650 milliards chacune. Tandis qu'on réserverait à la lutte contre la déscolarisation près de 70 milliards et 420 autres milliards à la bonne gouvernance. Enfin, 950 milliards iraient à la promotion des technologies modernes.
Priorités
Tout cet arsenal avait été conçu dans le but de mettre en place une vraie réforme. Mais certains en ont voulu autrement et le processus, comme on le voit, est en panne. Soixante ans après la première réforme de 1958, la machine est au point mort. Malgré la deuxième réforme de 1998 et la loi d'orientation de 2002, il paraît que notre enseignement n'est plus capable d'avancer et que des ingérences de plus en plus pesantes gangrènent le corps du système éducatif. L'heure, de toute évidence, n'est pas à l'application de quelque réforme que ce soit.
Il faudrait abandonner, provisoirement, cette idée et la reporter à plus tard. Le temps que la situation s'assainisse et que les conditions soient plus propices à la mise en œuvre d'un tel projet. Par contre, il est recommandé d'œuvrer à entreprendre les mesures prioritaires pour assurer le minimum requis. En premier lieu, il y a cet impératif de remettre sur les rails cette machine qu'on cherche à bloquer par tous les moyens. En outre, il faut faire attention à ces agendas qui ne sont pas les nôtres mais que, malheureusement, des parties tunisiennes sont en train d'exécuter.
Ceci montre que le danger est là et qu'il faut l'éloigner au plus vite. Et, malheureusement, ce qui a été dit à propos des tentatives de réforme du système éducatif pour les niveaux du primaire et du secondaire reste valable pour l'enseignement supérieur et la recherche scientifique. Là aussi, on est toujours au point mort. Les mêmes conflits minent toute percée.


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