Par Habib Touhami - Le taux d'activité du sexe féminin en Tunisie se situe à 27% en moyenne ces dernières années, selon la Banque mondiale, et à 28,2%, selon l'INS, au troisième trimestre 2025 (rapport entre le nombre d'actifs et l'ensemble de la population correspondante). Il se situe à 5% en Afghanistan, 14% en Algérie, 33% en Arabie saoudite, 20% au Maroc, 18% en Egypte, etc. Il se situe par contre à 62% en Norvège, 61% au Danemark, 52% en France, etc. Mais on enregistre les taux d'activité du sexe féminin les plus élevés au Nigeria (81%), Tanzanie (80%), Ouganda (76%), etc. Entre 1966 et 2025, le taux d'activité du sexe féminin en Tunisie est certes passé de 5,6 à 28%, mais après des décennies de développement socioéconomique et d'avancées notables sur l'égalité hommes-femmes, sur 100 Tunisiennes en âge d'activité, 28 seulement se présentent aujourd'hui sur le marché du travail. Ainsi, les forces productives du pays (population active potentielle) restent amputées d'au moins 12%. Taux d'activité selon le sexe en % Source : BIT, données 2022 Comment expliquer qu'on ne s'inquiète pas de cette amputation ? S'agit-il d'un fatalisme atavique, d'un résidu social, culturel ou même cultuel qui frappe spécifiquement les régions d'Afrique du Nord et le Moyen-Orient ? S'agit-il de l'atteinte dans ces pays d'une espèce de plafond de verre au niveau des créations d'emploi destinées aux femmes ? S'agit-il enfin d'autres facteurs comme le type de formation, la rémunération, etc. Si l'on aborde le problème tunisien sous l'angle du volume des créations d'emploi féminines lors de ces quinze dernières années, on constate effectivement qu'au cours de la période 2011-2023, ce volume a été impacté par la crise socioéconomique de l'après-14 janvier 2011 et de la crise sanitaire de 2020 (le covid). A chaque fois a prévalu une règle non écrite : sacrifier l'activité et l'emploi des femmes au bénéfice de ceux des hommes. Tout se passe comme si un consensus s'était installé dans la société tunisienne avantageant l'emploi des hommes au titre de leur statut de chef de famille. Créations d'emploi par sexe 2011-2023 en 1000 Source : INS Jusqu'ici, la faiblesse du taux d'activité des femmes en Tunisie n'a pas semblé trop préoccuper les responsables politiques du pays, au contraire du taux de chômage des femmes par exemple. Pourtant, la hausse du taux d'activité du sexe féminin est de nature à améliorer le rapport démographique sur le long terme et donc à mieux préserver les équilibres financiers de nos régimes de retraite dits à répartition. Outre son impact sur les revenus, l'économie et d'autres paramètres socioéconomiques, la faiblesse du taux d'activité du sexe féminin contribue à la détérioration du rapport démographique, alors que son amélioration constitue une opportunité de redressement, en plus, cela va de soi, de l'augmentation de la productivité de l'économie nationale ou de la baisse du taux de chômage des femmes, qu'elles soient d'ailleurs diplômées ou non.