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Détérioration du pouvoir d'achat du Tunisien : réalité ou illusion ?
Tendance
Publié dans La Presse de Tunisie le 15 - 06 - 2011

«Chute de la consommation du poisson en Tunisie depuis la révolution : normal, ceux qui avaient les moyens d'en manger ont tous fui à l'étranger !».
Cette boutade de notre cher collègue Lotfi Ben Sassi dans notre livraison de samedi dernier permet de bien lancer cette question qui reste depuis le 14 janvier 2011 au-devant de la scène publique. Récurrente, elle est dans la bouche de la plupart des salariés, à l'image des revendications enregistrées ici et là, surtout que certains n'hésitent pas à faire de la détérioration du pouvoir d'achat une des causes de la révolution tunisienne.
A vrai dire, concilier revenu disponible et dépenses quotidiennes et impromptues a été toujours un casse-tête pour les ménages aggravé par le rythme effréné des dépenses actuelles et en perspective, conséquence de l'enchaînement rapide des échéances et de la montée en puissance et de la sophistication des besoins. Du coup, c'est tout le système de distribution et de redistribution des fruits de la croissance économique entre les différentes catégories sociales qui semble incriminé.
Décrié, le système triennal de majoration des salaires basé sur des négociations tri-annuelles entre les différents partenaires sociaux et l'augmentation annuelle du Smig et du Smag — respectivement salaire minimum industriel et agricole garanti — n'aurait pas amélioré le niveau de vie des consommateurs. Ceci n'est pas seulement l'impression de l'Homme de la rue, mais également et surtout de bien d'experts économistes, tels M. Hassine Dimassi qui n'a pas hésité à qualifier les majorations salariales durant la décennie passée d'«augmentations négatives» eu égard au taux d'inflation qui était en vigueur.
Ainsi, cet expert préconise des négociations plutôt annuelles des conventions collectives afin que lesdites négociations contribuent à préserver le niveau de vie des salariés (par référence à l'évolution de l'indice des prix) et à l'améliorer du mieux possible (par référence au gain de productivité), surtout que les négociations du passé ne se sont référées, selon lui, à aucun des indices précités.
Cependant, si certains dénoncent aujourd'hui la cherté de la vie — ils n'auraient pas totalement tort — cela est due notamment à l'explosion des dépenses des ménages tunisiens toutes catégories confondues.
Pour apprécier à sa juste valeur le niveau de vie des consommateurs, il convient de décortiquer la structure de consommation des ménages.
Pour cela, il est nécessaire de prendre certains facteurs en considération. Par exemple que le revenu disponible et la taille du ménage influent significativement sur le niveau de vie. De même que pour l'âge des enfants constituant le ménage (leurs exigences et besoins croissent avec l'âge).
Pour trancher donc avec la question de mesure du pouvoir d'achat, il faudra voir avec la lucidité requise ce qu'on consomme et ce qu'on dépense. Au terme de ce bilan, il apparaîtra sûrement des dépenses indispensables du quotidien, mais et surtout des dépenses superflues ou moins utiles, mais qui pèsent lourdement dans le budget familial.
Souvent aussi le revenu disponible est mal apprécié. Les ménages ne prennent pas parfois en compte l'ensemble des revenus disponibles, hormis les pensions et le salaire ou le revenu de l'activité exercée. Les prestations sociales (assurances, allocations familiales et autres indemnités), les transferts en provenance d'autres ménages et autres primes et émoluments extra salariales (prime de rentrée scolaire, à l'occasion des Aïds ou autres) ou encore en nature, ainsi que les revenus du patrimoine (placements boursiers, bancaires ou autres comme les loyers) sont purement et simplement occultés. C'est en fait l'ensemble de ces revenus qui reste à la disposition des ménages pour être consommé ou épargné.
A bien y avoir, l'impression désagréable d'avoir les poches vides vers la moitié du mois (ou à la fin de la première décade pour certains) n'est en fait pas due à une érosion des revenus, mais plutôt à un dérapage des dépenses de consommation alimentées par l'explosion de nouveaux besoins générés par l'évolution du mode de vie, l'émergence des technologies de l'information et de communication, et le relèvement continu des revenus.
Téléphone portable et consommation téléphonique en rapport (pour tous les membres de la famille même ceux en bas âge), ordinateur personnel (fixe ou portable), écran plat, télévision par satellite, internet haut-débit, four micro-ondes, appareil photo numérique, lecteur DVD, baladeur, produits culturels, etc., sont autant de nouveaux besoins que nous n'avions pas une quinzaine d'années en arrière. Conséquence des pressions de la société de consommation et de l'entourage (enfants, conjoints…), ces nouveaux besoins, qui s'ajoutent de fait  aux dépenses dites contraignantes (loyers, remboursements de crédit ou du prix de vente à crédit, consommation d'électricité, d'eau, de téléphone, nourriture, habillement et loisirs, etc., ont contribué à l'élargissement de l'assiette des dépenses globales. Les ménages sont ainsi amenés à dépenser plus sans parfois s'en apercevoir.
D'un autre côté, l'augmentation de certains produits et services trouve son explication dans l'amélioration de leur qualité. Or, le consommateur ne ressent le plus souvent que la hausse du prix et non l'amélioration de la qualité.
La pression sur les budgets des familles tunisiennes est à rechercher aussi du côté des nouveaux modes de consommation, l'explosion des ventes à tempérament ou à crédit et l'agressivité des stratégies de marketing des commerces et surtout des grandes surfaces, outre l'inflation importée qui renchérit plusieurs produits en provenance de l'étranger.
Certes, le Gouvernement provisoire III est conscient de la nécessité de booster les revenus, en créant les postes d'emploi promis, en mettant un terme au travail précaire dans le secteur public et en avalisant l'entame des négociations sur les majorations salariales, surtout que le plan de relance mis en pratique en avril dernier est basé sur la stimulation de la demande intérieure — l'investissement et la consommation — or, cette dernière nécessite une amélioration du pouvoir d'achat des salariés notamment.
Autre point positif à mettre à l'actif de ce gouvernement, le maintien des prix des produits de base, alimentaires et énergétiques, bien que leurs cours aient explosé au niveau mondial (la Caisse générale de compensation s'en est chargée), il faut reconnaître que cela contribue notablement au maintien du pouvoir d'achat des ménages.
D'un autre côté, mis à part la réévaluation des revenus, il n'est pas inutile de rappeler que le consommateur a aussi un grand rôle à jouer pour se faciliter la vie et atteindre un niveau de vie décent en parant autant que se faire au surendettement.
Protéger le consommateur de lui-même
Cela passe assurément par l'accentuation de la sensibilisation. Il est vrai que les échéances des fêtes familiales et religieuses génératrices de consommation s'enchaînent à loisir. A ce titre, deux échéances majeures pointent déjà : d'abord la saison estivale avec la ruée vers les zones montagnardes ou côtières et son lot de séjours balnéaires, sorties, randonnées, excursions et voyages, rafraîchissements, cérémonies familiales en tout genre — mariage ou fiançailles, circoncision, réussite scolaire ou universitaire— , festivals…
Ensuite, il faut compter avec l'avènement du mois de Ramadan, mois des pics de consommation par excellente, puis les dépenses de la fête de l'Aïd qui interfèrent avec la rentrée scolaire et universitaire (fournitures et manuels, frais d'inscription, abonnements de transports, …), puis le deuxième Aïd ou la fête du Sacrifice avec l'achat du mouton, etc. Résultat : des dépenses impromptues qui accentuent la propension dépensière et qui ne sont pas sans séquelles quant au budget des ménages.
Comment donc consommer plus avec un revenu ou salaire qui ne subvient plus aux besoins, compte tenu du nouveau mode de vie ? En l'absence d'une épargne quelconque, la solution est vite trouvée et réside dans le recours à l'endettement, auprès de la famille ou des amis; à défaut, c'est la banque qui est le refuge et la cible idéale, surtout si le salaire y est domicilié.
Attention quand même au recour excessif à l'endettement bancaire, véritable arme à double tranchant, qui n'est jamais sans frais. Mais si pour certains besoins vitaux, tels notamment la construction ou l'acquisition d'un logement ou encore d'une automobile, le recours au crédit bancaire paraît incontournable, au vu de l'imposant investissement à mettre sur la table (n'est pas à la portée de la plupart des ménages), pour d'autres en revanche, l'endettement bancaire — qui reste assez onéreux — ne s'impose point. Or, les ménages continuent de céder aux caprices de la société de consommation et aux pressions de l'entourage. Résultat : un taux d'endettement assez contraignant qui limite la marge de manœuvre du budget familial.
D'ailleurs, une étude éditée l'année écoulée par le Credif traitant du thème «Le couple, l'argent et la gestion du budget familial», sur la base d'un sondage de cinq cents couples, a révélé que la plupart des ménages sondés sont endettés vis-à-vis des établissements de crédit. Cela concorde d'ailleurs avec le constat avancé par l'Organisation de défense du consommateur stipulant que plus de 75% des ménages tunisiens sont endettés vis-à-vis des banques et des établissements financiers. La deuxième source d'endettement des ménages réside dans les proches et amis.
En effet, outre l'achat de terrain ou de logement ou encore d'aménagement (chauffage central, solaire ou climatisation, entretien, extension du logement), l'acquisition d'automobile et la contraction de crédits fournisseurs (auprès des commerçants du coin, des grandes surfaces ou autres fournisseurs d'électroménagers ou autres), de nouveaux besoins ont vu le jour : les ménages tunisiens sollicitent des crédits pour assurer le financement des études à l'étranger de leurs progénitures, pour financer leur projet professionnel ou pour leur acquérir une automobile ou pour construire leur domicile! Autre entorse : le nombre élevé des crédits directs ou crédits de consommation qui prennent de plus en plus l'aspect de crédits revolving (qui se renouvellent indéfiniment), ce qui traduit bien la défaillance chronique des budgets face à la déferlante des dépenses régulières et impromptues.
Cette culture d'endettement est expliquée par les sociologues par la rançon du progrès social et de l'ouverture sur le monde, ceci sans compter les évolutions sociales relatives à l'urbanisation, la modernisation sans cesse accrue du mode de vie, les attributs de la société de consommation, l'impact grandissant de la publicité et des plans et campagnes commerciales qui accentue la consommation des ménages qui aspirent à toujours plus de prospérité et à une meilleure qualité de la vie. 
Toutefois, le consommateur est tenu d'observer la diligence nécessaire à certains aspects qui peuvent alourdir son taux d'endettement.
D'abord, le coût du montage financier concocté par nombre d'agences bancaires dans le cadre de formule de rachat de crédit ou de crédit revolving (renouvellent continu du crédit). Cette pratique proposée par nombre d'établissements de crédit, si elle permet à l'usager de banque de débloquer une situation financière inextricable et souvent compromise, elle constitue pour l'établissement de crédit un important creuset de rentabilité. Le client non avisé dans la plupart des cas s'empresse de disposer des quelques liquidités allouées par cet arrangement, ignorant qu'il devra supporter un imposant surcoût en matière d'agios, commissions et autres frais savamment dissimulées dans cette mouture.
Autre point important à prendre en compte par les particuliers recourant au financement bancaire : la non -répercussion par nombre d'établissements de crédit de la place de la baisse du taux directeur décidée au début de l'année 2008. D'ailleurs, l'obligation d'informer la clientèle de toute modification des conditions de banque reste timidement appliquée.
Autre pratique qui nécessite la vigilance du consommateur : le taux d'intérêt appliqué par les commerçants et entreprises dans le cadre de la vente à tempérament ou à crédit. Dans plusieurs cas, un taux d'intérêt excessif ( qui excède du plus du tiers, le taux effectif moyen pratiqué au cours du semestre précédant la vente à crédit par les banques et les établissements financiers pour des opérations de même nature) est appliqué, alors que d'autres fournisseurs n'hésitent pas à maintenir ce taux inchangé dans la convention qu'ils font signer au consommateur, qui adhère promptement tout content de boucler la transaction sans immédiatement rien dépenser ! A ce niveau, la culture économique et financière entre beaucoup en ligne de compte pour parer à ce genre de travers éventuels ou au risque d'erreurs.
Les politiques commerciales de plus en plus agressives et le matraquage publicitaire s'y rapportant, à l'image du slogan du type «prend la marchandise maintenant et commence à payer après un ou x mois», ce genre d'incitations qui encouragent les ménages à consommer sans retenue et à s'engager sans étude approfondie de sa situation budgétaire et de trésorerie.
Création d'une commission de surendettement
Pour maîtriser davantage cette question d'endettement des ménages, l'institution d'une commission de surendettement, à l'instar de ce qui existe en France et au Canada paraît incontournable pour venir en aide aux ménages surendettés en facilitant les accords amiables (report d'échéances, suppression d'agios et d'intérêt de retard, aménagement des taux d'intérêt, engagement pour ne s'endetter qu'après avoir remboursé auparavant ses dettes…) avec leurs créanciers.
Mise à part la nécessité de renforcement du cadre réglementaire visant à protéger le consommateur et la timidité des structures défendant ses intérêts, il y a lieu de signaler que le comportement du consommateur reste toutefois déterminant pour préserver ses intérêts financiers notamment.
Aussi un minimum de vigilance de la part du consommateur est-il exigé de manière à ce qu'il adopte un comportement rationnel en évitant tout élan de frénésie, de dilapidation des ressources (avant l'achat, faire le tour des vendeurs, marchander, exploiter les périodes de soldes et les promotions) ou d'acte de consommation irréfléchi loin de tout rapport qualité-prix.
L'effort entrepris sans relâche par les pouvoirs publics pour contribuer à la stabilité des prix à travers une mise en œuvre de veille permanente pour un approvisionnement adéquat des marchés et l'intensification des contrôles économiques et des campagnes de sensibilisation des différentes parties intervenantes, ainsi que celui des autorités monétaires pour mise en œuvre d'une politique monétaire efficiente (jugulant tout relent inflationniste) — en attendant la majoration salariale en perspective—, tous ces efforts seraient vains sans l'adoption par les ménages tunisiens d'une attitude rationnelle et perspicace. Pour une qualité de vie vraiment meilleure.


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