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Cartes sur table avec Aslan Berjeb, nouveau président de la Conect
Publié dans Business News le 10 - 11 - 2023

La Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect) a fêté cette année ses douze ans. Une simple idée développée - d'après son président sortant, Tarak Cherif - dans le sous-sol de l'IACE. Un nouveau patronat qui commence à gagner du terrain, voire à donner, dans certains cas, des leçons à la mythique Utica. Celle-ci devait, théoriquement, tenir son congrès national en début de l'année 2023.
Des centaines de patrons, experts et journalistes ont répondu présents aujourd'hui 10 novembre 2023, pour assister au 3e Congrès national de la Conect. Ils sont là pour élire ou découvrir le nouveau bureau exécutif et le nouveau président de l'organisation. Tout le monde avait les yeux rivés sur Aslan Berjeb, pressenti à cette fonction. Il s'agit d'un véritable personnage aux mille intrigues.
Que représente le droit pour lui ? Est-il avocat, patron ou homme d'affaires ? Ni l'un ni l'autre, selon lui ! Dans une interview accordée à Business News, Aslan Berjeb s'est présenté comme étant un entrepreneur.
« Sans l'ombre d'un doute ! Un entrepreneur, puisque cette notion signifie fournir des efforts afin d'atteindre quelque chose… Un entrepreneur est une personne croyant en la méritocratie puisqu'on grimpe une échelle afin de parvenir à quelque chose. Entreprendre signifie constituer une œuvre petit à petit comme s'il s'agissait d'une mosaïque. C'est ce que j'estime avoir réalisé dans cette première partie de ma vie ? J'ai franchi certaines étapes à travers cet esprit d'entrepreneuriat », a-t-il ajouté.
Et alors l'avocat Aslan Berjeb dans tout ça ? Le candidat à la présidence de la Conect est très clair à ce sujet. Même s'il ne le dit pas, il adopte une approche moderniste de cette noble discipline. Il ne s'agit plus d'un métier individualiste. Il a mis l'accent sur l'aspect collectif tout en citant l'exemple de la société d'avocats qu'il a fondée. M. Berjeb a expliqué qu'il s'agissait d'une véritable institution capable de fonctionner sans qu'il ne soit présent dans les locaux de la société. Cette institution est le fruit d'une vision et d'une stratégie prenant en considération les aspects scientifiques, financiers, administratifs ou encore partenariaux.
« Pour ce qui est du droit, c'est le respect de la procédure et de l'humain. Une personne mettant au centre de ses intérêts et de ses priorités l'humain permettra d'accomplir le respect des droits universels que nous connaissons. C'est ce qui nous fait défaut au niveau international, humain et privé… Nous priorisons la matière alors que la valorisation de l'humain permettra de réaliser ce que d'autres intérêts privés croient pouvoir réaliser en étant seuls… En étant unis, en institutionnalisant et en mettant l'humain en exergue, nous pouvons aller très loin », a-t-il assuré.
S'agit-il d'une approche acquise suite au cursus suivi à l'Université de Californie à Los Angeles ? D'où vous vient cette façon de voir les choses ?
« Je suis avant tout un pur produit tunisien. Ceci n'a rien à voir avec mon expérience à l'étranger. Je suis un pur produit de l'école et de la faculté tunisienne. Mon expérience à l'étranger a ouvert des horizons, certes, mais je reste un produit purement tunisien… Je crois qu'il faut aller là où l'opportunité y est. Il faut aller à l'international, à l'Europe et en Afrique… Je fais cela au moins une à deux fois par mois. Etant avocats d'affaires, nous accompagnons des clients étrangers et des multinationales lors de leur installation en Tunisie et nous conseillons des clients tunisiens à s'internationaliser. Nous avons une bonne assimilation des problèmes transverses des acteurs économiques tunisiens et les défis auxquels les entrepreneurs font face depuis la création, en passant par le financement et en allant vers l'entrée en activité et l'internationalisation », a-t-il dit.
Aslan Berjeb ne mâche pas ses mots. Il répond sans broncher et n'hésite pas à entrer dans les détails. Il a évoqué la question de la bureaucratie, de l'état d'esprit de l'administration tunisienne et des handicaps réglementaires. Il a considéré qu'on devait s'accrocher bec et ongles pour aller vers la création des entreprises. La Tunisie, d'après lui, ne crée pas d'opportunités. L'absence des politiques facilitant l'entrepreneuriat pousse les jeunes, mais aussi, pour les quadragénaires et quinquagénaires, à quitter le pays. Aslan Berjeb a expliqué qu'il était favorable au libéralisme tout en maintenant le rôle de régulation de l'Etat. Il a indiqué que ceci était possible à travers l'octroi de plus de prérogatives aux instances ayant ce rôle, à savoir la justice classique, les instances arbitrales ou encore le conseil de concurrence. Il a insisté sur l'importance du renforcement du principe de l'égalité des chances en termes d'accès au marché, d'accès au financement et de complexité économique. Aslan Berjeb démontre une attitude favorable à l'ouverture du marché et à l'encouragement de l'initiative privée.
Ceci, est-il applicable dans tous les domaines ? Qu'en est-il pour l'art et la culture qu'il apprécie grandement ? Plusieurs personnes ont, dans le passé, évoqué la question de la privatisation de la gestion et de l'exploitation de certains sites archéologiques ou musées. Pourrait-il s'agir d'une véritable opportunité ? Ceci, n'inclut-il pas des risques ?
« Nous pouvons préserver tout en introduisant une approche économique. Ce qui dérange est l'approche mercantile. Nous ne devons pas envisager cela. Nous avons sous nos pieds un trésor inexploité. Nos aïeux ont créé une puissance mondiale qui s'est effritée dans des guerres puniques sans qu'on n'y prête de l'importance. Si nous n'arrivons pas à repositionner notre pays comme étant une puissance économique ayant pour socle l'industrie, le commerce et la mer, nous devons tout d'abord redynamiser et capitaliser sur nos acquis historiques… Prenons le musée du Bardo. Il a été fermé durant des mois pour des raisons inexplicables alors qu'il s'agit d'un trésor ! Un trésor pour nos enfants et pour les étrangers ! Un trésor qui démontre la puissance de la Tunisie… Le partenariat public-privé pourrait être une solution, à condition de ne pas tomber dans le piège du capitalisme et du mercantilisme… Ces trésors ont connu des pillages sauvages durant les dernières décennies et nous devons nous ériger en gardiens de ce temple en redynamisant et en capitalisant sur notre histoire », a-t-il considéré.
La privatisation, peut-elle résoudre la crise économique que traversent les clubs sportifs ? Doit-on migrer vers une approche similaire à celle adoptée en Europe ? Ceci, pourrait-il être appliqué au sein de votre équipe préférée le Club Africain ?
« La transformation des clubs sportifs en sociétés sportives pourrait être mal interprétée… Un simple changement de la réglementation des sports permettra de débloquer les choses : l'inclusion des supporters à travers le modèle du crowdfunding… Aujourd'hui, le sport souffre d'une réglementation archaïque et obsolète… Les clubs sportifs paient le plus cet archaïsme… Il existe des clubs dotés d'une base de supporters qui se compte en million de personnes incapables parfois de lever un million de dinars… Nous avons assisté à l'approbation des textes d'application de la loi sur le crowdfunding. Arriver à mettre en place des plateformes pour les clubs sportifs permettra de surmonter ces handicaps...
Le Club Africain - mon club de cœur - pourrait en bénéficier sans l'ombre d'un doute ! Nous sommes en train de faire des montages juridico-financiers au niveau de ce club-là pour éviter ces handicaps alors que le public n'attend qu'une chose : mettre la main à la poche pour participer à l'amélioration de la situation financière du club. Le temps du messie ou de l'Homme providentiel injectant des millions de dinars devrait être de l'histoire… Nous devons créer des réceptacles inclusifs mettant en place des conseils d'administration gérant le club par l'argent des supporters et, par la suite, en faisant participer des structures privées dans le rebranding d'un stade ou dans le cadre d'un partenariat dont les règles sont bien définies...
Le Club Africain est mon club de passion depuis que j'ai cinq ans… Entre seize et vingt ans, je suivais le club partout, notamment lors de ses déplacements… C'était mes plus belles années… J'étais présent dans les gradins et je continue à le faire… Je pense qu'actuellement, le club est sur la bonne voie… La période sombre est derrière nous et le meilleur est à venir… Je continuerais toujours à être derrière le Club Africain… Je suis prêt à le faire d'un autre angle ou d'un autre poste avec grand plaisir… Les clubistes sont connus pour être les plus fidèles… Je fais partie du Socios Club Africain et je resterai dans les gradins quasiment toutes les semaines », a-t-il considéré.
N'y a-t-il pas un parallèle avec la situation politique du pays ? Pourquoi avons-nous tendance à attendre ce personnage qui doit nous sauver ?
« C'est culturel… Il ne faut pas qu'un Etat ou qu'une structure dépende d'une personne. Cependant, un Etat a besoin d'un leader. Un leader politique doit exister pour réaliser et mettre en place des politiques collectives émanant de conseillers, de spécialistes et d'acteurs du domaine afin d'avoir une légitimité et une pénétration populaire… Nous ne pouvons pas imaginer la politique publique et économique sans leader… Par contre, baser un club aussi prestigieux que les quatre grands clubs de la Tunisie serait mal entamer la mise en place de réformes », a-t-il répondu.
Revenons à notre sujet, la Conect dans tout ça ? Que représente-t-elle ?
« Il s'agit du futur d'un patronat ouvert à tous les opérateurs économiques quelle que soit leur taille ou leur appartenance ou origine…. Cette ouverture, cette absence d'exclusion et cet attachement à l'humain différencient cette organisation syndicale et lui permet de croire en des valeurs citoyennes et économiques… Je lui prédis un très bon avenir, naturellement, en parfait partenariat avec nos frères de l'autre syndicat (Utica). Nous ne sommes pas en adversité, mais en complémentarité… Nous devons savoir tendre la main et c'est ce que je fais pour travailler sur certains sujets en parfaite collaboration… En étant ensemble, nous pouvons être une force de proposition… Nos valeurs républicaines, libérales et entrepreneuriales se croisent sur plusieurs aspects… Nous devons nous focaliser sur ce qui nous lie plus que sur ce qui nous délie », a-t-il poursuivi.
L'actuel membre du bureau exécutif et candidat à la présidence de la Conect a indiqué qu'au bout du prochain mandat, un bilan devait être réalisé. En cas d'élection, il s'est dit prêt à le faire et à en débattre durant une autre interview. Il a insisté sur l'importance d'adopter une approche critique afin de déceler les défaillances et les dysfonctionnements. À la suite de ce 3e congrès, la Conect dira, certes, adieu à son fondateur et président emblématique, mais pourrait se retrouver sous la direction d'un nouveau bureau exécutif profitant de l'ingéniosité et du charisme d'Aslan Berjeb. Bien évidemment, Business News ne compte pas lâcher l'affaire. D'autres entretiens avec Aslan Berjeb et les nouveaux membres du bureau exécutif de la Conect auront lieu.


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