Stade de Casablanca Arbitre: Abongile Tom (Afrique du Sud) Tunisie: Dahmen, Valery (Ben Ali), Abdi, Bronn (Meriah, 10'), Talbi, Sassi (cap.), Mejbri (B. Romdhane, 85'), Skhiri, Gharbi (Saad, 70'), Haj Mahmoud (Achouri, 46'), Mastouri (Chaouat, 70'). Buts: Chaouat (89') pour la Tunisie et Sinayoko (90'+6) pour le Mali. Avertissements: Haj Mahmoud, Mejbri, Chaouat, Meriah (Tunisie) ; Bissouma (Mali). Expulsion: Coulibaly, 27' (Mali). L'équipe de Tunisie intrigue et met les nerfs de ses supporters à fleur de peau. Son inconstance et ses égarements inquiètent. Il est indéniable que la vie d'un groupe lors d'un tournoi aussi éprouvant n'est pas une partie de plaisir. À côté de certaines incompatibilités nourries par la rivalité entre les joueurs, il y a l'aptitude à honorer les couleurs qui doit primer. Or, les deux derniers matches ont laissé planer le doute sur ce dernier point, rendant impératif le repêchage devant le Mali. À cinq mois de la Coupe du monde, ce match se présente déjà comme celui du grand oral. Or, le Mali est de son côté ambitieux, revanchard et déterminé à en découdre avec un adversaire qui lui a semblé usurpateur d'une qualification à la Coupe du monde 2022. Le souvenir d'un certain Tunisie–Mali (0-2) lors de la CAN 1994 doit aussi figurer dans la pensée des deux équipes, avec des motivations contrastées. C'est une formation remaniée qui est appelée à porter le lourd fardeau de l'enjeu. En alignant Haj Mahmoud, Sami Trabelsi entend surprendre l'adversaire et revigorer l'équipe, mais la blessure de Bronn dès la 6e minute est déjà un coup dur. Et c'est le jeune Gharbi qui confirme son audace offensive avec un tir appuyé légèrement à côté (11'). À la 22e minute, toute l'équipe transmet un message fort en assiégeant l'adversaire sur corner. Le message est perçu par les Maliens, qui mettent Dahmen en difficulté, deux fois en une minute (24'). Mais c'est à la 27e minute que survient le premier tournant : l'expulsion de Coulibaly, qui a dangereusement écrasé la cheville de Mejbri. La suite n'est pas exploitée par les Tunisiens, appliqués certes, volontaires aussi, mais peu imaginatifs. Meilleurs que lors des deux matches précédents, ils demeurent toutefois tâtonnants en attaque, gênés, il est vrai, par le bloc défensif adverse. À la 45'+6, c'est même le Mali qui se montre menaçant. Avec une possession de balle de 66 % en première mi-temps, le Onze national a certes pris un avantage psychologique, mais qui nécessite concrétisation. La seconde mi-temps démarre avec un ascendant tunisien qui ne fléchit qu'à l'approche de la zone de vérité. Mais c'est sur un corner vicieux d'Abdi que le score a failli changer (54'). L'état de siège se poursuit et tarde à générer du concret ; l'attentisme des Maliens est toutefois suspect, à l'image de deux alertes sérieuses qui ont réveillé les supporters subsahariens (63', 64'). À court d'idées, le Onze national s'arme de patience pour créer la brèche. La rentrée de Saad et Chaouat est la carte ultime pour faire la différence, mais le bloc malien tient bon. En même temps, les velléités offensives, quoique sporadiques, constituent une épée de Damoclès. Le match devient crispant et c'est Hannibal Mejbri qui se démène comme un lion pour entraîner l'équipe et inquiéter le gardien adverse (80') ; il sera imité par Saad, mais son tir est peu appuyé (82'). Mais Saad fera mieux en servant Chaouat, qui marque un but portant sa signature (89'). La qualification ne peut alors tenir qu'à la capacité d'endiguer la furia adverse. Mais l'invraisemblable se produit à deux minutes de la fin, quand Meriah commet la faute fatale qui permet au Mali d'égaliser sur penalty par Sinayoko. Les prolongations se présentent comme une épreuve psychologique pesante, à l'image des gros plans de la retransmission montrant l'anxiété des supporters tunisiens. Croyant en leurs chances après ce basculement inespéré, les Maliens se montrent menaçants (95') ; Abdi réagit ensuite par un tir de près (98'). Meriah est à deux doigts d'effacer sa faute en tirant en puissance, de peu à côté (102'). À la 106e minute, c'est la VAR qui annule le but de Chaouat, servi par Skhiri. À la 111e minute, Valery quitte le terrain, épuisé, et la prudence devient impérative sans concéder à l'adversaire le monopole du ballon. La pluie aidant, le calvaire des joueurs se poursuit jusqu'au coup de sifflet final, avec la charge mentale que l'on devine. Et c'est finalement la loterie insoutenable des tirs au but qui décide du sort de la qualification. Epreuve de nerfs plutôt que d'adresse, elle sourit aux Maliens, qui prennent une revanche désespéré. Dominer n'est pas gagner. Encore une fois, le Onze national froisse son public en ratant un match à sa portée. Les spéculations feront donc bon train sur la capacité des joueurs à honorer les couleurs en Coupe du monde. À l'image de l'approximation qui caractérise un pan non négligeable de la société, le Onze national suscitera encore des incertitudes et beaucoup d'inquiétude. Lire aussi CAN 2025 - Tunisie-Ouganda : Un avant-goût de conquête Tunisie-Nigéria (2-3) : La déception et des interrogations Tunisie - Tanzanie 1-1: Une qualification amère