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L'urgence d'un classement!
Tunis — Parc du Belvédère
Publié dans La Presse de Tunisie le 04 - 06 - 2013

Le Parc du Belvédère, cet espace vert de 110 ha, est désormais sous la menace de plusieurs facteurs dont, essentiellement, l'expansion urbaine qui est en train de l'étouffer de tous bords et les actes de braconnage. D'où la nécessité de classer cet espace très vital.
Conçu en 1892 et réalisé entre 1897 et 1910, sous la houlette de Joseph La Fourcade, architecte paysagiste et jardinier en chef de la ville de Paris, le Parc du Belvédère, qui s'étale sur une superficie de 110 ha, est à la fois, depuis plus de 100 ans, le poumon vert de la ville de Tunis et le temple de la mémoire tunisienne.
En effet, à travers des monuments riches en histoire (El Midha, El Kobba, les 7 tunnels, le lac artificiel, le Casino, etc.), cet espace vert, façonné dans la grande tradition des jardins romantiques qui s'épanouissaient à Londres et à Paris, est un véritable musée à ciel ouvert pour des visiteurs de tout âge. Et qui dit Le Belvédère, dit aussi le parc zoologique (inauguré en 1969) et plus de 100 espèces d'arbres provenant de 5 continents dont le célèbre ficus macrophylla situé sur la pelouse en face de la 2ème porte du Belvédère, véritable emblème du parc : car il s'agit d'un arbre centenaire dont l'ombrelle couvre plus de 1000 m2.
D'après Jalel Abdelkafi, architecte-paysagiste : « Il (le Parc du Belvédère) est le témoin moderne de l'art des jardins dans la capitale de la Tunisie: patrimoine historique qui contribue à la vie quotidienne des habitants de Tunis et qui accueille des évènements publics d'intérêt général, le Parc du Belvédère est une œuvre conjuguée de l'homme et de la nature, un artefact de valeur nationale et internationale».
Un espace menacé
Malheureusement, ces dernières années, suite à l'augmentation de la pression du tissu urbain environnant (empiètements fonciers, parcours, circulation automobile...), ce lieu de rencontres et de détente est devenu la cible privilégiée des hors-la-loi comme en témoigne Zine Elabidine Benaïssa, président de l'Association des Amis du Belvédère (AAB), lors d'un colloque scientifique intitulé, «Le Belvédère : un patrimoine à classer» et organisé au cours de la semaine dernière, par son ONG, à l'hôtel de ville de Tunis.
«La ville de Tunis est en train d'étouffer le Parc lentement, et ce, à travers des constructions sauvages et des décharges publiques dressées tout autour sans parler des délits commis dans le Parc (braconnages d'arbres, expropriation de terrains, etc.)». Il ajoute : « Dès sa naissance, l'Association a annulé un plan d'aménagement qui allait couper le Belvédère en deux et mettre fin aux plus vieux palmiers de Tunis. Et ces dernières années, nous nous sommes opposés contre un projet de construction d'un centre commercial jumelé à un complexe résidentiel piloté par des membres de la famille régnante à l'époque (un projet des Trabelsi prévu pour janvier 2011, mais dont la réalisation n'a pas vu le jour à cause de l'avènement de la révolution-Ndlr)».
Idem pour la famille du président déchu. « Tout le monde se souvient quand le petit Mohamed Ben Ali rendait visite au Parc tous les samedis. Ainsi, pour des raisons sécuritaires, l'armée a procédé à la coupe de tout le sous-bois du site, ce qui a déstabilisé et déséquilibré le système végétal du Belvédère et contribué à la chute de plusieurs arbres», renchérit le président de l'AAB.
De son côté, M. Seifallah Lasram, président de la Délégation spéciale de la ville de Tunis a pointé du doigt les constructions anarchiques qui sont en train de pousser comme des champignons autour du Parc. Il a aussi rappelé l'importance qu'occupe le site dans la mémoire des Tunisiens et les cœurs de Tunisois. «Très nombreux sont ceux qui ont joué dans ce Parc ou bien révisé un jour leurs cours de classe sur son gazon. Il était aussi le lieu de rencontres des amoureux».
Quand le Parc se transforme en «enclave»
Pour ce qui est des agressions directes, selon plusieurs experts, le Parc a été victime de plusieurs décisions d'ordre urbanistique qui ont influé négativement sur le développement du site. En effet, le Parc du Belvédère a subi, au fil des années, plusieurs déformations qui ont contribué à l'amplification des menaces auxquelles il fait face actuellement. Ce joyau dessiné par La Fourcade a été progressivement transformé, tout d'abord, par l'ouverture à la circulation automobile. Ensuite, par le biais de l'évolution urbaine des quartiers limitrophes. Enfin, par l'implantation de nouveaux équipements dans le parc du Belvédère. «La circulation automobile à l'intérieur du parc a contribué lourdement au cloisonnement des massifs boisés et les vastes pelouses. Avec la croissance de la motorisation, le parc est devenu une plateforme de transit, une sorte de vaste carrefour dans l'agglomération tunisoise. D'autre part, la naissance en 1943 d'un faubourg clandestin à Jebel Lahmar», selon la belle métaphore de Dardel et Kelibi qui analysaient la formation d'un quartier d'habitat spontané sur le flanc ouest du parc du Belvédère est un évènement majeur de l'organisation spatiale et sociale de la capitale. En 1953, soit dix ans après sa naissance, Jbel Lahmar abritait près de 90.000 «paysans sans terre devenus citadins sans emplois» alors que la population de la commune de Tunis s'élevait à près de 390.000 habitants», souligne Jalel Abdelkafi, lors de son intervention.
Il ajoute : « En bref, le Belvédère, qui permettait à la société bourgeoise des années trente de s'épanouir, est désormais fréquenté et utilisé par de pauvres gens qui viennent braconner, ramasser le bois, chasser les oiseaux... Cette utilisation nouvelle du parc du Belvédère se poursuit jusqu'à nos jours, comme ont pu le noter les amis de l'association.
Pour répondre à ce nouveau contexte social, ils ont proposé la création de jardins familiaux à l'usage des habitants de Jebel Lahamar ... projet non encore réalisé».
En outre, tel un étau, le cloisonnement à l'intérieur du parc et les juxtapositions à sa périphérie de zones urbaines, ont enclavé le Parc du Belvédère comme en témoigne dans les années quatre-vingt la naissance d'une série d'immeubles qui ont contribué au verrouillage du Parc. «La construction de l'hôtel Mechtel sur un terrain proche de la pépinière a contribué gravement au cloisonnement du Belvédère, alors qu'il était souhaitable de créer une porte et un accès piétonnier relié à la Porte de Bab El Khadra, faubourg nord de la médina de Tunis... D'autres constructions importantes (la polyclinique Taoufiq, le ministère des Affaires étrangères, l'Etablissement de la radio et de la télévision tunisienne (Ertt) viendront occuper le terrain que la municipalité souhaitait promouvoir en espace vert. En bref, en un demi-siècle, tous les terrains nus situés au nord-ouest du Belvédère ont été occupés de façon tacite au coup par coup, sans perspective d'organisation spatiale. Enfin, au début des années quatre-vingt-dix, le Casino, qui avait été transformé par le ministère de la culture en musée d'art moderne, est affecté au ministère de la Défense nationale qui en fait le mess des officiers. Un déclassement de l'usage public vers un usage privatif...», précise M. Abdelkafi
Malgré les efforts déployés par la municipalité de Tunis et la société civile, à leur tête l'Association des amis du Belvédère, le Parc se trouve soumis et confronté à certaines contraintes et problématiques, comme en témoigne Adel Betaïeb, ingénieur et directeur des espaces verts de la ville de Tunis. «Tout d'abord, il faut signaler le vieillissement du couvert végétal du Parc et la détérioration de son état phytosanitaire. Ensuite, vu sa situation au cœur de la ville de Tunis, le Belvédère, en tant qu'espace de verdure ouvert à la circulation jour et nuit, et parcouru de voies de circulation piétonnes et automobiles, qui constituent les charnières entre plusieurs quartiers. Ce trafic a augmenté sensiblement, ce qui a rendu dangereuse sa fréquentation à pied pour certaines zones».
Parmi les autres problèmes, il y a aussi celui lié à la focalisation des activités d'animation et des activités socioculturelles dans la zone sud du Parc (autour du lac et entre la première et la deuxième portes) sans parler du problème de sécurité amplifié par le manque de sièges dans certaines zones. «Compte tenu de ce qui précède, il s'avère utile d'élaborer un programme de réhabilitation, de préservation et de développement du parc», souligne M. Bettaïeb.
Cadre juridique : un casse-tête chinois
Mais pour tous les spécialistes, le non-classement du site comme patrimoine entrave toute tentative pour remédier aux problèmes cités ci-dessus et permettre de préserver et protéger cet espace vital contre toute atteinte, comme en témoigne M. Abdelkafi. « Notre colloque se tient aujourd'hui pour saluer cette création (le Parc du Belvédère) et pour réfléchir sur les voies et moyens nécessaires à la protection de ce beau parc que l'Association des amis du Belvédère souhaite classer sous forme de «site culturel» selon les termes du Code du patrimoine archéologique, historique et des arts traditionnels (1994). Le classement serait une consécration citoyenne de ce patrimoine historique et une reconnaissance de l'art des jardins...».
Certes, le territoire du parc du Belvédère, qui fait partie du domaine public communal, dispose d'un titre foncier enregistré à la Conservation de la propriété foncière et il est classé comme zone verte équipée (selon le plan d'aménagement urbain de la commune de Tunis approuvé par décret N°8391 en date du 10 janvier 1991-Ndlr), mais d'après Souhyr Kaddachi, une juriste, plusieurs anomalies juridiques entravent une gestion durable de l'espace.
Selon l'experte, «la loi sur les parcs urbains et ses textes d'application notamment le décret n° 2005-3329 du 26 décembre 2005, relatif aux conditions et procédures de l'occupation temporaire des parcs urbains et des procédures d'octroi de la concession de leur réalisation et exploitation ne détermine pas les activités à pratiquer dans ces parcs ni même les activités interdites. Le législateur délègue cette compétence au pouvoir exécutif (décret d‘approbation) et administratif (autorisation)». Une attitude qualifiée de «juridiquement incorrecte car pour interdire il faut une loi».
D'autre part, toujours d'après l'intervention de Mme Kaddachi, «il n'y a pas une logique de préservation écologique des parcs urbains ou, du moins, les termes de la loi n'expriment pas cette logique... la seule préoccupation semble être de créer des parcs urbains tout en comprimant les coûts des dépenses publiques (d'ailleurs cet objectif est mentionné lors des débats parlementaires relatifs à cette loi du 26-27 septembre 2005 p.110 à 117)».
Parallèlement, les parcs urbains sont définis «comme étant des propriété immobilière dont la préoccupation majeure du législateur est leur gestion foncière». D'ailleurs le législateur «utilise le terme promoteur pour désigner le bénéficiaire d'un contrat de concession. De surcroît nulle part on n'utilise les termes gestion durable, préservation ou conservation des parcs urbains. Seul le terme exploitation prédomine dans cette loi et ces textes d'application avec ce que cela laisse entendre de par sa connotation lucrative», souligne Souhyr Kaddachi.
De ce fait, la juriste voit que le Parc du Belvédère «n'a pas besoin d'être exploité par des entreprises privées cherchant le lucratif» ni par «des promoteurs réalisant des profits et greffant des droits réels sur ces immeubles méritant d'être classés monuments historiques». Pour elle, ce site «a besoin d'être davantage valorisé en le classant sous l'égide d'un autre régime juridique plus approprié, offert par le code du patrimoine».
Un avis partagé par Jalel Abdelkafi qui avec l'association des Amis du Belvédère propose que le plan d'aménagement de la Commune de Tunis en cours de révision devrait classer le parc du Belvédère comme jardin historique, selon la Charte de Florence (Icomos – Ifla 1982) ou bien comme site culturel. «Le parc du Belvédère, en tant que jardin historique tel que défini par la charte de Florence devrait être classé (aussi) comme site culturel selon les termes du Code du patrimoine archéologique, historique et arts traditionnels (1994)», ajoute-t-il.
Enfin, toujours selon M. Abdelkafi, la recommandation de l'Unesco (1962) concernant «la sauvegarde de la beauté et du caractère des paysages et des sites» s'applique toutefois au Parc du Belvédère et devrait être un argument justificatif de la procédure de classement d'autant que la Tunisie est signataire de ce document. «La Convention du Patrimoine mondial de l'Unesco (2012) propose de définir» les paysages culturels comme «œuvres combinées de la nature et de l'homme (...) qui illustrent l'évolution de la société et des établissements humains au cours des âges sous l'influence des contraintes matérielles et/ou des ajouts présentés par leur environnement naturel et des forces sociales ,économiques et culturelles successives, internes ou externes. Il conviendrait de s'y référer lors de la demande de classement, et peut-être d'inscrire le Parc du Belvédère sur la liste indicative des paysages culturels pour sa reconnaissance comme patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco», conclut-il.
Il reste à signaler que l'AAB a déjà entamé il y a deux ans les procédures pour classer le site. Sauf que cette tentative, selon Chokri Klouz, ingénieur paysagiste et membre de l'Association, est restée lettre morte auprès des décideurs tunisiens. Il estime que le Parc du Belvédère est victime d'un conflit de compétences négatives. « Nous avons déposé une demande au ministère de la Culture pour classer le Parc comme patrimoine culturel. Or le ministère en question a jugé qu'il ne pouvait pas accorder ce type de classement à un espace vert. De ce fait, notre demande a été orientée vers le ministère de l'Agriculture. Ce dernier, à son tour, nous a répondu qu'il ne pouvait pas classer un site où figurent des monuments du patrimoine national. Et voilà que le dossier est resté bloqué au niveau du ministère de l'Environnement», déclare-t-il.


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