« Quand la Chine s'éveillera… », avait écrit Alain Peyrefitte en 1973. C'est fait, à tel point que la Chine est devenue la 2e puissance économique mondiale. L'éveil de l'Afrique on l'attend depuis des décennies, depuis les indépendances. Il tarde à venir en dépit des ressources naturelles inégalées. Certes le continent affiche les croissances les fortes et les plus rapides dans le monde, après l'Asie, mais ces taux ne servent pas de locomotives au développement parce que des tares endémiques sont tapies dans l'ombre. Le sous-équipement en matière d'infrastructures en fait partie. Sans infrastructures dignes de ce nom point de sursaut économique… Pourtant le rapport 2025 d'Africa Finance Corporation (AFC) démontre que ce n'est pas une fatalité, que le continent a moins de problèmes de disponibilité des ressources financières que de difficultés à orienter cet argent vers les projets capables d'impulser une dynamique générale. D'après ce document sur l'état des infrastructures en Afrique (SAI 2025), publié le 5 juin 2025, l'Afrique est assise sur plus de 4000 milliards de dollars de capitaux nationaux mobilisables. Ces financements sont essentiellement composés d'actifs contrôlés par des institutions financières africaines : réserves de devises, fonds souverains, fonds de pension, compagnies d'assurances, banques de développement et banques commerciales. Le hic c'est qu'un gros volume de ces ressources est affecté à des placements à court terme et à faible rendement, souvent hors du continent. L'AFC indique que le plus gros problème n'est pas la matérialité des capitaux pour subventionner les infrastructures en Afrique, mais dans la canalisation des fonds pour les injecter dans des programmes porteurs. Sur les 4000 milliards de dollars cernés, quelque 1600 milliards nichent dans le secteur non bancaire. Les fonds de pension et retraite pèsent plus de 455 milliards… Les compagnies d'assurance représentent près de 320 milliards de ces capitaux, les banques publiques de développement 250 milliards, les fonds souverains 150 milliards. Les réserves de change des pays africains montent à 473 milliards de dollars. Le secteur bancaire africain génère 2500 milliards de dollars d'actifs, pour la plupart sous-exploités et qui peuvent être orientés vers des projets d'infrastructures et industriels imposants, décisifs pour la transformation structurelle de l'Afrique. Mais voilà, ce secteur est morcelé. Des réformes majeures dans ce segment permettraient de capter plus de capitaux pour des projets structurants. Les investisseurs institutionnels africains, tels que les fonds de pension et les compagnies d'assurance, pilotent quelque 777 milliards de dollars d'actifs. Ce sont des sources de financement qui échappent à la logique de rentabilité immédiate, elles peuvent donc financer des projets de longue durée tels que les infrastructures routières, énergétiques ou numériques… Toutefois une petite portion de ces ressources est injectée dans l'économie réelle, du fait du carcan réglementaire, du déficit d'instruments financiers taillés pour le contexte ou encore de craintes liées aux risques. Même problème pour les banques publiques de développement et les fonds souverains, lesquels affichent 400 milliards de dollars. Cet argent est sous-utilisé du fait de mandats fragmentés et d'un manque d'adhésion aux plans de développement nationaux… Par ailleurs les transferts de fonds des diasporas africaines, qui ont excédé 95 milliards de dollars en 2024, sont un gisement de capitaux sous-exploité pour le financement du développement. Pour mobiliser ces fonds, l'AFC invite à l'installation d'institutions financières plus résilientes et de marchés de capitaux régionaux plus intégrés. Il faudra également diversifier les vecteurs d'investissement aptes à collecter et diriger l'épargne à long terme vers des projets d'infrastructures. Des trouvailles comme l'Association des bourses africaines (ASEA) et le projet de liaison des bourses africaines (AELP) peuvent doper la cotation transfrontalière et gonfler la liquidité des marchés financiers du continent. Et puis il y a le filon de l'inclusion financière, il peut contribuer à convaincre les acteurs du secteur informel (qui occupent jusqu'à 80% de l'emploi et 40% du PIB dans plusieurs économies africaines) de migrer vers l'économie formelle et de densifier le flux de capitaux investissables.
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