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Mounir Ben Guirat —Expert en développement du secteur privé et des PME à La Presse: «Redynamiser les structures de soutien des TPME»
Publié dans La Presse de Tunisie le 13 - 03 - 2024

L'administration tunisienne devient, malheureusement, accablante et une contrainte pour le développement du secteur privé et des TPME, alors qu'elle doit être l'allié le plus important de ces dernières.
Quel état des lieux faites-vous sur le tissu tunisien des PME ?
Faisons, d'abord, une introduction théorique pour différencier entre TPE et PME car, en Tunisie comme ailleurs, on confond parfois les expressions et parfois, voire souvent, on classifie les deux dans la même catégorie. La TPE signifie très petite entreprise. Cette appellation englobe toutes les structures qui affichent au maximum 10 salariés. En outre, leur chiffre d'affaires et leur bilan annuel ne doivent pas excéder un million de dinars. En règle générale, il s'agit d'une entreprise individuelle qu'on nomme également par micro-entreprise. Cette catégorie englobe les travailleurs non-salariés comme les professions libérales, les artisans. Cette structure se démarque par son budget de démarrage qui n'exige pas un fonds de lancement conséquent ni des ressources humaines. Par contre, la PME ou petite et moyenne entreprise se distingue par sa taille. Le premier comprend les entreprises, dont le nombre de salariés se situe entre 10 et 50. Tandis que les «moyennes entreprises» sont celles ayant un effectif de 50 à 250 salariés.
En Tunisie, l'INS qualifie une PME une entreprise employant 6 à 199 salariés. Au-delà de ce nombre de salariés, on qualifie la structure par une grande entreprise.
Selon les chiffres de l'INS (l'Institut national de la statistique) relatifs à l'année 2018, les PME tunisiennes contribuent à la création d'emplois ainsi qu'à la création de la valeur ajoutée. Les PME contribuent à 50 % au PIB tunisien. De plus, elles fournissent plus de 70 % des emplois du secteur privé. Ces chiffres reflètent l'importance des PME en Tunisie et leur place dans l'économie nationale du pays. Selon les données économiques et les statistiques des instances économiques tunisiennes et internationales, les TPME tunisiennes confrontent plusieurs difficultés de survie dues à une récession économique au niveau national, un taux de croissance très bas, une crise économique post-Covid, une augmentation des prix des matières premières à l'échelle internationale et une législation inadaptée (Code d'investissement).
En effet, l'écosystème entrepreneurial ne fonctionne pas à son plein régime comme dans d'autres pays similaires (Maroc, Ile Maurice, Côte d'Ivoire...) faute de moyens et de coordination. Les centres d'affaires et les incubateurs d'entreprises créés par l'Etat pour soutenir les TPME fonctionnent à un très bas régime, alors qu'ils jouaient au début un rôle très important. L'administration tunisienne devient malheureusement accablante et une contrainte pour le développement du secteur privé et des TPME, alors qu'elle doit être l'allié le plus important de ces dernières. Vu le contexte politico-économique, le développement du secteur privé et des TPME ne demeure pas la haute priorité du gouvernement comme auparavant, il y a vraisemblablement d'autres défis plus importants. La création de PME et d'emplois était dans les années 2000 la haute priorité et les indicateurs sont analysés à tous les niveaux, dans les conseils régionaux et dans les réunions ministérielles, ce qui incitait tous les intervenants à développer des programmes, résoudre les problèmes des TPME et surtout améliorer les statistiques. La Tunisie arrivait à un classement mondial de 40 sur 185 pays en 2010, alors qu'actuellement elle est à 78 en termes de facilité de faire les affaires et créer des entreprises, selon le rapport Doing Business de la Banque mondiale. Le rendement en général de l'employé tunisien a beaucoup baissé par rapport aux années précédentes. Ce qui impacte la productivité des TPME. Ces dernières se sont vues accablées par des mouvements de protestation, des demandes excessives et des grèves des travailleurs, ce qui les menait au dépôt de bilan et à la fermeture. Le secteur informel et l'importation illégale prennent une grande place dans l'économie tunisienne. Ce qui rendait les TPME formelles tunisiennes non concurrentielles faisant face à des produits souvent de basse qualité concernant leurs productions.
Quels sont les principaux défis et opportunités auxquels ce tissu fait face ?
C'est souvent facile de faire un diagnostic et des constats, c'est moins facile d'apporter des solutions et c'est difficile d'appliquer des résolutions. Mais l'impossible n'est pas tunisien. Les principaux défis des TPME tunisiennes et les solutions apportées sont ainsi : l'entrepreneuriat, la création et le développement des TPME et d'emplois doivent être une haute priorité au niveau local, régional et national. De ce fait, il faut recréer dans chaque région le réseau régional d'entrepreneuriat, créer des TPME et d'emplois qui englobent tous les acteurs publics.
Sur le plan juridique, il faut mettre à jour le code d'investissement et doter les TPPE d'incitations particulières, valoriser les avantages comparatifs régionaux et les richesses régionales, réduire les procédures, les délais et les coûts pour la création d'une TPME. Sur le plan administratif, il est nécessaire de réformer et moderniser l'administration tunisienne en lien avec la TPME. Il est obligatoire de redynamiser les structures de l'Etat qui font l'accompagnement des TPME, notamment les Centres d'affaires, les incubateurs d'entreprises (ministère de l'Industrie et des PME, ministère de l'Agriculture), les Espaces entreprendre (ministère de l'Emploi).
Sur le plan financement des TPME, il est nécessaire de réduire le taux d'intérêt pour les TPPE, relancer le projet de création des fonds d'amorçage dédiés aux TPPE et développer d'autres sources de financement, notamment les business angels et le crowdfunding. Les administrations et les structures d'appui aux TPME publiques et privées doivent aussi accéder facilement à ces informations et être à jour pour orienter et accompagner les TPE et PME.
Quelles sont les perspectives de croissance et de développement des PME pour l'année 2024 et au-delà ?
Plusieurs facteurs montrent que les TPME vont profiter d'une relance même si partielle en 2024 pour plusieurs raisons : l'effet de la crise du Covid et post-Covid commence à s'atténuer deux ans après et les TPME reprennent leurs activités. Le gouvernement lance des réformes économiques pour améliorer l'environnement des affaires, lutter contre la corruption, pour la réglementation des chèques, l'anti-blanchiment et le contrôle du circuit parallèle et du commerce illégal. Une baisse considérable des mouvements syndicalistes et surtout des grèves, ce qui met beaucoup moins de pression sur les TPME. La Tunisie, qui se tourne vers des marchés non traditionnels, comme l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine, doit soutenir les TPME dans leurs démarches de prospection de ces marchés. Les entreprises tunisiennes sont créatives, les ressources humaines sont qualifiées et l'innovation et la diversification des produits sont un facteur très important déjà tenu en considération par ces TPME.
Comment peut-on soutenir et sauver les PME qui sont menacées de faillite et en même temps les emplois ?
Les TPME confrontent les grands problèmes, généralement les trois premières années. C'est à cette période que le taux de casse est très élevé pour plusieurs raisons : la fragilité financière et le manque de fonds de roulement, le manque de qualifications en termes de gestion financière, administrative, ressources humaines, production et marketing.
Le rôle de l'Etat comme du secteur privé et des TPME elles-mêmes est de fournir des services d'accompagnement post création afin d'aider et d'accompagner ces TPME, surtout les trois premières années. Comme déjà cité, les TPME tunisiennes faisaient et font face à plusieurs défis et crises, notamment le Covid et la guerre en Ukraine et bientôt les effets de la guerre en Palestine. Plusieurs d'entre elles se trouvent en difficulté et d'autres ont déposé leurs bilans. Selon les données du Registre national des entreprises (RNE), le taux de survie des entreprises en 2021 est de 46% (Génération d'entreprises créées en 2005) et de 60 % (Génération d'entreprises créées en 2010).
Afin de résorber l'impact de la crise du Covid, certains programmes internationaux se sont focalisés sur l'aide et le soutien des TPME tunisiennes, comme le programme Tunisia JOBS de l'Usaid ou le programme Irada de l'UE et bien d'autres, mais l'intervention est limitée à un certain nombre de TPME.
En vue de sauver le maximum de TPME en difficulté, il y a lieu de reprendre ou de mettre en place un programme national similaire au Programme de mise à niveau (PMN) mis en place en Tunisie avec l'aide de l'Union européenne dans les années 2000. C'est vrai que ça demande des ressources financières et humaines colossales qu'on peut d'ailleurs chercher auprès de nos partenaires techniques et financiers internationaux sous formes de dons et de crédits, mais ça devient beaucoup plus une nécessité. Un tel programme doit se focaliser sur les TPPE.
Le secteur privé et surtout les établissements financiers (Banques Microfinances, sociétés d'investissement...) doivent aussi jouer pleinement leur rôle dans ce sens. Souvent, ces derniers ne font que financer les TPPE et rarement les TPE et les nouveaux promoteurs.
Par rapport à la Bfpme, que pensez-vous des mesures prises visant à améliorer la situation de la Banque, notamment l'élaboration d'un nouveau modèle économique pour cette institution financière ?
Avec un capital social de 100 MDT, la Bfpme accuse des pertes cumulées totalisant à la clôture de l'exercice 2021 un montant de 108, 059 MDT et un résultat déficitaire de l'exercice de 5, 877 MDT. Des chiffres qui ont engendré une situation nette comptable négative de l'ordre de 11.006 MDT.
Face à cette situation, le gouvernement tunisien a décidé une série de mesures urgentes pour améliorer la situation de la Bfpme en avril 2023. La recommandation principale est d'œuvrer à l'élaboration d'un nouveau modèle économique pour la Banque, et ce, dans le cadre d'une approche intégrée du financement des PME.
Le projet de loi de finances de 2024 prévoit de renforcer les ressources financières de la Banque par deux lignes de crédits de 10 MDT chacune et prévoit aussi l'augmentation du capital social de la Banque.
Ces mesures à mon avis sont nécessaires pour accompagner un nouveau modèle économique d'une structure financière longtemps caractérisée par la mauvaise gouvernance et le non-respect des normes prudentielles. Le rapport du commissaire aux comptes indique même la défaillance du système de contrôle interne et le non-respect des normes de mesure des risques.
En tout cas, la réforme et l'assainissement de la Banque sont nécessaires et l'adoption du nouveau modèle économique est importante et doit s'accompagner par des mesures strictes d'application des normes de bonne gouvernance et des normes internationales de gestion des établissements financiers, notamment les normes IFRS et Bâle III.


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