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Affaire Sidi Lakhmi : Quand des imams takfiristes mentent pour démentir des faits avérés
Publié dans Business News le 25 - 10 - 2015

Depuis quelques temps, la question du limogeage des Imams dits, « extrémistes, takfiristes, fondamentalistes et autres jihadistes », occupe le devant de l'actualité sur la scène nationale, vu l'ampleur et la gravité de cette affaire et qui a culminé avec le renvoi de Ridha Jaouadi, imam de la mosquée de Sidi Lakhmi à Sfax.

C'est plutôt le refus de M. Jaouadi d'obtempérer à la décision du ministère des Affaires religieuses qui en a fait un cas et une crise ayant pris un caractère national surtout avec les multiples coups de force menés par ses partisans à Sfax, voire aussi à Tunis et à Kairouan. Il n'en fallait pas plus pour allumer le feu et entrer dans une spirale de violences pouvant dégénérer à tout moment.
Dans le cadre de l'application de la feuille de route stipulant la neutralité des mosquée, entamée sous le gouvernement de Mehdi Jomâa, Othman Battikh a poursuivi sur la même lancée et a décidé le limogeage de plusieurs dizaines d'Imams , mais celui de Ridha Jaouadi a suscité les vives et les plus violentes réactions.
Tout d'abord par le gel de la décision ministérielle par le gouverneur de Sfax, suspecté d'avoir des affinités avec un courant politique bien déterminé, sous prétexte que le concerné accomplissait les rites du pèlerinage. Mais, chose incompréhensible, l'intérimaire était choisi par…Ridha Jaouadi. Une fois de retour en Tunisie, il a fallu toute la détermination de M. Battikh pour, finalement, appliquer la décision dudit limogeage.

Et c'est alors que la machine « jaouadiste » s'est mise en marche en essayant de créer un courant de protestation voire d'insurrection comme tout le monde l'a constaté lors des deux derniers « vendredi » au moment de la prière. Des rassemblements impressionnants de milliers de personnes criant des slogans politiques, et même sportifs, pour réclamer le retour de leur chef tout en lançant des insultes et des dénigrements contre la personne du ministre des Affaires étrangères, et ce le vendredi 16 octobre 2015. Sans oublier qu'à chaque fois, les fidèles ont été empêchés d'effectuer la prière du Vendredi, ce qui constitue, selon es Erudits et les religieux le pire des sacrilèges et des péchés à commettre.
Des slogans du genre « birrouh, biddam nifdik ya Jaouadi », « ettounsi mouslim wé lé yastaslim », «Ya Battikh, ya jaben, Jaouadi lé youhen » ont été entendus sur fond de « takbir ». A cela, le ministre Othman Battikh répond que la décision du limogeage de Ridha Jaouadi est irréversible, ajoutant que si ce qui s'est passé vendredi dernier venait à se répéter, les unités sécuritaires prendront les mesures nécessaires. Le ministre a ajouté que « Jaouadi n'est pas un partisan de la révolution mais plutôt d'un parti politique particulier », soulignant qu'il n'y a aucun règlement de comptes dans la décision de son licenciement puisque les preuves incriminant Ridha Jaouadi sont enregistrées en audio et vidéo.

Qu'à cela ne tienne. Le vendredi d'après, 23 octobre 2015, la prière n'a pu avoir lieu à la mosquée Lakhmi à Sfax. Un groupe de soi-disant fidèles a empêché de force le nouvel imam de la mosquée Lakhmi, Mimoun Karray, récemment désigné par le ministère des Affaires religieuses, de monter sur le minbar. Des accrochages ont, par ailleurs, eu lieu, dans la cour intérieure de la mosquée, entre les assaillants, venus par bus en provenance d'autres régions du pays, plus particulièrement de Kairouan, et s'opposant au limogeage de l'ancien imam Ridha Jaouadi et des agents des forces de l'ordre. D'ailleurs, des armes blanches, couteaux et couperets auraient été saisis en possession de certains des assaillants, selon des sources sécuritaires.
Les agitateurs ont été immédiatement arrêtés et conduits au poste de police de la région, et ce en coordination avec le procureur de la République. Le hic, c'est qu'en même temps de ces perturbations provoquées par les partisans de l'imam limogé, Ridha Jaouadi et autres imans parmi ses disciples, ont fait, ces derniers jours le tour des plateaux radio et télévision pour prétendre qu'ils prônent la modération et la tolérance et que le ministre et le gouvernement actuels ont des comptes personnels à régler avec eux.
Pire encore, ces imans ont eu l'audace de nier des faits avérés par des enregistrements audio et vidéo dans lesquels plusieurs d'entre eux, notamment Ridha Jaouadi, appellent à la violence et au jihad. « Je vous défie de nous montrer un seul enregistrement où l'mam Jaouadi parle de jihad ou de haine ou encore de violence », criait un autre imam, Mohamed Affès. Or, un enregistrement audio-vidéo de l'imam limogé de la mosquée Sidi Lakhmi Sfax avait indiqué, dans son prêche du vendredi 7 décembre 2012, selon une vidéo publiée par la page Facebook «Centre ville Sfax », qu'il ne permettrait pas à l'ex-RCD de revenir sur la scène politique même si lui et ses partisans devaient en mourir.
En effet, pour l'imam en question, certaines parties sont entrain d'utiliser les mouvements syndicalistes pour permettre le retour des ex-RCDistes sous d'autres appellations : «Le RCD dissous ne pourra pas revenir même après mille grèves générales à travers le pays. Il ne reviendra pas même s'il change de nom, ni à travers les syndicats, ni à travers les communistes ou les nationalistes. Nous n'allons pas leur laisser le pays de nouveau quel que soit le résultat ou le travail à accomplir». Et d'ajouter que « nous sommes prêts à devenir des martyrs», a-t-il scandé sous les "Takbir" des fidèles de la mosquée. «Il faudra passer sur nos corps avant son retour», ajoutant que «si on s'est tu avant, nous n'allons pas nous taire cette fois-ci».
D'autre part, sans appeler d'une manière directe au jihad en Syrie, Ridha Jaouadi a, dans un enregistrement, qualifié la lutte contre El Assad en Syrie comme étant une forme de jihad. Il ne faut pas oublier que « cheikh el fitna », comme on le surnomme, Wajdi Ghenim, champion du wahabisme et auteur du fameux slogan : « Mourrez de dépit », était l'hôte de la mosquée Sidi Lakhmi où il avait droit à tous les honneurs.

C'est dire que Ridha Jaouadi et ses partisans n'ont eu aucun scrupule à mentir pour démentir des faits avérés et documentés par le son et l'image après avoir été démasqués comme étant les initiateurs de messages d'incitation à la haine et à la discorde. Jusqu'où iront-ils dans cette voie ? Et quel épilogue pour ce bras de fer entre le ministre des Affaires religieuses et les imams takfiristes?


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