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L'essor des idoles
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 04 - 06 - 2011


Par Walid CHERIF
D'aucuns expliquent la dégradation des comportements des peuples par le niveau général d'éducation, le niveau économique ou encore par une mauvaise digestion des valeurs capitalistes et individualistes.
Toutefois, la généralisation de la dégradation civique, son enracinement dans les sociétés arabes et musulmanes, faisant abstraction des stratifications économiques et culturelles au sein de ces sociétés, au point où elle peut être considérée comme un aspect identificateur, témoigne de son profond ancrage dans ses sociétés au-delà de toute situation circonstancielle et d'attributs distinctifs entre les individus composant ces sociétés. Elle relève de ce qui est plus profond et plus essentiel dans l'être. Elle reflète toute une conception de manière d'être au monde. En d'autres termes, cette dégradation humaine est le produit de la conception de l'individu du monde et de son rapport avec ce monde, entendons que le monde inclut soi-même. En effet, cette conception quasi unanimement partagée doit relever de ce qui constitue un fil unificateur qui agit dans les profondeurs individuelles et collectives de ces sociétés. Il s'agit de la religion ou plutôt de leur manière de penser et d'appréhender la foi.
Ce qui est remis en cause ici ce n'est pas l'idée de religion intrinsèquement mais c'est un certain mécanisme de foi et une certaine manière dont elle imprègne la conscience de l'être.
La religion définit un système conceptuel de l'être au monde basé sur les deux principaux vecteurs : l'organisation du rapport avec le divin et l'organisation du rapport avec le monde.
L'organisation du rapport avec le divin
Il s'agit de la manière de définir la connexion avec l'Etre suprême ou du moins la définition même de l'acte de foi dans le sens de déterminer ce qui distingue le croyant de non-croyant ou de tracer la frontière entre l'état de non-foi et l'état de foi. Il s'agit également des règles de vénération du divin.
Au niveau du discours religieux notoire actuel, le rapport avec le divin est marqué par la focalisation sur le rituel. Une concentration totale sur les procédures et normes formelles. Une obstination sur les infimes détails gestuels, sur une parole précise, sur un mot précis, sur des enchaînements de gestes et de paroles super règlementés, parfois sur une certaine apparence physique. Un attachement aux gestes, aux rites, un emprisonnement dans les traditions, un souci d'imitation complète qui excède même la limite du fétichisme. Au point où se crée une identité de la foi aux rites, aux gestes, aux exercices. Au point où les gestes, le rite, le visible occupent tout l'espace et absorbent tout jusqu'à ne laisser aucune place à l'invisible, au métaphysique.
Observons comment les prêcheurs qualifient les non total-pratiquants de " faibles de foi " et les conseillent vivement de pratiquer davantage, de se mettre à l'exercice pour renforcer leur foi, pour acquérir une foi plus solide, pour être plus remplis de foi. Voilà comment il atteste la primauté du tangible sur la conscience. La méditation et la quête intérieure, si elles ne sont pas totalement ignorées, ce qui est le cas la plupart du temps, elles sont au mieux reléguées au second plan avec toujours un regard soupçonneux et négateur de leur valeur réelle en l'absence de vérifiabilité matérielle.
On a du mal à concevoir et à imaginer une foi interne, une croyance au niveau de la pensée, de la conscience. L'acte de foi doit être un objet qu'on peut voir, qui se prête à la vérifiabilité immédiate et tangible. Beaucoup d'entre nous ne peuvent imaginer, ni concevoir, ni accepter qu'une personne qui n'accomplit pas les rites et les exercices de la religion puisse croire.
Il convient ici de répondre à l'objection qui peut être formulée sur la base des positions modérées qu'adoptent certains exégètes religieux. Cette modération apparente des positions porte sur l'assouplissement des formes et nullement sur une réflexion fondamentale sur la teneur essentielle ou sur une atteinte à la valeur des rituels.
L'organisation du rapport avec le monde
Il s'agit des règles régissant le rapport de l'homme à la nature et aux hommes (y compris soi-même). Il en va de délimiter l'espace de ses possibles sociaux, éthiques, ontologiques, épistémologiques, biologiques, etc.
Les règles organisant l'espace humain sont régies par une matrice à double terme : l'extériorité et l'immuabilité.
En fait, les règles organisant les rapports de l'homme au monde sont dictées par une loi divine véhiculée par la révélation et par la conduite exemplaire du prophète guidé par la raison divine.
Ici, l'homme est écarté de la sphère de la création de la règle et de la conception fondamentale de ses rapports avec le monde. Les règles et consignes régissant les rapports de l'homme avec le monde prennent leur valeur et font autorité non en tant que pure production de la raison humaine mais dans la mesure où elles constituent l'expression de la volonté de la source organisatrice extérieure à l'Homme.
De là découle le deuxième aspect des règles organisatrices, ou plus correctement, le corollaire de leur aspect essentiel. Il s'agit de leur immuabilité qui est une conséquence directe de leur extériorité. Admettre que les règles organisant le monde des hommes sont extérieures, c'est admettre leur immuabilité, l'impossibilité de leur changement parce que la connexion avec la source créatrice extérieure ne peut être établie par les hommes ordinaires avec la clôture de l'époque de la révélation et la mort de ses hommes. Du moment que l'héritage est figé, connu, délimité. L'effort des exégètes et des juristes ne peut porter que sur la compréhension de ces règles, sur la manière de s'en accommoder et non sur la production de règles fondamentalement nouvelles ou différentes. Au sommet de la législation, c'est la règle explicite littérale révélée, plus bas la tradition héritée du prophète, enfin l'analogie et en cas de vide juridique total, c'est l'effort proprement humain effectué par un juriste vérifiant des conditions de piété et de religiosité au point où l'on est quasi certain qu'il serait imprégné de la raison divine. Il n'en demeure pas moins évident que cet effort d'interprétation et de création de la règle est nuancé et ne fait jamais d'unanimité, ni de certitude et qu'il peut être contrarié par un autre juriste vérifiant un plus haut degré de religiosité. Ce système de législation a bouclé un cercle vicieux débouchant sur le ridicule dans plusieurs cas.
Ce système de pensée sous-tend un apriori fondamental : l'intelligibilité complète et immédiate de la raison divine et la possibilité de son incarnation explicite dans des outils de connaissance humaine. En d'autres termes, l'Ecriture en s'exprimant dans un langage d'homme véhicule réellement, selon ce système de pensée, une partie de la volonté divine dans son essence ultime. L'Etre suprême se voit conférer ainsi une place dans le monde, la plus élevée soit-elle mais relevant toujours d'une hiérarchie cosmique unissant hommes et Dieu. La volonté infinie transcendante, par son aptitude et sa disposition à être exprimée et véhiculée par des moyens pouvant être complètement intelligible par l'homme, ne peut que se forger une position, il est vrai sommitale mais s'inscrivant dans la même sphère que celle des hommes. De la sorte, Dieu est ramené sur terre au lieu d'être dans l'au-delà et les hommes au lieu d'aspirer vers le haut, la divination, c'est le haut qui est attiré vers le bas, et c'est Dieu qui est humanisé.
L'idée qui vient à l'esprit que dans une telle conception, l'intégration du divin dans l'ordre cosmique des hommes est de nature à favoriser la rivalité avec les règles divines puisque ce divin est relativisé et n'est plus complètement de l'au-delà. Mais c'est l'opposé qui est vrai. Parce qu'un au-delà non incarné reste toujours transcendant et dépassant complètement l'homme et son intellect de telle façon que l'homme ne peut que s'inscrire dans une quête perpétuelle de l'essence de ce divin et de sa volonté et les règles reçues ne seront plus considérées comme l'expression éternelle de la teneur ultime de la volonté divine mais l'explicitation humaine de cette volonté en fonction des schèmes structurant le mental de l'époque. Alors que le divin incarné inhibe toute quête et la proscrit puisque sa volonté et sa raison sont bien là prenant corps dans l'ordre des hommes. Il s'ensuit la neutralisation systématique et la négation de l'être pensant.


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