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Nos médecins, notre fierté
Publié dans Business News le 18 - 03 - 2024

Il s'appelait Mohamed Hajji, il était psychiatre à Bizerte où il exerçait depuis une bonne trentaine d'années. Dr Hajji est décédé jeudi 14 mars 2024 en prison après une détention préventive d'une semaine dans les sales et glauques geôles du régime tunisien. « Deux morts pour rien », a commenté Sofiène Ben Hamida dans sa chronique hebdomadaire. Deux morts de trop.
En prison pour des raisons liées à l'exercice de sa profession, Dr Hajji est décédé « des suites d'une bronchopathie, ayant compliqué son insuffisance respiratoire chronique, problème médical qu'il avait, pourtant tant de fois, surmonté par le passé », selon son confrère, Mounir Jerbi. Le même précise que son avocat avait, pourtant, bien présenté aux autorités concernées, un rapport détaillé sur la gravité de son état de santé, demandant sa mise en liberté pour soins, rien n'y fit, sa détention fut reconduite.
La mort de Dr Hajji pose, une nouvelle fois, le gros problème de la facilité avec laquelle certains procureurs et certains juges d'instruction envoient des gens en prison pour une détention préventive. Partout dans le monde, on considère la détention comme l'exception et la liberté comme la règle, mais cette règle basique de la justice est ignorée par certains de nos magistrats. Partout dans le monde, on considère que le prévenu est innocent jusqu'à sa condamnation. Cela s'appelle la présomption d'innocence, mais cette règle basique de la justice est ignorée par certains de nos magistrats. Partout dans le monde, on accorde à certains corps de métier (avocats, magistrats, journalistes, inspecteurs d'impôts, ministres, médecins…) une certaine immunité judiciaire quand il s'agit d'erreurs ordinaires et accidentelles (pléonasme) liées à l'exercice de la profession, mais ceci est ignoré par certains de nos magistrats.

Tout cela, on le sait déjà et on a déjà crié au scandale des dizaines de fois au lendemain d'incarcérations abusives de ce que l'on appelle « forces vives de la nation ».
Le régime putschiste de Kaïs Saïed continue à agir en toute impunité considérant le pays comme une ferme privée sans se soucier des conséquences dramatiques de ses décisions.
Sous ce régime, la justice n'est plus un pouvoir ou une autorité, elle est juste une fonction à son service. Il ne veut pas de justice indépendante qui fonctionne selon les standards internationaux, il veut une justice aux ordres, une justice sévère, une justice inhumaine, une justice qui ne connait pas la présomption d'innocence, une justice qui ne connait pas la clémence, une justice qui n'accorde pas le droit à l'erreur.
Tout cela, on le sait déjà et on a déjà crié au scandale des dizaines de fois au lendemain d'incarcérations abusives de ce que l'on appelle « forces vives de la nation ».
Où étaient les médecins quand on criait, hier, au scandale suite aux incarcérations abusives de politiciens, de journalistes, de ministres, de magistrats et de dizaines d'innocents ?
Ils étaient terrés dans leurs cabinets et leurs cliniques ne se souciant guère de ce qui se passe dans le pays. « Ça n'arrive qu'aux autres », disaient-ils. Eh ben non, ça n'arrive pas qu'aux autres !
J'ouvre une parenthèse pour cette histoire (que vous connaissez certainement) racontée par le pasteur protestant Martin Niemöller, déporté en 1937 dans divers camps de concentration : « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les juifs, je n'ai pas protesté, je n'étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n'ai pas protesté, je n'étais pas catholique. Puis ils sont venus me chercher. Et il ne restait personne pour protester. »

C'est une suite logique, un jour ou l'autre, la machine répressive du régime putschiste allait les frapper. Ce jour est arrivé. Les médecins, comme d'autres corps de métier avant eux, sont dans la ligne de mire du régime. Bien avant l'arrestation et le décès de feu Dr Hajji, il y a eu des arrestations d'autres médecins et de pharmaciens et, toujours, en rapport avec l'exercice de leur profession. Business News a tiré la sonnette d'alarme à plusieurs reprises, la dernière fois le 7 février dernier, soit plus d'un mois avant le drame de Dr Hajji.
Qu'ont fait les ordres professionnels face à la répression qui les touche ? Pas grand-chose.
Malgré tous les abus dont ils font l'objet depuis quelques mois, ils n'ont pas prévu de véritable mobilisation nationale, comme l'auraient fait les avocats ou les journalistes. Ils prévoient le port de brassard rouge dans les cabinets, une conférence de presse ce mercredi et une demande d'audience urgente à la ministre de la Justice. Non, ce n'est pas une blague, ils demandent bien une audience à leur geôlière. Sous d'autres cieux, pour se faire entendre, on aurait vu des manifestations dans la rue dans les quatre coins du pays, une grève générale illimitée et une présence massive dans l'ensemble des médias. Eux, ils demandent une audience entre quatre murs à celle qui a jeté leurs confrères en prison. À propos du décès de Dr Hajji, elle leur dira sans aucun doute (comme l'a dit un magistrat) « son heure est venue, c'est la volonté de Dieu ».

La mort de Dr Hajji est grave, c'est un fait. La responsabilité des magistrats qui l'ont incarcéré est évidente, on ne va pas se cacher derrière la volonté hypothétique d'un dieu aussi hypothétique. La répression des médecins par le régime putschiste est affligeante, tout comme la facilité extraordinaire avec laquelle les magistrats envoient les gens en prison.
Tout cela est vrai, tout cela est très grave mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus dramatique.
Le plus gros danger qui frappe le pays, toutes corporations confondues, c'est le désintérêt et l'égoïsme qui frappe les individus appartenant à ces corporations.
Face à la machine répressive du régime, ils agissent en solo et cherchent ailleurs une herbe plus verte (et elle est plus verte en effet). Tout comme les ingénieurs, nos médecins sont en train d'émigrer vers l'Europe et les pays du Golfe, voire le Canada. Ils cherchent des pays où ils sont considérés à leur juste valeur. Des pays où les citoyens ne les considèrent pas comme voleurs, où le fisc ne les considère pas comme fraudeurs et où l'Etat ne les considère pas comme criminels bons à jeter en prison. À ce jour, d'après les chiffres donnés par la corporation, 900 médecins quittent la Tunisie chaque année. En termes de moyens mobilisés par l'Etat, ces médecins sont ceux dont la formation a coûté le plus cher. De l'avis de tous les spécialistes, et du commun des mortels, nos médecins font partie des meilleurs au monde. De par sa position et la qualité de formation de son corps médical, notre pays aurait pu devenir (et peut encore) un pôle de tourisme médical, que ce soit en gériatrie, en chirurgie esthétique, en implants de cheveux ou en médecine dentaire. Il n'y a pas à dire, je ne risque pas d'être contredit si je dis que nos médecins sont une fierté nationale.
L'Europe vieillissante a du mal à absorber ses malades. Un simple rendez-vous chez un dentiste prend des semaines. Un rendez-vous chez un ophtalmo prend des mois. Que fait l'Europe pour affronter cette crise ? Elle débauche dans les pays pauvres et ouvre grandes ses portes devant les candidats cherchant une herbe plus verte.

Et c'est là le plus gros danger, encore plus grave que la mort dramatique d'un médecin. Au lieu d'encourager nos médecins à rester dans le pays et à attirer les malades européens, libyens et algériens, le régime putschiste les pousse à l'exil à coups de contrôles fiscaux zélés, poursuites judiciaires aberrantes et arrestations abusives.
Après les magistrats, les politiciens et les journalistes, Kaïs Saïed s'en prend aux médecins et les considère comme des pestiférés. Il scie la branche sur laquelle il est assis. Il casse une des dernières corporations qui font honneur au pays. La mort de Dr Hajji est aujourd'hui dramatique, mais celles à venir à cause de l'exil des médecins, le seront encore davantage. Tout cela devant le silence, pour ne pas dire lâcheté, des ordres professionnels.


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