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Femme et homme, partenaires pour l'essor socio-économique de la Tunisie
Journée Internationale de la Femme
Publié dans Le Temps le 08 - 03 - 2009

Des femmes tunisiennes de différents âges et d'horizons sociaux, parlent de leurs droits, de leurs acquis et de leurs aspirations
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Mme Iqbal Gharbi, enseignante à l'université Ezzeitouna : - La marginalisation de l'homme ne sert pas la cause de la femme. Loin de là, elle renforce la discrimination à son égard -
Mme Arbia Ben Ammar, ex-députée et membre du bureau politique du Parti de l'Unité populaire : - La Société civile est appelée à combattre les préjugés défavorables à l'égard de la femme -
Mme Monia El Abed, avocate : - Changer les mentalités et les traditions discriminatoires -
Melle Farah Ben Slimane, étudiante en préparatoire : « c'est un privilège que de vivre dans un pays où la loi nous respecte et nous défend »

La Tunisie fête, aujourd'hui, la Journée Internationale de la Femme. Une telle célébration est l'occasion pour faire le bilan de la situation de la femme tunisienne, référence d'affranchissement dans le monde arabo-musulman. Laquelle femme a des acquis législatifs et sociaux dont elle peut être fière et ce, depuis la promulgation du Code de Statut Personnel et, même avant. Le contrat de Kairouan prohibe la polygamie, les multiples fatwas du Fiqh malékite octroient de nombreux droits aux Tunisiennes. De nouvelles législations sont venues renforcer cette tendance en accordant, notamment, à la femme tunisienne le droit de transmettre sa nationalité à ses enfants. Donc, l'arsenal législatif et institutionnel tunisien renforce la posture de la femme tunisienne et lui accorde les moyens nécessaires pour être la partenaire de l'homme sur le chemin du progrès social.
Et comme cette lutte est une activité quotidienne, la célébration de la Journée Internationale de la Femme est une occasion pour interroger les femmes tunisiennes sur leurs aspirations et sur les axes de leurs luttes. Lesquels axes varient d'une tranche d'âge à une autre et d'une catégorie sociale à une autre. C'est pourquoi Le Temps s'est adressé à quatre femmes d'horizons sociaux différents, quoique représentant la femme tunisienne libérée et affranchie. Il est évident que les revendications de l'étudiante de 20 ans ne soient pas forcément celles de la militante chevronnée de 50 ans. Toutefois, elles reconnaissent tous les acquis réalisés et elles appellent à la mobilisation de la société face à la montée de la pensée intégriste qui véhicule une lecture rétrograde de l'Islam à travers des chaînes télévisées spécialisées. La liberté de la femme n'est, en fait, qu'une expression de la société à laquelle tout citoyen libre aspire.
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Mme Iqbal Gharbi, enseignante à l'université Ezzeitouna : - La marginalisation de l'homme ne sert pas la cause de la femme. Loin de là, elle renforce la discrimination à son égard -

Le Temps : Quels sont les sentiments évoqués chez vous par la commémoration du 8 mars ?
- Pour moi, la commémoration du 8 mars évoque les rêves d'une époque qui voulait expérimenter toutes les opportunités afin d'édifier un monde meilleur. Il ne faut pas oublier que la genèse de cette journée remonte au tout début du 20ème siècle lorsque les femmes travailleuses ont commencé à s'unir pour défendre leurs droits et pour réclamer de meilleures conditions de travail. C'est donc dans ce contexte bouillonnant, en 1910, que Clara Zetkin, une révolutionnaire allemande, lança une idée inédite en voulant créer une Journée Internationale des Femmes. Il faudra toutefois attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que la Journée Internationale de la Femme devienne une coutume mondiale. Par la suite, l'Organisation des Nations Unies reconnaîtra officiellement cet évènement en 1977 invitant chaque pays à célébrer une journée pour les droits des femmes.

. Que pensez-vous de l'exception tunisienne en matière de liberté de la femme dans le monde arabo-musulman?
- Une originalité culturelle caractérise l'approche tunisienne de la condition féminine et fait que la Tunisie est l'un des rares pays musulmans où les femmes n'ont pas beaucoup à se plaindre de leur sort. Nous avons connu très tôt l'éclosion d'une pensée spécifiquement féminine. Le contrat de Kairouan prohibe la polygamie, les multiples fatwas du Fiqh malékite octroient de nombreux droits aux Tunisiennes. En janvier 1924, Manoubia Ouertani, appartenant au milieu éclairé tunisois, assiste à une conférence sur le féminisme au club littéraire l'Essor, se lève, le visage découvert et dénonce l'oppression dont sont victimes les femmes dans son pays. La bataille du voile peut alors commencer. Notons au passage que le leader Habib Bourguiba a pris parti contre les féministes et pour le voilement des femmes à cette époque. Sa position ambiguë met en évidence l'instrumentalisation du corps féminin qui revêt une dimension fortement utilitariste et devient un emblème de la politique de la sauvegarde de l'identité en vigueur. A l'aube de l'indépendance, Bourguiba va promulguer le CSP qui demeure malheureusement une exception tunisienne dans le monde arabe. Le CSP n'est pas seulement un ensemble de lois et d'acquis juridiques, il touche aux mœurs, aux mentalités, aux rythmes de la vie, à l'organisation du quotidien, il interroge tout rapport humain. ll a rendu légitimes des pratiques jugées jusqu'alors illégitimes tout autant qu'il a rendu illégitimes des situations considérées comme naturelles. Il déstabilise aussi la masculinité tunisienne, surtout quand l'homme est confronté au chômage et à la précarité. Quand on brandit des taux de féminisation de certains Masters universitaires ou de certains domaines professionnels comme des trophées, nous devons nous demander où sont les hommes ? Quel est leur avenir ? Car une marginalisation de l'homme ne sert pas la cause de la Femme. Elle ne fait que renforcer la discrimination à l'égard des femmes et se traduit par la violence verbale et physique que nous constatons dans la rue. Cela rend les acquis fragiles !

. Quels sont, selon vous, les axes de la lutte actuelle de la femme en Tunisie?
- La femme vit de nos jours sous le joug de l'exploitation matérielle et subit la régression mentale. Par ailleurs, la crise financière internationale a fragilisé davantage la situation de la main d'œuvre féminine dont il faut préserver les droits. La femme est également visée dans les émissions des chaines de télévision, influencées par les courants wahabistes. Lesquelles chaines propagent une lecture rétrograde et misogyne de l'Islam qui défend la polygamie, la suprématie de l'homme et la séparation entre les garçons et les filles dans les lieux publics et, même, dans les écoles. Ces thèses prônent également le voilement des femmes qui n'est en fait qu'une mauvaise réponse à de vraies questions d'identité, de contestation sociale et de religiosité privée.
Il est utile de rappeler que la signification du voile islamique dépasse largement celle d'être un simple uniforme, supposé protéger le corps féminin de la convoitise des hommes et ce, indépendamment des variantes socioculturelles qu'il adopte. Derrière le voile il y a toute l'interprétation rétrograde de la sharia. Il y a les trois inégalités essentialistes qui caractérisent cette interprétation et qui sont l'inégalité entre l'homme et la femme, l'inégalité entre le musulman et le non musulman et l'inégalité entre l'homme libre et l'esclave. Ainsi, le voile devient un message religieux qui nécessite une herméneutique. Il révèle des conceptions rétrogrades occultées par la dissimulation tactique « taquiyya » prônée dans les propos officiels politiquement corrects : comme la supériorité du musulman sur l'infidèle, l'interdiction de la liberté de conscience, l'intolérance, les châtiments corporels , la polygamie, la répudiation et la lapidation. Le discours que véhicule le voile islamique est donc un discours de refus, refus du sujet de son autonomie, de sa liberté, de l'égalité entre l'homme et la femme, de la mixité, de la laïcité de l'espace public, des droits de l'homme, des valeurs démocratiques, etc.

. Puisque nous y sommes, comment pouvons-nous contrecarrer l'influence des chaines de télévision wahabites ?
- Ces chaines de télévision se basent et instrumentalisent le Verbe. Lequel Verbe peut être l'instrument le plus adéquat pour semer le doute, l'incompréhension. Il peut diviser, opposer, rejeter. Le langage qui en découle, fournit à la violence ses premières armes. Dans ce contexte international, fragilisé par des conflits ethniques et politiques comme la guerre en Irak , l'offensive barbare contre Gaza, il s'avère utile de ré-enseigner à nos enfants la réflexion. Il est nécessaire de leur réapprendre, dans nos écoles, nos lycées, nos facultés l'ancienne différenciation platonicienne entre le sophiste qui cultive l'art de parler et qui s'adresse à l'émotionnel et le philosophe qui cultive l'art de penser et qui s'adresse à l'intelligence. L'enseignement doit cultiver cet art de penser et permettre à ses auditeurs de rejeter les contenus véhiculés par ces chaines rétrogrades. Car seul l'essor de l'intelligence, peut contrecarrer l'effet des chaines rétrogrades.
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Mme Arbia Ben Ammar, ex-députée et membre du bureau politique du Parti de l'Unité populaire : - La Société civile est appelée à combattre les préjugés défavorables à l'égard de la femme -

Le Temps : Quelle est la situation de la femme dans le monde ?
Mme Arbia Ben Ammar : Je tiens tout d'abord à féliciter toutes les femmes du monde à l'occasion du 8 mars , journée mondiale de la femme, et en particulier la femme tunisienne qui a œuvré et œuvre toujours pour participer à côté des Tunisiens au bien être en Tunisie.
Cette occasion constitue pour nous une opportunité pour dresser un bilan même sommaire des acquis de la femme aussi bien dans le monde qu'en Tunisie.
Sur le plan mondial on peut dire que la femme a accompli un développement remarquable et ce en premier lieu grâce à sa volonté de progresser et d'être partenaire dans tous les aspects de la vie publique, ce qui s'est traduit essentiellement par un apport et une présence de plus en plus remarquée de la femme dans les différentes sphères de la vie politique ; économique , culturelle et sociale,
En second lieu , on peut dire sans être taxé d'exagération que le 20ème siècle a été le siècle de la femme par excellence , car il a permis d'avoir accès à la vie politique, en particulier aux postes de prise de décision et ce à travers l'obtention du droit de vote, du droit d'éligibilité sans oublier les acquis cumulés au niveau des relations de travail, au niveau de son rôle de plus en plus prépondérant et responsable au sein de la famille et la libre disposition de son corps de sa réflexion et de son expression.

Et la situation de la femme arabe ?
Tandis que, malheureusement la femme arabe, reste toujours à la traîne encore et ce malgré l'effort qu'elle ne cesse de déployer dans plusieurs sociétés arabo musulmanes pour pouvoir jouir des ses droits les plus élémentaires et pour participer davantage dans l'essor et le progrès de sa nation.
La femme arabe continue de militer, à travers, associations féminines, et culturelles et même à travers les partis politiques pour se libérer du joug des traditions et du poids écrasant de la mentalité patriarcale, et ce pour faire entendre sa voix et obtenir une représentation même minoritaire dans les instances de prise de décision et obtenir des acquis consolidant sa citoyenneté et sa représentation au sein de sa société.
Il suffit de jeter un coup d'œil autour de nous, pour constater non seulement que la femme est la première victime du poids des traditions et du déficit du développement mais elle est également la victime de choix des guerres contre le colonialisme et lutte pour l'auto détermination.
Et nous avons à travers les femmes palestiniennes et irakiennes, et les femmes du Darfour, l'exemple même de la lutte des femmes pour leur survie et la survie de toute la société.
Il suffit de voir la souffrance qu'endurent ces femmes militantes de tous les jours et militantes de toute la vie, pour être conscientes de la nécessité de mettre en œuvre des mécanismes de solidarité plus efficaces et plus durables pour lutter contre le colonialisme qui entrave tout progrès et tout accès à une vie digne.

Et la femme tunisienne ?
Quant à la situation de la femme tunisienne, est pour nous, une source de fierté puisque le progrès qu'elle ne cesse d'accomplir sur tous les domaines est considérable et permanent. Ce progrès témoigne d'une volonté politique pour approfondir les acquis qui sont la locomotive pour le développement de la société en général, et susciter des réformes pour un avenir meilleur.
Et cette situation ne peut que conforter notre satisfaction et stimuler davantage les femmes à déployer plus d'efforts pour atteindre le stade de l'égalité totale et effective entre l'homme et la femme.
Je présume que la société civile tunisienne qui est du reste active et entreprenante est appelée à doubler d'effort pour combattre les préjugés défavorables à l'égard de la femme tunisienne dans les médias et la société et pour consolider les acquis en insistant sur la ratification sans réserve par l'Etat tunisien de toutes les conventions internationales relatives à la situation des femmes.
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Mme Monia El Abed, avocate : - Changer les mentalités et les traditions discriminatoires -

La célébration chaque année de la journée internationale des femmes devient une tradition pour les féministes ; elle implique une pratique militante de se retrouver chaque année pour fêter cette journée internationale mais aussi pour discuter et débattre des sujets concernant les droits des femmes, faire le bilan et agir en conséquence.
Cette année encore, notre situation ne semble pas s'améliorer aussi bien sur le plan national que sur le plan international. Le constat de la menace intégriste est présent et nos acquis ne semblent pas irréversibles, le port du voile gagne du terrain. Le nombre des femmes qui se voilent ne cesse d'augmenter. Les inégalités subsistent et les pratiques discriminatoires témoignent d'une régression alarmante, sans parler du phénomène de la violence sous toutes ses formes et de la féminisation de la pauvreté ; il y a certainement urgence à ce que le débat soit franc et qu'on prenne conscience des difficultés et des obstacles et savoir placer nos priorités dans une action commune pour plus d'efficacité. Laquelle urgence implique toutes les composantes de la société. Il est à noter que la législation constitue certes une étape importante mais pas suffisante d'où notre souci de gagner le pari de modernité et de changer les mentalités et les traditions discriminatoires qui freinent la lutte pour la liberté.
En ce jour de 8 mars toutes les femmes du monde entier revendiquent l'égalité sans réserves et se rappellent que les luttes des ouvrières contre l'exploitation et l'aliénation sont à l'origine de la reconnaissance par les Nations Unies de la journée internationale des femmes depuis 1977, ce qui veut dire que cette reconnaissance est le fruit des luttes des femmes qui nous ont précédé dans les luttes pour l'égalité.
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Melle Farah Ben Slimane, étudiante en préparatoire : « c'est un privilège que de vivre dans un pays où la loi nous respecte et nous défend »

Le Temps : Que signifie pour vous la commémoration du 8 mars ?
Melle Farah Ben Slimane : Je suis fière et heureuse que le monde célèbre la femme en lui consacrant une journée à elle et rien qu'à elle. Cette journée nous rend hommage premièrement en tant qu'être humain à part entière et, deuxièmement, en tant que citoyenne civile ayant des droits et des devoirs tout comme les hommes. Mais le fait de consacrer à la femme une journée spéciale est en lui-même dénigrant dans une certaine mesure, puisqu'on nous assimile aux autres trucs célébrés comme l'arbre ou le Sida auxquels on dédie des journées. Comme si, être femme est une chose spéciale en soi qui mérite une célébration spéciale. Mais, ceci n'empêche pas que nous, les femmes, n'avons pas choisi de l'être. Quoi que si j'avais à choisir, je préférerais être femme et ce n'est surtout pas un défaut, c'est même une force. D'ailleurs, je me pose souvent cette question : pourquoi est-ce qu'on ne célèbre pas par la même occasion les hommes ? Eux aussi ont tellement fait pour l'humanité. Je ne suis pas entrain de signifier que les femmes sont meilleures que les hommes. Loin de moi cette idée, je ne veux pas sombrer dans le machisme version féminin.
Il est vrai que le 8 mars est une journée importante pour toutes les femmes du monde entier qui célèbre enfin la reconnaissance de la femme en tant qu'être humain. Mais, je crois que l'humanité doit célébrer la femme tous les jours et non, occasionnellement.

. En tant que jeune, comment vous évaluez l'exception tunisienne dans le monde arabo-musulman ?
- C'est vrai que la femme en Tunisie est libre et qu'elle a acquis plus de droits que beaucoup de femmes dans le monde arabo-musulman rêvent d'avoir. Ici en Tunisie la femme a le droit d'avorter, de divorcer et de donner la nationalité tunisienne à ses enfants si elle est mariée à un non musulman. Cet un grand pas pour la femme dans la société, ce sont des droits fondamentaux pour l'affirmation de la femme en tant que citoyenne et en tant que femme tout simplement. La Tunisie est un modèle d'avant-gardisme par rapport à beaucoup d'autres pays arabo-musulmans, c'est une chance pour nous, femmes tunisiennes d'avoir ce privilège de vivre dans un pays où la loi nous respecte et nous défend et c'est pour cela que la femme tunisienne doit tout faire pour garder ces lois en vigueur.
Grâce à la proclamation du Code de Statut Personnel, la femme a été affranchie et a acquis des libertés qui n'ont pas été alors appréciées à leur juste valeur. Mais, maintenant, chacune d'entre nous est consciente de ce prestige et elle se bat pour le garder. Souvent les autres pays arabes trouvent que la femme tunisienne est très européanisée et que certaines lois ne devraient pas exister parce qu'elles sont contraires à la religion ou à la morale arabo-musulmane. Mais, heureusement, notre pays ne tient pas compte de ses remarques. Toutes les composantes de la société civile se battent pour sauver ces acquis et pour instaurer d'autres lois qui nous feront davantage d'honneur d'appartenir à cette société respectueuse de la cause féminine.

. Selon vous, quels sont les objectifs contemporains de la jeune fille tunisienne ?
- La jeune femme tunisienne doit encore se battre pour avoir plus de droits. Elle ne doit pas rester les bras croisés à attendre que les droits qu'elle voudrait avoir, lui soient servis sur un plateau d'argent. Conquérir ses droits, c'est un combat de tous les jours, parsemé de beaucoup de difficultés. Pour ces droits que beaucoup de femmes sont mortes et emprisonnées dans ce monde. A mon avis la jeune femme tunisienne doit revendiquer le droit à la liberté sexuelle, à la liberté totale du choix de son mari et à la légalisation du concubinage. Ce sont en tout cas certains des droits que je voudrais avoir ici en Tunisie même s'ils dérangent une partie de la société. Car, si une partie de la société est restée attachée aux traditions, ceci n'empêche que chacun peut vivre librement, sans obliger l'autre à l'imiter. Ce combat ne réunit pas tout le monde surtout avec le retour observé ces derniers temps à une lecture extrémiste de l'Islam. D'ailleurs ce retour en arrière menace la liberté de la femme dans notre pays et menace tous les efforts qui ont été fournis pour l'obtention de droits fondamentaux tels que le droit de vote et d'avortement.
La femme tunisienne a des droits ancrés dans notre société mais il faut absolument qu'elle continue à se battre pour concrétiser l'égalité sociale dans d'autres domaines comme l'héritage. Surtout qu'en Tunisie, la femme a des droits qui contredisent complètement cette inégalité. La femme en Tunisie a le droit de faire des études supérieures et de travailler dans n'importe quel domaine et elle a aussi le droit de lancer des projets en son propre nom. Alors... Pourquoi cette discrimination pour l'héritage ? C'est vraiment incompréhensible.


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