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Vendredi 13
Les Tunisiens et la superstition
Publié dans Le Temps le 13 - 02 - 2009

Entretien avec Mme Dorra Ben Alaya (enseignante-chercheur en psychologie sociale) : La superstition des hommes et celle des...animaux !
Victor Hugo écrivait dans Les Travailleurs de la mer : « La maison comme l'homme peut devenir cadavre. Il suffit qu'une superstition la tue.»
Cela empêche-t-il pour autant les hommes partout où ils se trouvent d'être superstitieux ? Chez nous comme partout ailleurs la superstition fait partie de notre quotidien, elle vit en nous et avec nous. Et quoi qu'on en dise ou pense, on y recourt fréquemment pour expliquer des faits et des phénomènes mystérieux incompris.
Depuis la nuit des temps, les hommes ne trouvent pas mieux, devant les étranges concours de circonstances, que de les rattacher à un détail quelconque de leur vie ou de leur environnement. Et d' y voir un bon ou un mauvais signe pour leur avenir. Le chiffre 13 par exemple ne semble pas porter bonheur notamment chez les Chrétiens ; il est même maudit quand il coïncide sur le calendrier avec un Vendredi. Quelles seraient les origines de cette croyance superstitieuse ? Qu'en est-il de nos rapports superstitieux aux chiffres, à nous autres Arabes et Musulmans ? Et chez les autres populations du monde, quelles valeurs symboliques confère-t-on aux chiffres ? Comment expliquer les superstitions d'une manière générale et quels rôles jouent-elles d'un point de vue psychologique, social ou même politique ? L'esprit le plus rationnel est-il exempt de croyances de nature superstitieuse ? La superstition a-t-elle encore de l'avenir à notre époque ? La civilisation moderne ne crée-t-elle pas de nouvelles formes de croyances non fondées du même type ? La superstition n'est-elle pas une seconde nature de l'homme ? A l'origine de tous les progrès humains, n'y a-t-il pas souvent un préjugé, une fausse croyance qu'il fallait combattre et proscrire de nos esprits et de nos pratiques ?
Le présent dossier ne répondra pas à toutes ces questions, mais rouvre le débat et relance la polémique autour d'un phénomène purement humain et aussi vieux que le monde !

13 ou le chiffre maudit
On appelle la peur de ce chiffre d'un nom lui-même étrange et qui plus est difficile à prononcer et à retenir : il s'agit en effet de la triskaidékaphobie ! Selon certaines études, cette crainte du chiffre 13 serait liée à des croyances religieuses chrétiennes. Pour les adeptes du Christianisme, Jésus était le treizième convive de la Sainte Cène, son dernier repas qui réunit autour de lui les 12 apôtres. Judas étant le traître qui entraîna la crucifixion du prophète, on associa le chiffre 13 aux malheurs et aux souffrances de ce dernier.
Par ailleurs, la mythologie chrétienne voyait dans le chiffre 12 qui précède immédiatement le chiffre maudit, un symbole d'accomplissement et un synonyme de cycle achevé. L'année comprenant, en effet, 12 mois, le jour et la nuit 12 heures chacun, le zodiaque 12 signes, le nombre des dieux de l'Olympe étant également 12 tout autant que les Travaux d'Hercule, que les tribus d'Israël et que les apôtres de Jésus, alors on considéra que 13 était plutôt synonyme de déséquilibre et qu'il marquait une évolution vers la mort et la ruine.
Au IVème siècle avant J-C., Philippe II de Macédoine ajouta sa statue à celles des 12 Dieux, mais peu de temps après, il fut assassiné : certains trouvent que la peur du chiffre treize provient peut-être aussi de ce funeste sort connu par le souverain macédonien. Selon d'autres croyances, cette malédiction est à mettre en rapport avec la lettre Mem, 13ème de l'alphabet hébreu et qui connote la mort. Dans une version différente, les Mayas et les Aztèques auraient contaminé le reste du monde par cette superstition : ils avaient des calendriers de vingt mois à treize jours chacun et c'est ce qui précipita leur disparition à la suite de l'invasion espagnole au XVIème siècle ! Pour les amateurs du jeu du tarot, le 13ème arcane (une des cartes à jouer) représente un squelette en train de faucher et ce n'est certainement pas de bon augure !

Et Vendredi 13 ?
En Europe, on a trouvé à cette superstition des origines nordiques : vendredi était le nom de la déesse de l'amour et de la fertilité Frigga vénérée par les populations germaniques et nordiques avant l'avènement du Christianisme dans ces contrées. Lorsque les tribus y furent converties à la nouvelle religion, Frigga était désormais bannie et considérée comme une maléfique sorcière. Depuis cette date, la déesse rancunière tenait chaque vendredi, sur la montagne où elle fut refoulée, un conseil auquel elle convoquait 11 sorcières et le Diable (donc ils étaient 13 en tout) pour comploter de vilains tours à jouer aux habitants de la vallée au cours de la semaine suivante ! Quelle histoire à dormir debout mais avec des amulettes sur soi !
En tout cas et depuis l'Antiquité, vendredi était plutôt perçu comme le jour le plus gai de la semaine ; aujourd'hui encore c'est un jour de chance pour beaucoup de peuples et communautés religieuses. Chez nous par exemple, il est sacré en raison de la grande prière qui y est célébrée. On croit aussi et certains adages confirment la superstition que mourir un vendredi fait bénéficier du pardon (partiel et provisoire) de Dieu ! Mais on raconte chez les chrétiens cette fois que le péché originel fut commis un vendredi ! Caïn aurait tué Abel un vendredi 13, le Temple de Salomon aurait été détruit un autre vendredi 13 et le Déluge qui vit Noé lancer son Arche sur les flots aurait eu lieu encore un vendredi 13 ! Que de conditionnels en fin de ...conte ! Au fait, savez le terme technique utilisé pour désigner la peur de Vendredi 13 : tenez-vous bien, c'est la paraskévidékatriaphobie ! Facile

à lire, n'est-ce pas ?
Les chiffres chez nous et dans le monde
Nul ne peut, sans risque d'en oublier, recenser tous les chiffres fétiches du monde : mais une chose est sûre, c'est que pour chaque communauté il existe des chiffres et des numéros maudits ou porte-bonheur. Certains chiffres sont même entourés d'une vénération toute particulière comme chez nous les chiffres 3, 5,7 surtout ! En Chine, le 4 évoque la mort, contrairement au 8 qui porte bonheur. A ce propos, on rapporte que c'est pour cette raison que les derniers Jeux Olympiques de Pékin eurent lieu le 8 Août 2008 (08-08-08) à 8 heures 08 (heure locale) ! Il faut dire, vu les excellents résultats enregistrés par les Chinois lors de ce tournoi, que ce n'était pas mal pensé du tout, cette programmation ! Remarquez qu'ils auraient pu aussi choisir le 6 du mois de juin et ça aurait marché comme sur des roulettes puisque pour les Chinois 6 est synonyme de facilité ! Le chiffre 9 quant à lui signifie longue vie et relation durable, ce qui explique que là-bas, la plupart des mariages sont fêtés au mois de septembre !

Anecdotes et histoires étranges
Mounira (institutrice) raconte que lors d'un déménagement, elle a gardé sur elle l'amulette que portait son fils durant son enfance : « Depuis cette date, il ne m'est arrivé que du bonheur : j'ai été promue sans difficulté à deux reprises, mon mari a trouvé un emploi stable et fut muté tout près de la maison, mon fils réussit brillamment ses études et notre deuxième enfant va bientôt venir au monde. Entretemps j'ai perdu mon père et mon époux le sien, mais nous avons hérité d'un bon pécule qui nous a permis d'acheter la villa et la voiture ! Je n'ai pas du tout l'intention de me défaire de ce cher gris-gris après tous ces heureux coups du hasard! Pardon papa ! »
Jamel, lui, joue beaucoup aux cartes et chaque fois que son plus cher ami s'assoit à ses côtés pendant le jeu, il perd automatiquement : « Une fois, j'étais à un point du gain de la partie quand il arriva et se plaça à ma gauche (en plus !). Je ne vous raconte pas la suite : une cascade de donnes perdues et même les parties suivantes le furent aussi ! »
Kamel n'aime pas la couleur rouge et lui préfère le bleu : « il suffit que je mette n'importe quoi où figure une seule tache rouge pour que je me sente mal dans ma peau et que l'appréhension d'un malheur imminent m'habite. Par contre quand je mets du bleu, tout me sourit ou presque ! Par exemple, aux examens j'utilise souvent du brouillon bleu et s'il m'était permis de remettre aux professeurs un propre de la même couleur, je l'aurais fait avec beaucoup de plaisir ! Ah oui, j'ai failli oublier ! Les chiffres pairs me portent bonheur aussi ! Même pour prendre un taxi ou un métro j'évite les chiffres impairs !»

Chasser le signe indien ou l'entraîneur !
Pour conjurer le mauvais œil, pour se désenvoûter, pour chasser le signe indien, on consulte en général des voyants, des exorcistes, des sorciers et des diseurs de bonne aventure. Les clients de ces charlatans sont plutôt des gens ordinaires à la culture très limitée. Mais parfois, il peut s'agir de hautes personnalités politiques internationales. Le cas de François Mitterrand et celui de Jacques Chirac sont connus des Tunisiens. Les dirigeants sportifs et les supporters recourent également aux talismans, aux gris-gris et aux mascottes lorsque les résultats sont peu flatteurs. On sacrifie un ou plusieurs moutons sur le gazon ou à l'entrée du stade et si la guigne poursuit encore l'équipe, on chasse...l'entraîneur !

Un talisman contre la crise financière mondiale
Il n'y a pas le moindre doute, nous avons été, en Tunisie, victimes du mauvais œil. Autrement, comment expliquer que la crise financière qui frappe le monde depuis quelques mois nous touche aussi alors que tous nos analystes et même ceux venus d'ailleurs avaient la ferme conviction que nous en étions préservés grâce à on ne sait quel « antivirus » magique ! Maintenant que le mauvais sort ne nous épargne plus, il serait fastidieux d'allumer des bougies dans les mausolées des marabouts et de consentir quelques offrandes aux saints et aux saintes. Le mieux pour nos gestionnaires et nos économistes serait de reconnaître que le talis...ment et que leurs conseillers étaient tout simplement des apprentis sorciers !

Les nouvelles superstitions
Le XXème et le XXIème siècles ont déjà donné lieu à de nouvelles peurs superstitieuses : dès les années 30 et 40 du siècle dernier, le monde a commencé à appréhender l'existence d'extra-terrestres nuisibles pour notre planète et depuis, on n'arrête pas de reparler de temps en temps des soucoupes volantes et des OVNI aperçus à divers coins de la Terre. De nos jours, la plus obsessionnelle des phobies, et celle qu'on nourrit le mieux chez les Occidentaux, a trait à une guerre nucléaire mondiale. Du côté des sectes, on continue d'annoncer l'imminence de la fin du monde en s'appuyant sur des signes que seuls leurs gourous savent interpréter et comprendre !

Que dit le psy ?
D'un point de vue psychiatrique, les attitudes superstitieuses peuvent s'interpréter de diverses manières selon la forme qu'elles prennent et selon les individus dont elles émanent : il peut s'agir d'un signe révélateur de manque de confiance en soi, du besoin d'un soutien quelconque pour affronter différentes situations délicates ou bien pour expliquer un fait étrange. Mais ce qui n'était qu'un besoin ponctuel peut se transformer chez certains en dépendance chronique, en une sorte de rituel auquel on recourt notamment dans les moments de grande détresse. Dans d'autres cas, la superstition peut cacher un vrai trouble psychologique et l'on parle alors du TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif). Pour ceux chez qui le mal se déclare, il vaut mieux consulter un psychiatre car le traitement existe. Si, au contraire, ils n'en ont cure alors, ils sont peut-être...TOQUES !
Badreddine BEN HENDA
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Entretien avec Mme Dorra Ben Alaya (enseignante-chercheur en psychologie sociale) : La superstition des hommes et celle des...animaux !
Mme Dorra Ben Alaya considère, quant à elle, que la superstition procède de ce que l'on appelle « la pensée magique » qui fonctionne par analogie, par proximité, par association et conduit à une déformation dans l'interprétation des événements : « certains évitent, en parlant par exemple d'une maladie grave ou mortelle comme le cancer, de prononcer le nom de cette maladie en croyant que le seul fait de le dire les expose au risque d'attraper le mal qu'il désigne ! En revanche, si quelqu'un utilise lors d'un examen un stylo quelconque pour écrire et qu'il réussisse à l'épreuve, il a tendance aussitôt à créer une association entre l'utilisation dudit stylo et la réussite à l'examen. A l'origine de telles attitudes se trouvent deux sortes de besoins : celui d'abord de maîtriser et de contrôler les événements, et comme l'homme a horreur de l'incertain et de l'inexplicable, il se crée chaque fois qu'une défaillance entrave le contrôle des faits, une illusion de contrôle par le truchement d'un comportement superstitieux. Le besoin d'économie d'énergie mentale explique aussi la création d'associations simples, de solutions de facilité en fait, pour s'épargner l'effort d'analyse. Je voudrais vous faire remarquer aussi que la pensée magique est commune à tous les hommes et qu'on la retrouve même chez certains animaux. Une expérience sur des pigeons l'a démontré : on a constaté que, dans leur cage, les oiseaux s'adonnent régulièrement au même rituel avant de recevoir leur nourriture. Les mouvements qu'ils reproduisent sont exactement ceux qu'ils avaient accomplis juste avant le premier repas qu'on leur a servi. Les pigeons en sont donc arrivés à établir un lien de cause à effet entre leur rituel d'avant le repas et l'action de les alimenter ! »


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