Par Abdelhamid Gmati Le bashing est un mot anglais désignant le fait de frapper violemment, d'infliger une raclée. En français, il indique le dénigrement systématique. Ce «défoulement» est devenu une « norme » chez nous, particulièrement depuis la révolution. Les cibles sont principalement le gouvernement, le président de la République, les ministres et même les institutions de la République. A suivre les débats à l'Assemblée, dans les médias et dans l'espace public, on ne relève que des attaques systématiques et tout le monde s'en prend à tout le monde. Tout ce qui se fait, dans les divers domaines, est ignoré, déformé, remplacé par des remises en question, de véritables procès d'intention. Bien entendu, cela vient essentiellement par cette nouvelle « classe politique » qui a émergé depuis cinq ans. On ne critique pas les réalisations, les faits ; on fait rarement des propositions réalistes et on ne va pas au cœur de la question ; le message n'est qu'un prétexte et on s'en prend au messager. Dès qu'on parle de corruption, ça ne manque pas : tout le monde est accusé de corruption. En suivant un tant soit peu les débats à l'Assemblée, on en entend des vertes et des pas mûres. Et les débats budgétaires en constituent une belle occasion. Florilège. Une députée, connue pour sa virulence et ses discours enflammés, s'en prend au chef du gouvernement et à ses ministres : accusant Youssef Chahed de s'être dérobé à ses responsabilités en présentant « un projet de budget plein d'incohérences et réalisé par une équipe d'amateurs et d'incompétents », elle l'appelle à « démissionner immédiatement ». Un autre déplore que les déplacements du chef de l'Etat avec son escorte sécuritaire perturbent la circulation. Ce sieur aurait préféré que le président de la République circule sans protection sérieuse. Il n'a apparemment pas entendu parler de terrorisme et de l'obligation universelle de protéger les chefs d'Etat. Un député, se proclamant de la gauche, a accusé le chef de l'Etat, Béji Caïd Essebsi, d'être responsable de la crise profonde qui secoue la Tunisie. Ce, simplement parce qu'il a quitté le parti au pouvoir. Ce sieur n'a apparemment pas entendu des dispositions de la Constitution. De plus, pour lui, ce « gouvernement est un gouvernement irresponsable et il est en train de flouer l'opinion publique sur la question des majorations salariales ». Il n'explique pas comment. Un autre s'est élevé contre le fait « que le chef du gouvernement Youssef Chahed ait été accueilli à son arrivée à Paris par la ministre de l'Outre-mer, comme quoi c'est une indication que la France continue à nous considérer comme une de ses colonies ». Il semble ignorer que la revue des troupes aux Invalides à laquelle notre chef de gouvernement a été convié n'est prévue que pour les visites d'Etat. Or Youssef Chahed n'était à Paris que pour une visite de travail. Ce geste est bien « le signe d'une bienveillante attention des hautes autorités françaises envers lui et à travers lui envers la Tunisie ». Et ce bashing s'exerce partout et de plusieurs façons au point que l'on vient à s'interroger sur ses motivations et ses objectifs. Alors que le chef de l'Etat, le chef du gouvernement, plusieurs ministres et plusieurs personnalités s'activent pour organiser une conférence internationale pour inviter les investisseurs étrangers à s'intéresser à la Tunisie, une série de protestations et de grèves sont annoncées pratiquement en même temps que les invités étrangers. Et on s'interroge sur le nombre et la simultanéité de ces mouvements et de ces grèves. Et les syndicalistes, pourtant premiers concernés par la relance économique et la création d'emplois, ne veulent rien entendre. Alors que Caïd Essebsi, toujours attaché au principe du dialogue et du consensus, affirme qu'« il n'y aura pas de grève générale, un consensus sera trouvé avec l'Ugtt», Hassine Abassi répond qu'il y aura « grève générale dans la fonction publique et que le principe de grève dans le secteur privé a également été adopté, mais il reste à en déterminer la date ». Et il estime que « les décisions prises par l'Ugtt ne porteront pas atteinte à la Conférence sur l'investissement qui se tient dans les jours à venir ». Croit-il que les hôtes tunisiens sont des enfants de chœur et ne sauront rien de ces grèves prévues une semaine après leur séjour ? Faut-il rappeler que, depuis trois ans, environ 2.000 entreprises ont mis la clé sous la porte, parmi lesquelles 500 étrangères. N'insistons pas sur le secrétaire général du syndicat de l'enseignement secondaire, Lassaad Yaakoubi, qui n'en démord pas et incite les enseignants du primaire et du secondaire à observer le 30 novembre un mouvement protestataire devant le ministère de l'Education, pour exiger le départ du ministre. Il va jusqu'à inciter les élèves à manifester et à brandir des pancartes du genre « Wanted, mort ou vif, le ministre de l'Education ». A côté de ce dénigrement systématique et délibéré, il y a des voix plus sages. Ainsi, l'Union nationale des taxis a décidé de reporter la grève prévue pour les 28, 29 et 30 novembre, « pour ne pas ternir le climat de la Conférence internationale sur l'investissement Tunisia 2020, qui se tiendra à la même date ». Mais tout cela sape le prestige et l'autorité des institutions de l'Etat et freine le travail du gouvernement.