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La journaliste Hind Meddeb a quitté le territoire tunisien et ne comparaitra pas devant le juge
Publié dans Tekiano le 17 - 06 - 2013

La journaliste Hind Meddeb arrêtée après le procès de Weld El 15 et convoquée pour comparaître devant le juge d'instruction lundi 17 juin a quitté le territoire tunisien et ne se présentera ainsi pas au tribunal de Ben Arous.
N'ayant pas confiance en la justice tunisienne, la journaliste franco tunisienne à quitté la Tunisie via le Maroc.
La jeune femme est accusée de trouble de l'ordre public et d'outrage à agents, précise son père Abdelwaheb Meddeb. Relâchée dans la soirée du vendredi 15 juin, elle devait passer en comparution immédiate.
Hind Meddeb explique les raisons de son départ dans cette lettre qu'elle a publié sur son profil Facebook :
« Pourquoi j'ai décidé de ne pas assister à l'audience du lundi 17 juin »
Ce lundi 17 juin, je ne me suis pas présentée à ma convocation devant la police judiciaire à Tunis.
Hier, j'ai quitté mon pays, car je n'ai plus confiance dans la Tunisie d'aujourd'hui où pour une chanson, on condamne un rappeur à deux ans de prison ferme et on relâche ceux qui ont attaqué l'ambassade des Etats-Unis au mois de septembre dernier.
Quelques minutes avant de se présenter devant le tribunal, dans une interview tv qu'il donnait au journaliste tunisien Karim Kouki, le rappeur Weld el 15 expliquait : « Si je me présente devant le tribunal aujourd'hui, c'est parce que je veux savoir si nous vivons dans un pays qui a fait sa révolution ou si nous sommes en train de revenir à la dictature. C'est un test pour le droit, pour la justice de mon pays. Mon jugement nous dira où nous en sommes en Tunisie. » (voici le lien pour voir le reportage de 45 minutes réalisé par Karim Kouki https://www.youtube.com/watch?v=a2LBQmK81OY)
Le verdict est tombé. Il était injuste mais je ne l'avais pas encore compris. Les magistrats sont sortis de la salle. Je n'ai pas entendu le verdict, le juge avait parlé à voix basse, j'ai donc demandé autour de moi. Lorsque plusieurs personnes m'ont répété « deux ans ferme », j'ai été sous le choc. J'ai alors exprimé avec d'autres mon indignation. Nous avons aussitôt été violemment bousculés par les policiers très nombreux dans la salle d'audience. Ils m'ont saisie par le bras et m'ont poussée violemment vers la sortie. C'est là que j'ai manifesté ma colère en disant : « Maintenant je comprends mieux le sens de la chanson pour laquelle Weld el 15 vient d'être condamné. » J'ai appris par la suite qu'après mon arrestation, les policiers ont lancé du gaz et ont frappé sans discernement, n'épargnant personne, pas même les journalistes.
Les policiers qui m'ont empoignée m'ont hurlé : « Puisque tu soutiens le rappeur Weld el 15, tu vas le rejoindre en prison. » Ils m'ont descendue dans une cellule qui jouxtait celle dans laquelle ils ont enfermé mon ami Alaa Eddine Yaacoubi, alias Weld el 15 ; il a été surpris et paniqué en me voyant fermement prise de chaque côté par deux policiers. Après avoir retrouvé mon calme, j'ai demandé aux policiers d'accepter mes excuses. Je leur ai dit que j'étais journaliste et que je n'aurais pas dû protester dans la salle d'audience mais que comme le rappeur Weld el 15 est un ami, j'avais été emportée par l'émotion. Ils n'ont pas accepté mes excuses. Ils m'ont dit que j'allais rester deux ans en prison avec mon ami Alaa car ma réaction dans la salle d'audience équivalait à un outrage non seulement à agent mais aussi à magistrat, ce qui est passible de deux ans de prison ferme. Ils ont ajouté que je serai confrontée au même juge qui se vengerait en me condamnant (pourtant je n'ai pas protesté devant le juge, il était déjà sorti au moment des faits). « Ce n'est pas parce que tu es journaliste ou française qu'on ne va pas te condamner ! Tu vas payer ton soutien à Weld el 15 ! Ce soir tu dormiras en prison ! »
J'étais terrorisée. J'essayais de les raisonner, mais ils refusaient de m'écouter ou de me parler. Par la suite, on m'a laissée pendant trois heures dans une cellule sans me donner aucune information.
J'entendais d'autres personnes interpellées arriver, les policiers les ont frappés, j'entendais les coups et les cris.
Brusquement les policiers ont changé de ton, ils m'ont dit : « Vous allez être libérée, nous vous emmenons au commissariat pour le procès verbal. »
J'ai été emmenée avec les 6 autres personnes arrêtées au commissariat en fourgonnette. Parmi les personnes arrêtées, il y avait des amis : le rappeur Mr Moustafa, le rappeur Aymen et Mohammed, un ancien rappeur devenu graphic designer. Quand ils ont vu que je connaissais Aymen et Moustafa, ils nous ont séparés.
Au commissariat, ils m'ont mise dans un bureau à l'écart pour me faire entendre du commissaire. Au moment de la déposition et du procès verbal, ils m'ont de nouveau isolée des autres prévenus. J'ai d'abord refusé de signer le procès verbal car je ne pouvais pas le lire, il était écrit en arabe classique et je ne parle que le dialectal, je ne lis pas l'arabe. Je leur ai dit : je ne peux pas signer un document que je ne comprends pas. Laissez-moi téléphoner à un avocat ou à quelqu'un de ma famille qui viendra me le traduire. Ils me l'ont lu en l'adaptant au dialectal. De ce que j'ai pu comprendre, j'ai contesté plusieurs points, ils ont refusé de les modifier. Pendant une heure, ils m'ont soumise à une pression insoutenable et me répétaient : « Si tu ne signes pas, tu ne sortiras pas, on te remettra en cellule. »
En désespoir de cause, j'ai signé un procès verbal dont j'ignorais l'essentiel ; et en plus, ils ont refusé de m'en livrer copie. La seule chose que le commissaire m'a donnée, c'est une convocation à me présenter devant la police lundi 17 juin à 8h30 pour ensuite être conduite en fourgonnette devant le procureur.
J'ai été arrêté à 14h30 et il était 19h lorsque je me suis retrouvée de nouveau libre. L'avocat de Weld el 15, Ghazi Mrabet, mes amis les blogueurs Azyz Amami et Lina Ben Mhenni ainsi que le rappeur Abdesslem Naouali alias Phenix sont venus me chercher quelques minutes après ma sortie.
Vendredi, j'ai demandé à Maître Ghazi Mrabet l'avocat de Weld el 15 s'il acceptait de prendre ma défense à l'audience du lundi 17 juin. Nous avons décidé que nous aurions une défense commune avec les 6 autres personnes interpellées.
Etant donné les vices de procédure et l'absence d'information sur les chefs d'inculpation qui étaient retenus contre moi, vu les dernières décisions de la justice tunisienne, indulgente avec les salafistes, féroce avec les artistes, incarcérant un rappeur pour une chanson, laissant courir ceux qui saccagent les ambassades ou qui appellent au meurtre allant jusqu'à tuer les opposants (Chokri Belaïd), j'ai décidé de ne pas me présenter à l'audience du 17 juin et de continuer à partir de Paris ma lutte pour les libertés, toutes les libertés, de la liberté d'expression à la liberté de conscience. C'est le combat nécessaire pour que nous ne retournions pas à la dictature. A la sortie du tribunal, Maître Kouthayr Bouallegue, (l'un des avocats qui a défendu Weld el 15, le dernier a avoir plaidé) a déclaré à la presse : « Ce verdict est scandaleux, aujourd'hui nous mettons le premier pas dans la dictature. »
C'est pour la liberté d'expression et en réaction aux abus de la répression policière, que les Tunisiens se sont révoltés et renversé le régime de Ben Ali. Mais deux ans après la révolution, la police n'a toujours pas été réformée, elle est encore un instrument de répression politique et non une police destinée à assurer la sécurité dans la cité.
Les rappeurs tunisiens ont participé à la révolution avec leurs chansons, ils ont en son temps dénoncé le régime de Ben Ali. Au lieu de les jeter en prison, l'Etat tunisien devrait leur être reconnaissant.
La Tunisie a encore aujourd'hui l'opportunité de montrer au monde qu'elle peut être gouvernée selon les principes fondateurs de la révolution qui a eu un effet considérable sur l'ensemble des peuples arabes. Notre pays est en mesure d'être le promoteur des droits de l'homme et du citoyen dans toute l'aire culturelle à laquelle il appartient. Pour réaliser un tel dessein, il doit être celui-là même qui respecte les libertés, et non celui qui les bafoue.
Pour toutes ces raisons, j'adresse cette supplique à la justice tunisienne : « Rendez à la liberté le rappeur Weld el 15 ».


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