Quand hanté par le beau l'on pense à Vienne Tel un ballet de fleurs fluides les mots viennent. Evoque Gaza... Et là, les mots s'abstiennent : « Pourquoi faut-il que l'on se souvienne De cette offrande aux divinités païennes ? Ses maudits maux donnent crampes et migraines... Photos, vidéos disent bien plus que les mots. Qu'on nous épargne cet impossible fardeau ! », Disent-ils à l'unisson en quittant la scène. Cherche, appelle et tente d'enrouler Le sens dans le mot... Et le voilà envolé, Laissant derrière lui ombre, non-sens et ironie... Quelle langue d'homme, de poisson ou d'oiseau Quel mot petit ou gros, vieux ou nouveau Peut conter Gaza et ce qui est advenu... Conter ces noirs puits, ses jours et ses nuits, Chacune profonde d'un siècle et demi ? Nuits que la faim a dilatées à l'infini Qui aspirent ceux qui encore respirent, Les recouvrent et se répandent dans leur sang, S'en soûlant, le souillant, le figeant, le glaçant... Nuits sans répit, sans sursis, que rien n'éclaircit... Miroirs des cultes noirs, des péchés capitaux De ces légendaires artistes-bourreaux, De leur art consommé et des chauds consommés De fleurs ailées et de faons nouveau-nés, D'enfants qui, seulement l'instant d'avant, Souriaient à la vie, jouaient avec le vent... Nuits démoniaques de science-fiction S'ouvrant sur les ténèbres de l'humanité Sur cette solitude létale non écoutée, Même des cœurs bons, non écoutée. Mais, à Gaza, qui a vu une âme se lamenter ? Seul Dieu les entend parfois chuchoter Ou, en silence, quémander sa clémence... Moi, j'ai vu une femme, le sein ouvert, allaiter Et une non-voyante aux mains tremblantes Rapiécer sans relâche des semblants de tentes... Et j'ai vu un enfant aux jambes amputées Surgir de son sang, debout, les cheveux au vent, Droit, défiant ces zombies et ce Zaman noir, Invincible cavalier chevauchant l'espoir, Ce Pégase qui, d'un coup d'aile, fait jaillir le printemps Et d'autres temps...