Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a reconnu, jeudi 6 juin 2025, qu'Israël soutient une milice armée active dans la bande de Gaza et opposée au Hamas. Cette déclaration intervient en réaction à des propos de l'ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman, qui a affirmé que le gouvernement israélien avait fourni des armes à ce groupe. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Netanyahou a relativisé l'information : « Qu'a révélé Lieberman ? Que des services de sécurité ont activé un groupe contre le Hamas à Gaza ? En quoi est-ce mauvais ? Cela sauve des vies de soldats israéliens », a-t-il affirmé. Une milice dirigée par un chef de clan controversé La milice en question serait dirigée par Yasser Abou Chabab, un membre de la tribu bédouine des Tarabin, présente entre Gaza et le Sinaï. Selon le Conseil européen des relations internationales, Abou Chabab serait à la tête d'une « bande criminelle » opérant dans la région de Rafah, accusée notamment de piller les convois d'aide humanitaire. Lieberman, dans une déclaration à la chaîne publique israélienne Kan, a été plus direct : « Le gouvernement fournit des armes à un groupe de criminels à Gaza », a-t-il affirmé. Entre criminalité, collaboration et instrumentalisation sécuritaire Pour Michael Milshtein, expert des affaires palestiniennes au Centre Moshe Dayan à Tel Aviv, Abou Chabab est un ancien détenu des autorités du Hamas, aujourd'hui perçu par sa propre tribu comme « un agent et un chef de gang au service d'Israël ». Selon lui, le Shin Bet et l'armée israélienne auraient vu dans cette milice un outil de pression indirecte contre le Hamas : « Il semble qu'ils aient pensé qu'armer et protéger ce groupe pouvait être une stratégie efficace », explique-t-il, avant d'avertir : « Ce type de pari relève plus du fantasme que d'une stratégie cohérente. J'espère que cela ne finira pas en catastrophe ». Hamas dénonce une tentative d'ingérence sécuritaire De son côté, le Hamas a accusé Israël de vouloir déstabiliser la bande de Gaza. Dans un communiqué, le mouvement islamiste affirme que cet aveu « confirme ce que les faits sur le terrain ont démontré ces derniers mois : un lien direct entre les milices de pillards, les collaborateurs, et l'armée de l'ennemi ». Selon le Hamas, quatre membres du groupe d'Abou Chabab auraient récemment été tués. Le mouvement accuse Israël de vouloir créer un climat de chaos sécuritaire et social, tout en facilitant le vol organisé de l'aide humanitaire destinée à la population gazaouie. La milice nie tout lien avec Israël Dans une rare prise de parole sur Facebook, la milice d'Abou Chabab, qui se fait appeler « les forces populaires », a nié toute collaboration avec Israël. Elle affirme que « ses armes sont anciennes, rudimentaires et proviennent du soutien du peuple », assurant qu'elle « n'a jamais été et ne sera jamais un outil de l'occupation ». Vers une escalade incontrôlée ? Cet aveu de soutien israélien à un groupe armé opérant à Gaza constitue un précédent rare et soulève de nombreuses questions quant aux conséquences à long terme d'une telle stratégie. Entre accusations de collaboration, opérations de représailles du Hamas et instrumentalisation sécuritaire, le climat reste explosif, avec un risque d'embrasement sécuritaire supplémentaire dans un territoire déjà ravagé par la guerre et le blocus. La situation met en lumière les méthodes alternatives utilisées par Israël pour affaiblir ses adversaires à Gaza, mais aussi les dérives potentielles d'une stratégie reposant sur des acteurs locaux non contrôlés. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!