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Le libre-échange seul n'a jamais impulsé le développement
Tribune
Publié dans La Presse de Tunisie le 13 - 10 - 2018


Par Radhi MEDDEB
Le partenariat de Deauville avait été lancé en mai 2011, sous présidence française du G-8, comme une réponse aux changements historiques alors en cours dans plusieurs pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.
Aujourd'hui, sept ans après, ce partenariat arrive à son terme et il est intéressant d'en tirer les principaux enseignements et d'esquisser ce que pourraient être les axes d'une nouvelle coopération entre les pays du G-7 et les pays arabes en transition.
Depuis le lancement de ce partenariat, la situation a drastiquement changé dans l'ensemble des pays arabes concernés. Leur liste a évolué, leurs situations sécuritaire, politique, économique, humaine et sociale se sont transformées. Les préoccupations de leurs populations ont profondément changé.
En 2011, les pays arabes en transition, leurs sociétés civiles, encore balbutiantes, leurs populations éreintées par des décennies de dictature et de marginalisation avaient été portés par un grand espoir suite à la rencontre de Deauville, l'espoir d'être accompagnés à travers un soutien massif des pays du G-8 vers davantage de démocratie, de meilleures conditions sociales et plus d'opportunités économiques
Le G-8 avait défini les axes de l'assistance à apporter aux pays en transition et mobilisé certains pays partenaires (les puissances régionales: Turquie et pays du Golfe) et une dizaine d'institutions multilatérales pour soutenir les pays en transition selon ce programme
Les chemins empruntés par les pays en transition ont été différents d'un pays à l'autre: révolution pacifique, réformes ou tourbillon sécuritaire et politique, y compris guerre civile.
Certains pays de la région, en transition fragile, ont été violemment heurtés par la déstabilisation de leurs voisins. Cela aura été le cas par exemple pour la Tunisie qui a subi les effets du conflit libyen dont elle n'était en rien responsable et qui l'a lourdement impactée au plan sécuritaire mais également au niveau économique (tourisme, investissements directs étrangers, balance commerciale, la Libye ayant toujours été un débouché naturel des PME tunisiennes). Les pertes directes continuent à se chiffrer à plusieurs milliards de dollars par an.
Le soutien des pays du Golfe n'a été ni à la hauteur des attentes des pays en transition ni en rapport avec les exigences de la situation. Le sentiment partagé dans les pays en transition démocratique est qu'il était difficilement envisageable que des monarchies puissent accompagner leur démocratisation.
Les institutions multilatérales ont apporté un soutien significativement supérieur à celui apporté par le passé sans être en rupture totale pour constituer une réponse adaptée aux immenses défis nouveaux de la situation. Elles ont fait plus mais en restant centrées sur leur mission, souvent contraintes par les limites des risques pays qui leur sont imposées par le marché.
Les pays en transition devaient faire face aux besoins de développement, de création d'emplois et d'amélioration des conditions de vie de leurs populations tout en faisant face à des besoins nouveaux de sécurité et de stabilisation. «Countries in the region are facinghuge additional pressures, inclu dingfrom the need to provide hospitality to refugeeses capingfear and violence." déclarait Werner Hoyer, European Investment Bank President, Luxembourg, 8th october 2015
Les besoins financiers générés par la stabilisation sécuritaire ont été en rupture totale avec les moyens historiquement dédiés par ces pays en transition à leurs dépenses militaires et sécuritaires. Ils ont été souvent satisfaits par des arbitrages en défaveur des dépenses de développement, accroissant par là même l'insatisfaction des populations.
Aujourd'hui, les pays en transition sont à des stades très différents dans leur évolution politique, sécuritaire, sociale ou économique.
Plus que jamais, ils ont besoin d'être accompagnés dans leurs transitions différenciées.
Les pays, un par un, doivent tirer les leçons de l'expérience des sept dernières années mais aussi des raisons qui étaient derrière les soulèvements des peuples de la région de 2010-2111 et qui sont restées largement insatisfaites sinon ignorées dans bien des cas.
Les Etats devraient focaliser leur attention et orienter leurs politiques publiques pour que plus d'opportunités économiques soient à la portée de leurs populations et que de meilleures conditions sociales leur soient accessibles.
La transition économique, les réformes qu'elle suppose mais aussi une gouvernance de meilleure qualité avec plus de légitimité, d'appropriation et de redevabilité et une société civile forte et impliquée sont des ingrédients incontournables sur la voie de l'établissement de la stabilité et de la démocratie. Ce sont là des préalables politiques à tout redressement économique durable et inclusif.
Dans ces conditions, de nouvelles modalités de coopération entre les pays arabes en transition et le G-7 doivent être identifiées. De nouveaux modèles doivent être inventés pour gérer ces nouvelles coopérations et favoriser l'inclusion financière, économique, sociale et politique. Ces questions sont éminemment politiques. Elles devraient intégrer d'autres dimensions que celles strictement techniques ou financières. La dimension culturelle est essentielle. La bonne gouvernance et l'adoption des meilleures pratiques internationales doivent être au cœur de la nouvelle approche.
La sécurité et la stabilité de la région sont des biens publics globaux qui auraient dû être mutualisés et pris en charge globalement. Les pays en transition sont la frontière sud de l'Europe et son dernier rempart face aux migrations du sud et de l'est. Leur sécurité et leur stabilisation sont essentielles pour l'Europe et au-delà. La sécurité de la région doit être abordée de manière globale. Une approche mutualisée doit être mise en place pour faire face aux menaces de déstabilisation tant internes qu'externes. Il est important que la communauté internationale, impulsée par le G-7, contribue à leur stabilisation des pays en transition, au recouvrement de leur souveraineté et à la cessation des ingérences de pays tiers dans leurs affaires intérieures. Les guerres au Yémen, en Syrie et en Libye n'ont que trop duré. Les populations sont éreintées. Les pays sont à genoux. Les crises humanitaires menacent. Ces situations sont indignes du XXIe siècle. Ce que l'Europe a fait avec la Turquie pour gérer la crise migratoire syrienne, la communauté internationale aurait dû en faire autant pour épauler la Tunisie dans la gestion de la crise migratoire libyenne et d'autres pays en transition pour les flux subsahariens.
Le libre-échange proposé par l'Europe à ses partenaires du sud est strictement insuffisant et dépassé. Le libre-échange, seul, n'a jamais impulsé le développement. De multiples contre-exemples sont là pour le démontrer géographiquement, historiquement... pour n'en prendre qu'un seul, je citerai la zone CFA en Afrique subsaharienne, en situation de monnaie unique avec la France et l'Europe, depuis des décennies sans que cela n'y ait jamais favorisé le développement. Il faudra passer du libre-échange au codéveloppement. De nouvelles solidarités régionales doivent être impulsées pour éviter que des millions de migrants ne soient contraints à un exode illégal et périlleux pour des raisons sécuritaires mais aussi économiques ou climatiques. Un pays comme la Tunisie a besoin d'un appui effectif de la communauté internationale pour faire face aux défis macroéconomiques auxquels il est confronté. Sans traitement approprié, ces défis risquent de mettre tous les équilibres fragiles en danger. Ils risquent de distendre le lien social et de rompre la solidarité nationale. Ils risquent également de mettre en cause la transition démocratique. Le rééchelonnement de sa dette extérieure (de l'ordre de 10 milliards d'euros, dans sa composante privée) semble aujourd'hui indispensable. Il pourrait accompagner les efforts nécessaires qui devraient être consentis par la Tunisie sur la voie de la réforme, en donnant un ballon d'oxygène pour des investissements publics de moins en moins possibles.
L'appui financier des bailleurs de fonds et de la communauté internationale doit être orienté vers des projets effectifs, cibler des chantiers structurants et se concentrer sur trois axes majeurs : l'inclusion, la compétitivité et la durabilité. A titre d'exemple, pour la Tunisie, en matière de compétitivité, cela devrait porter sur la restructuration du secteur touristique, la réforme du secteur bancaire, l'appui au secteur privé, les projets d'infrastructures, y compris la logistique susceptible d'améliorer les conditions de son commerce extérieur. En matière d'inclusion, cela devrait porter notamment sur la promotion de l'économie sociale et solidaire et le soutien aux secteurs de la microfinance, du logement social et du transport en commun, mais également de l'éducation et de la santé. Enfin, en matière de durabilité, l'accent devrait être mis sur la rationalisation de la gestion des ressources limitées (eau, sol et énergie), la décarbonation de l'économie et le développement des énergies nouvelles et renouvelables.
Les appuis macroéconomiques ou en soutien aux finances publiques doivent être évalués sereinement pour juger de leur efficacité et éviter qu'ils ne soient qu'un palliatif à court terme, coûteux et peu efficace. Les approches Policy Driven, assorties de matrices d'actions plus ou moins conditionnelles, doivent être jugées à l'aune de leur efficacité réelle et non celle supposée de la mise en œuvre souvent formelle des réformes préalablement convenues.
La société civile doit être appuyée et associée de manière plus effective dans les choix politiques, économiques et sociaux. Les pouvoirs locaux doivent être accompagnés à travers un appui à la décentralisation et au renforcement des capacités locales. La participation des jeunes à la vie publique doit être stimulée. Aujourd'hui, dans bien des pays de la région, le gap générationnel, le désintérêt des jeunes de la chose publique mais aussi la perte d'espoir aboutissent à la tentation inéluctable du départ, au brain drain, au jihad ou à l'émigration clandestine.
Les femmes devraient bénéficier de plus d'autonomisation et de droits. A une exception près, celle de la Tunisie, la situation des femmes reste marginalisée, ses droits sont méconnus et sa participation à la vie économique et politique ignorée. Même en Tunisie et malgré les avancées historiques et celles plus récentes liées au Code électoral, la femme continue à souffrir de multiples discriminations au nom de la religion, de la culture et du legs historique. Il est important que la femme puisse accéder à plus d'égalité de chances, que ses droits soient moins formels et que face au chômage, à l'abandon scolaire, à l'héritage, au salaire pour un emploi équivalent, à la garde des enfants en cas de divorce, sa position soit l'équivalent de celle du conjoint. Nous en sommes encore très loin dans l'ensemble de la zone et ce ne sont pas de nouveaux textes de loi qui, seuls, pourraient changer le quotidien des populations. Le changement devra être culturel. Il ne sera effectif que sur le long terme et il devra être favorisé et accompagné par l'éducation, l'information, l'ouverture sur le monde et le partage des meilleures pratiques.
La situation des libertés individuelles et des droits humains n'a pas toujours progressé dans la région ces dernières années. Les évolutions ont été différenciées d'un pays à l'autre. Souvent, les conflits tribaux, religieux ou idéologiques ont bafoué les droits humains et les libertés individuelles. La démocratie a aussi été quelquefois instrumentalisée pour justifier la violence hégémonique d'une majorité sur des minorités ne partageant pas toutes ses convictions ou ses valeurs. Chacun des pays de la région a besoin d'inventer, non pas son propre consensus, mais son nouveau contrat social permettant le vivre-ensemble dans le respect des différences.
Le brain drain prend des allures alarmantes avec les départs organisés de milliers de compétences des pays du sud de la région vers les pays du nord. Il concerne les professions médicales, les métiers de l'ingénieur, l'informatique... Il s'apparente de plus en plus à un pillage de compétences formées par les pays du sud au profit de ceux du nord. A court terme et a minima, une compensation financière doit être versée par tout opérateur du Nord qui récupère une compétence du Sud. Le coût pour la collectivité de la formation d'un médecin est de l'ordre de 100.000$. La Tunisie compte aujourd'hui près de 130.000 cadres disséminés à travers le monde y compris 4.000 médecins. Rien qu'à ce niveau, le transfert relatif au départ de ces 4.000 médecins est estimé à un minimum de 400 millions de dollars, compte non tenu du manque à gagner.
La libre circulation des professionnels doit être instituée dans la région. On ne peut pas prôner le libre-échange et cantonner les opérateurs économiques chacun chez soi.
Un large programme du type Erasmus doit être mis en place au profit de tous les étudiants de la rive sud de la Méditerranée. Ce serait là, une immense opportunité pour ouvrir tous ces jeunes à la modernité et à la citoyenneté globale. Ce serait également le meilleur vaccin contre toute tentation d'extrémisme et de radicalisation.
Les pays en transition doivent pouvoir accéder aux structures et dispositifs de recherche et d'innovation européens. Ils doivent pouvoir accéder aux Fonds structurels européens et à la garantie d'institutions multilatérales (BEI, BCE...) pour lever des fonds à des conditions soutenables,
La mise en place d'une Banque régionale pour la reconstruction des pays largement affectés par les guerres et les années de déshérence semble incontournable. Les besoins financiers sont tels que les structures actuelles de financement du développement sont largement insuffisantes pour y faire face.
Le monde avait anticipé la fin de la Seconde Guerre mondiale en créant en 1945, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (Banque mondiale) et le Fonds monétaire international, à travers les accords de BrettonWoods.
Un peu plus tard, le Plan Marshall, bénéficiant de l'appui de la communauté internationale et des Etats-Unis d'Amérique, avait contribué à la création de la Communauté économique européenne. Aujourd'hui, il serait important que la communauté internationale favorise, par son engagement, l'émergence d'une grande région économique en Afrique du Nord. Elle donnerait là, une impulsion majeure pour la réussite du processus démocratique et la stabilisation des pays de la région sur la voie du développement et de la paix. Cette même communauté internationale devrait faire preuve de volontarisme et de vision pour revisiter la gouvernance globale et mettre en place les outils nécessaires à la reconstruction de la région et à sa projection dans la modernité et ses meilleures pratiques.
Le G-7 pourrait y contribuer grandement.
Bien sûr, tout cela n'aurait de sens que si les pays en transition s'approprient la démarche, en fassent leur projet et engagent les réformes qui leur incombent. Cela n'a pas toujours été le cas aujourd'hui. La responsabilité est commune.
Ayons, les uns et les autres, l'ambition de nos rêves pour un avenir empreint de solidarité, de coopération et de paix partagée.


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