Le député du mouvement Ennahdha et assesseur du président du Parlement, Maher Medhioub, a adressé, vendredi 21 octobre 2022, une lettre ouverte au ministre de l'Intérieur, Taoufik Charfeddine dans laquelle il l'appelle, et lui conseille, de faire son travail loin des combats politiques « perdants » du président de la République. « Je vous invite en toute bienveillance, à faire votre travail sans zèle et sans défaut, de manière professionnelle et précise et de vous méfier de l'injustice (…) Tout extrémisme ou empressement à servir des objectifs politiques éphémères ne vous profite pas professionnellement et ne vous profitera pas politiquement. Vous et votre président en serez tenus responsables, un jour ou l'autre. Aujourd'hui et au dernier tournant pour l'agenda de Kaïs Saïed, il semblerait que vous voulez reproduire le passé en usant de drôles de fables de diabolisation des mouvements sociaux légitimes face à l'inflation et à la cherté de la vie », a écrit Maher Medhioub. Il évoquait ainsi, en parlant de fable, le communiqué énigmatique du ministère sur l'arrestation du frère d'un ancien candidat à la présidentielle de 2014 et l'ajout du nom du fils d'un président de parti politique tunisien à la liste des personnes recherchées. Le ministère a indiqué que cet ancien candidat à la présidence faisait l'objet d'une enquête pour blanchiment d'argent. Son frère aurait mis en place un plan visant à semer le trouble à Kasserine. « Comme d'habitude, au lieu de dire au président la vérité, toute la vérité, que ces mouvements sont réels et que les gens sont affamés, fatigués et lassés d'un gouvernement impuissant, muet et fermé à tous, au lieu de l'appeler à s'ouvrir au peuple et au dialogue global, vous inventez des histoires comiques sur le frère d'un ancien candidat à la présidentielle de 2014 et le fils d'un président de parti politique tunisien qui seraient derrière les mouvements de Kasserine (…) Il ne restera à la fin que l'immuable vérité et vous devrez choisir de rester dans la mémoire d'une patrie ou au service d'une personne qui finira par partir et dont vous assumerez son fardeau », a-t-il conclu.
Le frère d'un ancien candidat à la présidentielle de 2014 et trois autres personnes ont été arrêtés et placés en garde à vue, a annoncé, jeudi 20 octobre 2022, le ministère de l'Intérieur dans un communiqué. Ceux-ci sont suspectés d'avoir soudoyé quelques habitants de Kasserine pour semer le trouble dans la région et sont accusés d'association de malfaiteurs et d'attentat contre la sûreté intérieure de l'Etat ayant pour but de changer la forme du gouvernement, d'inciter les gens à s'armer les uns contre les autres ou à provoquer le désordre, le meurtre ou le pillage sur le territoire tunisien.
Selon le communiqué du ministère de l'Intérieur cette affaire a éclaté suite à l'arrestation à Kasserine de deux hommes et une femme pour avoir distribué de l'argent à quelques individus les incitant à commettre des actes de vandalisme dans la région. Les autorités locales ont saisi 4.720 dinars chez le premier suspect et 1.320 dinars chez le deuxième ainsi que 15.980 dans le cadre d'une descente dans un domicile suspect. D'après nos sources, le candidat à la présidence en question serait Yassine Channoufi. Il a été condamné à cinq ans de prison ferme et a écopé d'une amende de neuf millions de dinars pour corruption financière et de blanchiment d'argent. Son frère, Haykel Chennoufi serait la personne visée par le communiqué du ministère de l'Intérieur. Il aurait rencontré une personne proche de Mouadh Ghannouchi, fils de Rached Ghannouchi, président du mouvement Ennahdha. Mouadh Ghannouchi aurait, donc, été placé sur la liste des personnes recherchées.
Le communiqué indique que la rencontre a eu lieu en Turquie. Le frère de Yassine Channoufi et la personne proche de Mouadh Ghannouchi auraient reçu des instructions et un financement pour semer le trouble dans la région de Kasserine et inciter les habitants à se rebeller.