Par Habib Touhami - A ce jour et hormis peut-être le général algérien Lamine Zeroual, le général soudanais Abdel Rahman Siwar al-Dahab reste le seul général arabe «comploteur» qui ait transmis le pouvoir à un gouvernement civil élu à la fin de la période de transition comme il était prévu initialement. Mais ce général alla encore plus loin dans l'exemplarité en refusant de céder aux nombreuses sollicitations lui demandant de prolonger son «mandat» ou de se présenter lui-même aux élections. Il n'est pas banal en effet de voir un général arabe montrer si peu d'enthousiasme à gouverner. C'est à la faveur d'un soulèvement populaire contre le président soudanais Gaafar al-Numeiri, dont le régime est devenu corrompu et inefficace, et du coup d'Etat militaire du 6 avril 1985 que le général Abdel Rahman Siwar al-Dahab, ministre de la Défense et commandant général des forces armées soudanaises, est devenu président du Conseil militaire de la transition de la république du Soudan (chef de l'Etat). Mais dès l'année suivante, il céda le pouvoir de bonne grâce à un gouvernement élu, dirigé par le Premier ministre Sadiq al-Mahdi, sans aucune hésitation. Il s'exila par la suite volontairement en Arabie Saoudite et y mourut en 2018 dans un hôpital militaire à Riyad. Rien pourtant n'avait préparé le général Abdel Rahman Siwar al-Dahab à se conduire en démocrate. Ni la société soudanaise dans laquelle il est né, ni l'enseignement de l'Académie militaire soudanaise qu'il avait reçu. Comme quoi, on peut naître dans une société sans tradition démocratique avérée et se mouvoir dans un milieu plus porté à la discipline qu'au questionnement sans être contaminé pour autant par l'autoritarisme ou la dictature. Mais je crois que dans le cas du général Abdel Rahman Siwar al-Dahab, ce qui l'a emporté, c'est la foi profonde du personnage. En effet, homme de foi dans la vie courante, le général Abdel Rahman Siwar al-Dahab l'est resté une fois au pouvoir. Cela explique son comportement jugé «anachronique», irresponsable, naïf et inconscient par beaucoup. Mais au fond, pouvoir et foi ne sont-ils pas frappés congénitalement de «discordisme» perpétuel ?