L'association Intersection pour les droits et les libertés a publié, mercredi 20 août 2025, un rapport détaillé sur le cas de Siwar Bargaoui, jeune militante politique tunisienne. Ce document met en lumière une série de violations graves des droits humains et un usage politique du système judiciaire à son encontre. Siwar Bargaoui, trésorière du mouvement Azimoun et membre de la campagne présidentielle du candidat également incarcéré, Ayachi Zammel, a été accusée de falsification de signatures électorales après avoir collecté des parrainages. Ces accusations ont donné lieu à 17 dossiers judiciaires distincts, reflétant, selon l'association, « un harcèlement judiciaire et politique systématique ».
Le rapport précise que le 21 août 2024, Siwar Bargaoui a été incarcérée à la prison civile pour femmes de Manouba, après avoir été soumise à un contrôle corporel humiliant. Elle a été placée dans une cellule surpeuplée, dans des conditions sanitaires et environnementales déplorables. Le 30 août 2024, elle a été libérée temporairement, mais a dû continuer à se soumettre à une surveillance administrative quotidienne et à se présenter régulièrement devant la police et le tribunal. Le document d'Intersection souligne que le 30 septembre 2024, le tribunal l'a condamnée à 12 ans de prison pour falsification de signatures électorales, peine réduite en appel le 10 janvier 2025 à 4 ans et 7 mois, « malgré l'absence de preuves irréfutables et la division artificielle de l'affaire en 17 dossiers distincts », ce qui constitue selon l'association « une mesure excessive et punitive ».
Le rapport détaille également de nombreuses violations de droits fondamentaux subies par Siwar Bargaoui : * Atteinte à la liberté personnelle et au droit à un procès équitable, avec privation de sa liberté avant toute condamnation définitive, en contradiction avec la présomption d'innocence garantie par la Constitution tunisienne et le droit international. * Harcèlement politique, incluant des interrogatoires sur son rôle dans la campagne et sur le choix de ses avocats, ce qui constitue une ingérence dans son droit à la défense. * Conditions de détention inhumaines, avec négligence médicale et surpeuplement carcéral, violant les standards internationaux relatifs au traitement des prisonniers. * Violation de la liberté politique et de la liberté d'organisation, avec des questions répétées sur ses activités politiques et la finalité de son engagement. Le rapport souligne que ces pratiques constituent « une instrumentalisation du système judiciaire visant à intimider les activistes et limiter la participation politique », particulièrement celle des jeunes femmes. Intersection appelle à réviser les procédures judiciaires, garantir le respect des droits fondamentaux et assurer la responsabilité des autorités impliquées dans ces violations.