Le président Saïed : "La Tunisie ne paiera pas le prix d'un système économique mondial qui plonge nos frères africains dans la misère"    Sfax : Les agriculteurs reprennent leurs activités après l'évacuation des camps de migrants irréguliers    Taxes de Trump: Plus de 0,5 % du PIB en jeu pour la France    La Tunisie se lance dans la 5G privée : Les détails d'une transformation numérique sur-mesure    Brief régional de la semaine: Un mort et un blessé dans l'explosion d'une mine à Jebal Salloum    Tennis : Aziz Dougaz entame sa compétition au Challenger du Mexique contre l'Argentin Tirante    Cinq ans après, Saïed réaffirme que la Tunisie n'a signé aucun accord de renvoi avec l'Europe    Fortes pluies attendues aujourd'hui dans plusieurs régions tunisiennes : Les détails    Kasserine : 5921 candidats passeront le bac sport (Audio)    Kaïs Saïed commémore le 25e anniversaire du décès de Habib Bourguiba    De la culpabilité à l'aveuglement : l'Allemagne et la tragédie de Gaza    Les larmes de Mourad Zeghidi    Coupe de Tunisie – Seiziemes de finale – ST : En toute humilité    Coupe de Tunisie – Seiziemes de finale – CSS : Créer une forte alchimie    Saïed : ''Le traitement des migrants subsahariens par la Tunisie était humanitaire et éthique, sans précédent dans le monde''    Il y a 25 ans, décédait Habib Bourguiba    Fin des travaux d'aménagement du chemin rural reliant Chenini à Er-Remathi    Affaire des nourrissons : les accusés cumulent dix ans de prison    Kasserine: Démarrage de la 4e édition du Festival du printemps de la petite enfance [Déclaration]    Augmentation des prix à la consommation de 0,9% en mars 2025    Phosphates: Plan d'une ambition à notre portée    INM: Les zones les plus arrosées au cours des dernières 24 heures    Appel à une révision législative pour protéger l'allaitement maternel et interdire les substituts    Le président Kaïs Saïed en visite à Monastir pour commémorer le 25e anniversaire du décès de Habib Bourguiba    Revue de la semaine: Calendrier fiscal du mois d'avril 2025    Ce dimanche: Entre averses et soleil, la météo joue aux contrastes    Londres-Israël : un incident diplomatique relance les tensions sur le dossier Gaza    révoque tous les visas des ressortissants du Soudan du Sud et suspend les nouvelles délivrances    INS : plus de 700.000 entreprises recensées en 2022    Maroc : Le PJD alerte sur la présence d'églises informelles et interpelle les autorités    Les droits de douane de Trump entrent en vigueur...    14E EDITION DU FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM POUR L'ENFANCE ET LA JEUNESSE DE SOUSSE (FIFEJ): Le poignant «Matula» d'Abdallah Yahia en ouverture    Jebali : Aucune entrée de migrants africains par les frontières terrestres depuis le début de l'année    Massacre à Gaza : des Tunisiens manifestent devant l'ambassade des USA    La Tunisie sacrée première mondiale au concours afro-asiatique de l'huile d'olive vierge extra à Abou Dhabi    Sidi Bouzid : une secousse tellurique de magnitude 3,1 ressentie à l'est de Mekknaâsi    Palestine : les enfants et les élèves, premières victimes de l'occupation sioniste    Les réserves des barrages en hausse    Lotfi Abdelli partage lui-même l'intox sur son arrestation    Le Festival international du Film pour l'Enfance et la Jeunesse à Sousse du 8 au 12 avril 2025    Moncef Laroussi ; un souvenir inoubliable    La cité des sciences de Tunis accueille la 2e édition du Salon des aquariums d'ornement    Par Imed Dérouiche : Danse avec la Mort    HCR : Diminution significative des arrivées de migrants sur les côtes italiennes    Firas Gattoussi toujours numéro 1 Mondial et Olympique au Taekwondo en Avril    Prix du design de l'Institut du monde arabe 2025 : l'IMA annonce l'ouverture de l'appel à projets    Figures de Sfax : Un livre instructif de Ridha Kallel    Basket-ball : Des confrontations intenses en demi-finale de la compétition    









Souveraineté alimentaire : L'étau se resserre sur la Tunisie
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 07 - 2023

La progression inquiétante de l'inflation à deux chiffres des denrées alimentaires constitue une menace pour la sécurité alimentaire. La forte dépendance aux importations alimentaires et la volatilité des cours mondiaux de ces produits constituent une autre source de vulnérabilité de la Tunisie et de sa souveraineté alimentaire et pèsent de tout leur poids sur le budget de la Caisse de compensation et l'équilibre déjà fortement fragilisé des finances publiques.
Décidément, la crise qui frappe le pain se poursuit et vient s'ajouter aux pénuries répétitives des denrées alimentaires (farine, semoule, sucre, café...) de base accentuant ainsi la paupérisation de plus en plus évidente des citoyens, aux flambées des prix qui envahissent les marchés... Avec tous ces manquements conjugués à la crise économique qui sévit en Tunisie et qui ont marqué la vie publique, nous sommes au bord d'une crise qui risque, si elle persiste, de mettre en ébullition la société tunisienne.
L'image des files d'attente devant les boulangeries est devenue un spectacle quotidien. Cette situation dure depuis des mois et les pouvoirs publics ne font rien pour dissiper les craintes de la pénurie qui s'éternise ou pour intervenir au moment où la tension sur la farine et la semoule bat son plein. La rareté du blé a provoqué une forte inflation et a détérioré le climat social. Les populations sont partagées entre résilience, accablement et colère. Le panier de la ménagère devenant inaccessible même aux classes moyennes, le pain retrouve son statut d'aliment vital pour les indigents.
Les pénuries existent, c'est incontestable, mais elles ne sont plus ponctuelles. A l'évidence, pareils manquement sont accueillis avec moins de résilience. Le pays maintient tant bien que mal son approvisionnement par la diversification de ses sources. Le mécontentement devient alors perceptible, plus débridé. Les citoyens parlent, protestent, avec un sentiment d'impuissance face à des hausses tarifaires que plus personne n'explique.
Le président de la Chambre nationale des boulangers, relevant de l'Utica, Mohamed Bouanane, précise que les augmentations des prix du pain sont appliquées par certaines boulangeries non classées. «Nous n'avons aucun moyen de contrôle à ce niveau. Toutefois, nous avons appris que l'Etat procède au contrôle et que les contrevenants sont privés de la farine subventionnée».
Dépendance des importations
Malgré l'importance des surfaces emblavées qui faisaient de la Tunisie «le grenier de Rome», le pays n'est plus en mesure, depuis des décennies, d'atteindre l'autosuffisance en céréales, qui constituent la source principale des apports énergétiques alimentaires de la population tunisienne. En effet, l'apport énergétique en céréales par personne en Tunisie est plus élevé que la moyenne mondiale et de la moyenne africaine avec 1.676 kcals par jour et par habitant, contre 1.307 kcals pour la moyenne mondiale et 1.298 kcals pour la moyenne africaine.
On assiste, dès lors, à une dépendance du pays de l'importation des céréales qui grève les finances publiques et met en péril sa souveraineté alimentaire, notamment en cas de crises économiques, climatiques ou sécuritaires. Le taux de dépendance de l'importation des céréales évolue au gré des récoltes annuelles qui, elles, dépendent pour une large part des conditions climatiques. Entre 2000 et 2020, il a varié dans un intervalle allant de 55,8% durant la période 2004-2006 à 71,5% au cours de la période 2017-2019.
De même, les prix à l'importation des céréales jusqu'au mois de mai 2023 ont connu une baisse de -20,7% pour le blé dur, de -15,1% pour le blé tendre, de -11,0% pour le maïs.
Cette dépendance des importations n'a pas manqué d'affecter la balance alimentaire qui enregistre un déficit devenu chronique et qui grève les finances publiques et alourdit à son tour les déficits de la balance commerciale et la balance des paiements.
Dans un rapport publié par la FAO sur les répercussions de la guerre en Ukraine sur la production agricole et la sécurité alimentaire dans les pays du sud de la Méditerranée (Liban, Jordanie, Egypte, Tunisie et Maroc), il est indiqué que suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, les prix mondiaux des denrées alimentaires ont encore augmenté par rapport aux niveaux déjà élevés de 2021, atteignant des sommets records en mars 2022.
L'indice FAO des prix des denrées alimentaires s'établissait en moyenne à 159,3 points en mars 2022, bondissant de 17,9 points (12,6 %) par rapport à février 2022 et atteignant sa valeur la plus élevée depuis la création de l'indice en 1990. Or, les importations des produits céréaliers constituent, en Tunisie, la part prépondérante des importations alimentaires. Cela comporte des risques énormes sur la sécurité et la souveraineté alimentaires du pays, notamment au vu des difficultés financières que vit le pays depuis quelques années. En effet, les données de l'Office du commerce tunisien indiquent que les importations des céréales ont atteint 1.941 MD en 2020, soit 40% des importations alimentaires telles qu'estimées par la BCT et 3,8% de l'ensemble des importations (estimées à 51.463,7 MD par INS). Pour les 7 premiers mois de 2022, les importations de blé et d'orge ont coûté 2.308,2 millions de dinars contre 1.452,1 millions de dinars au cours de la même période 2012, soit une augmentation de 58,9%.
En plus de l'augmentation de la consommation des produits céréaliers et les conditions climatiques qui influent sur la production nationale qui évolue en dents de scie, l'envolée des cours des céréales et des frais de transport et d'assurance a lourdement impacté la valeur des importations de ces produits.
Faut-il remarquer, également, que la production des céréales a connu, au cours des deux dernières décennies, une tendance à la baisse, notamment pour le blé dur et le blé tendre. La production quinquennale de blé dur est passée de 5.729,8 milliers de tonnes durant la période 2002-2006, (soit une moyenne annuelle de 1.146.000 tonnes) à 5.251,6 milliers de tonnes au cours de 2007-2011, pour s'établir à 4.834,5 milliers de tonnes durant la période 2012-2016, (avec une moyenne annuelle de 9.666.900 tonnes).
Pour le blé tendre, la production est passée durant les mêmes périodes de 1.275.200 tonnes à 1.191.000 tonnes puis à 1.016.100 tonnes. Le rapport de «S&Poors Global Ratings» sur certains pays de la région Mena, indique, par ailleurs, qu'au vu de la moyenne de la production tunisienne de blé, de la production prévisionnelle de 2022-2023, et de la moyenne des importations durant la période 2016/2017-2020/2021, les prévisions des importations de blé pour l'année 2022-2023 sont estimées à près de 2.000 milliers de tonnes.
Toutes ces données montrent clairement les risques encourus par la Tunisie sur le plan de sa souveraineté alimentaire et l'état de ses finances publiques et ses équilibres macroéconomiques. Les politiques économiques et sectorielles appliquées au cours de la dernière décennie ont aggravé la dépendance alimentaire vis-à-vis de l'étranger et contribué à perturber les bases des filières agricoles que le pays avait.
Le dossier d'approvisionnement du pays en céréales et dérivés a été examiné récemment lors d'une séance de travail présidée par la Cheffe du gouvernement, Najla Bouden, qui a insisté sur l'impératif de garantir la disponibilité de ces produits en quantités suffisantes et d'augmenter le rythme de distribution afin de remédier aux perturbations enregistrées. Les membres du gouvernement ont aussi, mis l'accent sur les questions relatives à l'intensification du suivi et du contrôle des opérations de transformation des céréales et de distribution de leurs dérivés, pour lutter contre les tentatives de monopole et de détournement des produits subventionnés.
Inflation et baisse du pouvoir d'achat
Le pouvoir d'achat est, sans aucun doute, un des éléments essentiels qui déterminent la sécurité et la souveraineté alimentaires. Plusieurs facteurs structurels et conjoncturels étaient à l'origine de l'envolée des prix des produits alimentaires, au cours des dernières années. En effet, les données de l'INS indiquent que, jusqu'en 2023, l'inflation confirme sa tendance haussière en augmentant encore une fois pour atteindre le taux de plus de 10%.
La tendance à la hausse observée des prix à la consommation est durement supportée par les classes sociales défavorisées ainsi que les classes moyennes, d'autant plus que son rythme s'est nettement accéléré au cours de ces dernières années.
La progression inquiétante de l'inflation à deux chiffres des denrées alimentaires constitue une menace pour la sécurité alimentaire. La forte dépendance des importations alimentaires et la volatilité des cours mondiaux de ces produits constituent une autre source de vulnérabilité de la Tunisie et de sa souveraineté alimentaire et pèsent de tout leur poids sur la Caisse de compensation et l'équilibre déjà fortement fragilisé des finances publiques. Une prise de conscience est donc fondamentale pour assurer les besoins alimentaires et agricoles à tous les citoyens, réguler les marchés d'approvisionnement et pour éviter toute rupture des produits alimentaires de base.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.