La croissance économique sera-t-elle au rendez-vous cette année ? Le gouvernement a fixé son rythme de progression à 2,1% lors de l'élaboration de la loi de finances et de budget général de l'Etat. Malheureusement, les indicateurs de croissance du 2e trimestre 2024 publiés par l'Institut national de la statistique (INS) ne versent pas dans ce sens. Certes, en glissement annuel, la croissance au 2e trimestre 2024 a affiché un rythme de 1% contre seulement 0,3% durant la même de 2023. Est-ce pour autant une raison pour que l'INS se fende d'un commentaire aussi péremptoire, estimant que « la croissance marque ainsi une nette amélioration ». Pourtant, les résultats de la croissance en termes de variation trimestrielle auraient tempéré sa lecture dans la mesure où sous cet angle, le rythme de croissance a franchement ralenti affichant 0,2% durant la période de référence contre 0,6% en 2023. A mi-parcours de l'année 2024, le PIB n'a augmenté que de 0,6% en glissement annuel. Visiblement, l'objectif du gouvernement d'une croissance en année pleine de 2,1% va être difficilement réalisable. Ce serait d'ailleurs proprement prodigieux. Il faudrait que le PIB passe d'un rythme de croissance de 0,6% à celui de 3% environ entre les deux semestres de l'année pour que l'objectif de 2,1% soit atteint. Une réelle gageure. Et pour cause. Les déterminants de cette croissance ne donnent pas de véritables signes de reprise. La consommation, particulièrement privée demeure encore poussive en dépit d'une poussée des crédits à la consommation accordés aux particuliers recensés par la centrale des risques de la Banque centrale de Tunisie au cours du 1er semestre 2024. L'exportation peine à décoller véritablement avec une augmentation de seulement 2,2% durant le 1er semestre 2024 contre 10% au cours de la même période de 2023. Quant à l'investissement, ses perspectives sont bien pessimistes. Les intentions d'investissement déclarées auprès de l'Agence de promotion de l'investissement et de l'innovation (Api) sont en chute libre : - 25% en valeur au cours du 1er semestre 2024. Le phénomène n'est pas récent. Les résultats de l'enquête de suivi des projets de plus de 5MD déclarés auprès de l'Api entre 2020 et 2023 montrent une baisse tendancielle du nombre de projet et du volume d'investissement prévu. 115 projets de plus de 5 MD ont été déclarés en 2020 et seulement 67 en 2023. L'enveloppe d'investissement s'est rétrécie en conséquence, passant de 1,4 milliard de dinars en 2020 à seulement 0,7 milliard en 2023. Et ce n'est pas tout. Sur les 133 projets de plus de 5 MD recensés entre 2020 et 2023, l'enveloppe d'investissement n'a été réalisée qu'à hauteur de 24% environ, suggérant des difficultés de financement.
Un tel état des lieux ne préfigure pas d'une reprise forte de l'activité économique. Et plus encore, d'un avenir incertain pour certains secteurs mastodontes de l'économie tunisienne que ce soit en termes de valeur ajoutée ou d'emploi. Est-ce que l'activité de services sauvera la croissance cette année ? Il faut l'espérer. A la veille de la saison estivale, le secteur du tourisme affiche une croissance de 7,4% et celui de la communication, une augmentation de sa valeur ajoutée de 2,5% au cours du 1er semestre 2024. Serait-ce suffisant alors qu'au cours de la même période, la valeur ajoutée du secteur des textiles et de l'habillement affiche un recul de 10%, celui de la construction, une baisse de 1,4% par rapport à 2023 et de 16% par rapport à 2021. On constate un tassement de l'activité dans le secteur des industries mécaniques, électriques et électroniques (IME) ou encore le secteur du commerce.
En fin de quoi, oui on pourrait parler de « nette amélioration » de la croissance si celle-ci atteignait 3% de hausse en rythme semestriel. L'accélération serait évidente et forcément prometteuse. Ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui.