Le Club des prisonniers palestiniens a accusé, ce mardi, l'administration pénitentiaire israélienne d'avoir commis de graves exactions à l'encontre de détenus palestiniens, en représailles à des célébrations supposées dans les prisons après les frappes iraniennes visant Israël. Selon Amjad Al-Najjar, président du Club, les autorités israéliennes auraient ordonné des raids punitifs dans plusieurs cellules de détenus, accompagnés de chiens policiers. « Les forces de répression ont violemment agressé les prisonniers à coups de matraques et de gaz, après les avoir ligotés », a-t-il affirmé, évoquant également l'existence d'une vidéo documentant ces violences. Une situation humanitaire critique Dans un contexte de tension régionale extrême, Al-Najjar dénonce l'absence de couverture médiatique sur ce qui se passe dans les prisons, alors que « l'attention du monde est focalisée sur les affrontements directs entre Israël et l'Iran ». Il met en garde contre un risque accru de morts parmi les détenus palestiniens, déjà fragilisés par des conditions de détention sévères et des pratiques de répression qu'il qualifie de « brutales et vengeresses ». Selon lui, 72 prisonniers palestiniens seraient morts dans les prisons israéliennes au cours des 19 derniers mois, un chiffre qu'il compare à celui de Guantanamo, où seulement 9 détenus sont décédés en 20 ans, soulignant ainsi, selon ses termes, « la gravité extrême de la situation dans les geôles israéliennes ». Appels à l'ONU et aux ONG Face à cette escalade, des institutions palestiniennes ont adressé des appels d'urgence à l'ONU et à diverses organisations de défense des droits humains, afin de mettre fin à ce qu'elles considèrent comme des violations flagrantes du droit international. Le Club des prisonniers demande aux organisations internationales de « freiner la violence de l'appareil sécuritaire israélien, encouragée par des décisions politiques au plus haut niveau ». 17 500 arrestations depuis octobre Depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée le 7 octobre 2023, Israël a mené environ 17 500 arrestations en Cisjordanie, dont 545 femmes et 1 400 enfants, selon les chiffres du Club. À ce jour, 10 400 Palestiniens seraient détenus dans les prisons israéliennes, dont 49 femmes (dont **8 en détention administrative sans inculpation), 440 enfants et 3 562 détenus administratifs. Guerre généralisée en Cisjordanie et à Gaza En parallèle des combats à Gaza, l'armée israélienne et les colons ont intensifié leurs attaques en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, provoquant la mort de 978 Palestiniens et blessant près de 7 000 autres. Les arrestations massives et les opérations de répression ont transformé la Cisjordanie en champ d'affrontements permanents. À Gaza, le bilan humain est encore plus lourd. En huit mois, les frappes israéliennes ont tué ou blessé plus de 184 000 Palestiniens, dont une majorité d'enfants et de femmes, selon les autorités sanitaires locales. On recense plus de 11 000 disparus et des centaines de milliers de déplacés, dans un contexte de famine croissante. Analyse : Ces violences dans les prisons israéliennes ne peuvent être dissociées du contexte géopolitique plus large. Alors qu'Israël vient d'être visé par des missiles iraniens, l'Etat hébreu semble vouloir restaurer une posture de force à l'intérieur de ses frontières en envoyant un message clair : toute manifestation de joie ou de solidarité avec Téhéran sera immédiatement réprimée, y compris dans les prisons. Ce regain de violence contre les détenus s'inscrit également dans une logique de punition collective, utilisée comme outil de dissuasion dans les territoires palestiniens. Cela s'accompagne d'une stratégie d'occultation : en exploitant la distraction médiatique mondiale causée par l'affrontement direct Israël-Iran, Tel-Aviv renforce discrètement sa politique sécuritaire répressive. Il est aussi important de noter que la dénonciation publique des morts en détention vise à gagner l'opinion internationale à la cause palestinienne, en comparant le traitement réservé aux prisonniers à celui de Guantanamo — un symbole universel de l'atteinte aux droits humains. Cette tactique est destinée à mobiliser les ONG, l'ONU et les opinions publiques occidentales pour faire pression sur Israël. Enfin, l'absence de réponse forte de la communauté internationale jusqu'à présent pourrait encourager la poursuite de ces dérives sécuritaires. Dans ce contexte, le silence devient un facteur aggravant de la crise humanitaire en cours. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!