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Les sciences profanes peuvent servir l'Islam
Publié dans Le Temps le 29 - 09 - 2008


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L'usage des données astronomiques est sans fondement dans la « charia »
Nous avons eu droit à un débat très intéressant sur une chaîne de télévision algérienne autour du thème de la détermination du début du mois lunaire. La question était de savoir si le calcul astronomique pouvait être utilisé à cette fin et le débat réunissait deux intellectuels musulmans :
un « ancien » qui défend l'observation visuelle comme seul moyen de déterminer le premier jour du mois et un « moderne » qui prône l'idée de faire appel au calcul astronomique. Evidemment, les deux protagonistes ont chacun eu raison grâce à un argumentaire béton fondé sur le Coran et le Hadith, ce qui laisse encore de beaux jours à la confusion au sein des communautés musulmanes sur la question.
Cependant, le principal intérêt que l'on pourrait trouver au débat est qu'il a permis de montrer comment les intellectuels musulmans appelés « fuqaha » (les savants en matière de « fiqh », le droit musulman) sont parvenus à expurger la recherche scientifique du champ du questionnable en Islam et à confiner cette religion dans le conformisme.
On peut seulement signaler que le mathématicien musulman qui a produit le traité ayant donné son nom à l'algèbre comme discipline des Mathématiques a vécu entre les 8e et 9e siècles de l'ère chrétienne : l'Europe était en train de plonger dans la nuit du Moyen Age et n'avait pas encore d'écriture.
L'Islam connaît un certain nombre de problèmes avec la « modernité » du simple fait que les sciences profanes n'ont pas été intégrées dans le corpus de la loi islamique, la « Chariah », cette Loi qui régit toutes les affaires et qui est devenue un véritable épouvantail pour les occidentaux, la voie de l'Ordre (coran 45/18). Ainsi, cette communauté, la Oummah, est devenue un ensemble de populations sous ordre au lieu d'être une communauté d'adeptes avant-garde du genre humain comme l'avait voulu son Promoteur choisi « al-Moukhtar » (psl) qui avait fait de la recherche de la connaissance une obligation pour chaque adepte et recommandé d'aller à la quête du savoir jusqu'en Chine si nécessaire. Pendant que l'Europe menaçait de mener ses savants au bûcher, le livre saint de l'Islam posait déjà pour ses adeptes les rudiments d'astronomie qui allaient faire les brillants astronomes musulmans dont les cratères de la lune portent les noms (peu de ces « fuqaha » le savent).
La Oummah aurait dû s'appuyer sur les trois piliers que sont le Coran, la Tradition prophétique (les enseignements bien compris du Prophète (psl)) et les sciences profanes : les premiers siècles de l'Islam ont été des siècles de recherche scientifique effrénée et d'un foisonnement intellectuel dense. Les musulmans ont ensuite donné de leur religion un autre visage que l'on s'efforce aujourd'hui de dépeindre de manière aussi hideuse que possible : des sociétés archaïques sinon arriérées, mal organisées parce que s'appuyant sur un corpus incomplet pour ne pas dire bancal, proies faciles des autres puissances (la quasi-totalité des pays musulmans ont subi la colonisation). Le troisième pilier manquant, les sciences profanes, aurait sûrement fait de l'Islam cette religion de tous les temps comme l'avaient promis le Prophète (psl) et le Coran au lieu de cette religion présentée comme le gros « problème » de toutes les sociétés actuelles et qui l'est quelque part au regard des dissensions en son sein.
Aujourd'hui, nombre de questions interpellent la société musulmane auxquelles elle n'aurait jamais dû être confrontée que de semblables débats organisés de manière récurrente autour de savants du Coran et du Hadith tentent de cerner. De même, aucune solution n'est apportée à la divergence sur la date de début des mois lunaires. Or, point n'est besoin de calcul sophistiqué, le Coran nous dit « Et la lune, Nous lui avons déterminé des phases ... », des « manâzil » définies par des heures de lever et de coucher de lune que le simple suivi par l'observation visuelle quotidienne ou par le biais des éphémérides présentées par la météo permet de reconnaître pour savoir sans erreur possible si le nouveau croissant est présent dans le ciel, couvert ou non.
Les « anciens » défendent la thèse de la vision du nouveau croissant avec un tel acharnement que l'on pourrait croire que le jeûne est dédié au croissant. Or, le croissant lunaire, le « hilal », permet seulement de déterminer un moment (qui dure 29 ou 30 jours) tout comme le soleil permet de déterminer les cinq moments « mawaaqît » de prières dans la journée.
Comble d'ironie, l'on accepte bien de calculer ces moments de prières canoniques à l'aide d'une montre ce qui est bien commode quand le temps est couvert et personne ne semble s'en offusquer pour cette obligation rituelle.
Salah Ben Ali
Universitaire
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L'usage des données astronomiques est sans fondement dans la « charia »

La loi islamique est tolérante et globale. Ses dispositions s'appliquent à tous les humains et djinn, à leurs différentes composantes, lettrés comme illettrés, citadins comme campagnards. C'est pourquoi Allah leur facilite la connaissance des heures du culte et a fixé des repaires connus de tous pour marquer leur début et leur fin : l'inclinaison (zawal) du soleil marque le début de l'heure du coucher « maghrib » et la fin de celle d'asr ; la fin du crépuscule marque l'entrée de l'heure d'Isha, par exemple. De même, il a fait de la vision de la lune, après sa disparition à la fin du mois lunaire, la marque du début d'un nouveau mois lunaire et la fin du précédent. Il ne nous a pas imposé de chercher à connaître le début du mois par des moyens que ne maîtrise qu'une infime minorité, à savoir l'astronomie.
Les textes du Coran et de la Sunna font de la vision oculaire de la lune le moyen de constater le début du jeûne des musulmans en Ramadan et sa fin. La même procédure doit être suivie pour la fixation de la fête du sacrifice et du jour d'Arafa (9e jour du 12e mois musulman).
A ce propos le Très Haut dit : « Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu' il jeûne un nombre égal d'autres jours. - Allah veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté pour vous, afin que vous en complétiez le nombre et que vous proclamiez la grandeur d'Allah pour vous avoir guidés, et afin que vous soyez reconnaissants! » (Coran, 2 :185)
et «Ils t'interrogent sur les nouvelles lunes - Dis: "Elles servent aux gens pour compter le temps, et aussi pour le Hajj (pèlerinage). Et ce n'est pas un acte de bienfaisance que de rentrer chez vous par l'arrière des maisons. Mais la bonté pieuse consiste à craindre Allah. Entrez donc dans les maisons par leurs portes. Et craignez Allah, afin que vous réussissiez! » (Coran,2:189)
et le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « Jeûnez quand vous le voyez et déjeunez quand vous le (croissant) voyez et, si les nuages vous empêchent de le voir, portez le nombre de jours jeûnés à 30 ».
Aussi le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui ) fait-il dépendre le jeûne et son interruption de la vision du croissant et ne les fait point dépendre du calcul astronomique ou du mouvement des astres.
Voilà la pratique qui prévalait au temps du Prophète (bénédiction et salut soient sur lui ) et au temps de ses successeurs bien guidés et des quatre imams et des trois générations pour lesquelles le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui ) a témoigné de leur vertu et de leur bonté.
L'usage de données astronomiques pour établir le calendrier lunaire et indiquer le début et la fin des actes cultuels liés audit calendrier tout en faisant fi de la vision est une innovation qui n'apporte aucun bien et qui, de surcroît, est sans fondement dans la Charia. Or tout le bien réside dans la perpétuation de la pratique des ancêtres pieux en matière religieuse et tout le mal réside dans les innovations introduites dans la religion.
Puisse Allah nous préserver tous des tentations apparentes et cachées.


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