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"Intigo" ou quand entreprendre se heurte à l'archaïsme chronique !
Publié dans Business News le 05 - 12 - 2019

Le service des taxis scooters lancé pour essai à la fin du mois de novembre dernier fait des émules. Le projet monté par le jeune Bassem Bouguerra, en partenariat avec le groupe Poulina, consiste à mettre à disposition des Tunisiens une application pour réserver des scooters avec chauffeur pour les conduire d'une adresse à une autre. Alors qu'il propose, entre autres, de rendre service aux taxis « débordés », le projet a vivement été attaqué depuis l'annonce de son lancement. Aujourd'hui même l'Union tunisienne des taxis individuels manifestait devant l'ARP, pour protester contre l'entrée en exercice des taxis scooters…


Ils se sont rassemblés ce matin jeudi 5 décembre 2019 devant le siège du parlement pour exprimer leur colère. L'Union tunisienne des taxis individuels a bien l'intention de barrer la route aux taxis motos, ses « concurrents illégaux », comme elle les qualifie. Le secrétaire général adjoint de l'union, Mohamed Ali Arfaoui a martelé que les taxis scooters sont en violation de la loi et qu'ils n'ont aucun droit d'exercer.
« Nous allons leur dire non ! Et nous irons jusqu'à la grève s'il le faut. Ils veulent détruire le secteur, le ministère du Transport a bien affirmé qu'il ne leur a donné aucune autorisation pour transporter des clients » a déclaré M. Arfaoui.

Quelques jours avant le lancement du service « Intigo », la tension se faisait déjà sentir. Les propriétaires et chauffeurs de taxis individuels ont exprimé leur refus total de se voir concurrencer par les taxis scooters, martelant qu'ils allaient farouchement s'y opposer.
Faouzi Khabouchi, secrétaire général de l'Union tunisienne des taxis individuels avait souligné, dans une émission radiophonique, que ces taxis scooters sont des intrus au secteur et qu'ils ne répondent pas aux normes réglementaires et de sécurité.

Il a précisé qu'en Tunisie, les agences de location de véhicules doivent avoir des autorisations d'exploitation pour le transport des personnes or ces taxis scooters n'ont qu'une simple patente pour proposer ces services. « Si les ministères du Transport et de l'Intérieur ferment les yeux sur cette activité et lui permettent de travailler, le syndicat ne va pas se taire et militera pour les droits de ses adhérents dans le cadre de la loi, en usant de tous les moyens allant des correspondances aux manifestations » avait-il prévenu.
Faouzi Khabouchi est même allé jusqu'à dire que ce projet menace la survie des taxis individuels. « Ces derniers subissent de grosses difficultés financières et ce projet risque de les mettre à plat », d'après lui. Le syndicaliste a juré que ce projet ne verra le jour que sur « leur corps ».

Qu'en dit le ministère du Transport ?

Le ministère du Transport a réagi le 28 novembre 2019, jour du lancement du service « Intigo », soulignant qu'est considéré comme transport public tout acte de transport monnayé et que cette activité doit donc être régie par la loi 33/2004 qui impose des autorisations préalables pour ce type d'activités.

« Il n'y a pas de vide juridique dans le système régissant le transport terrestre et le ministère du Transport n'a pas jugé nécessaire de publier un cahier des charges régissant l'activité de location de motos, mais les dispositions actuelles exigent que quiconque entend utiliser cette activité remplisse les conditions suivantes : l'activité ne peut être exercée que par des personnes morales avec l'exigence de disposer de la nationalité tunisienne. Une copie du contrat de location conclu avec le client, comprenant notamment les identités des deux parties, le numéro du véhicule en question et les conditions de recrutement du conducteur si le véhicule est loué avec un chauffeur » a précisé le ministère, comme soudain réveillé d'une longue léthargie.

Bassem Bouguerra répond

Le fondateur de « Intigo », Bassem Bouguerra avait déjà expliqué que sa société a exploité un vide juridique : il s'agit d'un contrat de location d'un scooter avec chauffeur via application et non pas un taxi, donc pas besoin d'autorisation. Chose qui lui avait été confirmée lors d'une rencontre avec le ministre du Transport.
Il a répondu au communiqué du ministère du Transport en affirmant qu'il y'a bien un vide juridique et que le secteur des motos n'est pas soumis à des limitations.

« Le ministère dit qu'il n'y a pas de vide juridique dans le texte régissant le transport terrestre et qu'il n'a pas vu l'utilité de publier un cahier des charges relatif à la location de motos, c'est faux car la loi de 2004 parle bien du secteur des motos sans aucune interdiction ni limitation », a indiqué Bassem Bouguerra ajoutant que le nouveau code de l'investissement encourage la liberté d'investir et non son inhibition.
« Aucun texte juridique ultérieur ne peut être publié car il deviendra rétroactif et contraire à la Constitution et au principe de non-rétroactivité des lois », a-t-il souligné.


Ceux qui soutiennent le projet

L'ancien ministre des Technologies de l'information et de l'Economie numérique, Noômane Fehri, est un fervent défenseur de « Intigo ». M. Fehri a posté une photo et une vidéo de lui prenant un taximoto à Paris avec un message de soutien à l'initiative de Bassem Bouguerra.

Aussi, le secrétaire d'Etat auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports chargé de la Jeunesse, Abdelkoddous Saâdaoui était le premier client du nouveau service.

Une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, montrait M. Saâdaoui prenant le taxi scooter en signe de soutien à cette startup. Après un premier essai, Abdelkoddous Saâdaoui a jugé que ce service était « magnifique, confortable et sécurisé » relevant qu'il facilite le transport et économise du temps.


Il a assuré que la clientèle de « Intigo » n'est pas la même que celle des taxis « voitures » et que ce nouveau service ne menacera pas le travail des chauffeurs de taxis.
Comme M. Saâdaoui, ils ont été nombreux à bien accueillir le service et les selfies des passagers « Intigo » inondent la toile depuis quelques jours. Les jeunes, mais aussi les moins jeunes, trouvent le service sympa, rapide et sérieux et partagent leurs impressions sur la toile.




C'est donc une guerre que livrent en ce moment les taxistes individuels au service « Intigo ». Il faut dire que même sous d'autres cieux, l'entrée sur le secteur des taxis à deux roues a beaucoup « dérangé » les taxis classiques. En France par exemple, ils ont aussi manifesté et crié à la « concurrence déloyale ». Cela n'a pas empêché le service de se développer depuis les années 2000 et notamment avec l'entrée en vigueur de la loi le régissant en 2011. On parle même depuis quelque temps des taxis scooters électriques pour un moindre impact sur l'environnement, mais de cela nous sommes encore bien loin.

En Tunisie, le besoin s'est fait plus que ressentir et d'ailleurs Bassem Bouguerra a bien expliqué que l'idée lui a été soufflée par les citoyens eux-mêmes. « Nous avons commandé une étude sur les problèmes et les besoins des Tunisiens et il en est ressorti que le transport était leur plus grande préoccupation. Une cinquantaine de taxis ont même confirmé que les courts trajets, notamment aux heures de pointe, n'étaient pas rentables » a confié l'entrepreneur.

« Intigo » vient répondre à un besoin bien réel. Il est vrai qu'à certaines heures de la journée, trouver un taxi est un vrai parcours du combattant, souvent d'ailleurs ils refusent de prendre des clients car « ils ne sont pas sur leur chemin ». Certains taxis tunisiens ôtent aussi leurs plaques quand il pleut ou pour aller faire la prière et ne semblent donc pas être en danger de précarité comme on a tendance à le présenter.

« Intigo » pioche d'ailleurs dans cette niche de clients, ceux qui ne trouvent pas de taxis ou ceux qu'on a refusé de prendre, alors parler de menace sur le secteur peut en effet sembler quelque peu exagéré…


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