L'expérience des pays montre que l'implémentation des réformes se heurte souvent à de grands obstacles. Gouvernement après gouvernement, programmes après programmes, plans après plans, l'économie tunisienne n'arrive pas à se réformer malgré le soutien de la majorité des citoyens. Des résistances de la part des agents perdants peuvent aller jusqu' à la mise en échec et même le blocage des réformes. Pourquoi mener des réformes ? En Tunisie, l'Etat a toujours été omniprésent dans l'activité économique et sociale par des interventions et des réglementations souvent excessives. Cette stratégie de développement centralisé a certes contribué à l'essor de quelques secteurs dans les années 60, 70 et 80, mais a créé des rentes et des privilèges à une classe d'entrepreneurs, de professionnels et l'administration. Cependant, les déséquilibres macroéconomiques, la concurrence à l'échelle mondiale et la montée du chômage que le secteur public n'est pas en mesure d'absorber ont abouti à la nécessité de s'engager dans des réformes. Globalement, les réformes visent à améliorer en premier lieu le cadre macroéconomique en réduisant les distorsions des prix, les barrières tarifaires et non tarifaires et les déficits budgétaires et à créer en second lieu un environnement microéconomique propice au développement des entreprises privées. Les réformes se basent essentiellement sur l'amélioration du climat des affaires en mettant toutes les politiques (commerciale, monétaire, budgétaire, judiciaire, administrative, logistique, concurrentielle etc.) en faveur du développement du secteur privé et à l'investissement. Aujourd'hui, le gouvernement tunisien se trouve dans une situation d'équilibre instable où il doit avancer et favoriser une croissance impulsée par le secteur privé et un héritage des politiques antérieures centralisées génératrices de rentes auquel viennent s'ajouter des chocs d'instabilité politique. En effet, le secteur privé se limite à un petit nombre de grandes entreprises ayant bénéficié de politiques protectionnistes des années antérieures, et à un grand nombre de micro-entreprises et de Petites et Moyennes Entreprises (PME) embauchant le plus des emplois, mais dont l'accès aux crédits est limité. En plus, le secteur informel qui se développe et continue à jouer un rôle important dans notre économie.
La réussite des réformes commence par établir un environnement concurrentiel avec une libre entrée et sortie des entreprises, par réduire l'emprise de l'Etat sur l'allocation des ressources et de limiter les possibilités de créer des rentes de situation comme le permettait les politiques centralisées qui étaient appliquées par le passé.
Comment diminuer les obstacles à l'implémentation des réformes ? La réforme des professions réglementées et des activités à autorisation (franchises, avocats, médecins, pharmaciens, taxistes, transporteurs, concessionnaires, commerces, etc.) est un premier pas vers la diminution des obstacles par l'élimination des rentes et l'instauration de la concurrence. En effet, les régulations actuelles permettent à ces activités et aux professionnels concernés de profiter de rentes. Ils augmentent les prix au détriment des consommateurs ou entreprises. Ils résistent et ne veulent pas de réformes qui leur feraient perdre des rentes et un pouvoir sur les marchés. Ces rentes profitent à un petit nombre d'agents mais sont payées en général par un grand nombre d'utilisateurs. Une réforme qui réduit ces rentes reçoit malheureusement un faible soutien des consommateurs ou entreprises car le bénéfice potentiel est dispersé et dilué à un grand nombre, et en même temps une opposition forte et déterminée des bénéficiaires concernés. Cette opposition pourrait aller à imposer des barrières à l'entrée, constituer un lobbying auprès des gouvernements, des membres du parlement et même des médias. Les fortes oppositions amènent souvent à un amollissement des réformes envisagées même si l'objectif initial était assez élevé. La plupart des économies concurrentes ont déjà adopté des réformes de dérégulation visant à augmenter la compétition. Parmi les activités, on trouve les industries de réseaux (transport ferroviaire, électricité, télécommunications, poste etc.) qui impactent positivement la productivité des entreprises.
* Professeur d'économie à l'Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales de Tunis (ESSEC)