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Maghreb : 36 ans après, les dirigeants n'ont toujours rien compris
Publié dans Business News le 23 - 04 - 2024

Réunion tripartite au sommet au palais de Carthage entre les dirigeants tunisien, algérien et libyen avec pour objectif de ressusciter le projet du Grand Maghreb, vieux de 36 ans, sous une nouvelle forme à trois pays au lieu de cinq. Au vu du déroulé de la réunion, il est fort à parier que le nouveau projet va connaitre le même sort que son prédécesseur.

C'était le 10 juin 1988 à la petite ville de la banlieue d'Alger, Zéralda, que se sont réunis les cinq dirigeants de Mauritanie, du Maroc, d'Algérie, de la Tunisie et de la Libye pour décider, ensemble, de créer une entité maghrébine régionale. Moins d'un an après, le 17 février 1989 à Marrakech au Maroc, les mêmes cinq dirigeants annoncent en grandes pompes la naissance de l'Union du Maghreb Arabe. Photos à foison, déclarations des plus ambitieuses, l'avenir est dessiné en rose, voilà une union qui va concurrencer l'Union européenne et, peut-être (qui sait ?), devenir même une fédération sous une seule bannière à l'instar des Etats-Unis.
Il a fallu seulement quelques années pour déchanter. Les cinq pays ne sont d'accord sur rien, certains sont même en conflit entre eux. L'Algérie et le Maroc ont failli plus d'une fois déclencher une guerre, la Mauritanie a noué en 1995 des liens avec Israël, devenant ainsi infréquentable, alors que la Libye a préféré se tourner vers l'Afrique. Mais la principale raison de l'échec est que la décision de créer l'UMA a été prise par cinq dictateurs totalement déconnectés des doléances de leurs peuples respectifs.
Finalement, en suite logique et immuable, les fondateurs de l'UMA ont tous quitté la scène, parfois violemment.
En Mauritanie, Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya a été renversé par un putsch et finit sa vie, totalement isolé, au Qatar. Au Maroc, Hassan II est décédé. En Algérie, Chedly Ben Jedid est poussé à la démission par les militaires et finit sa vie, assigné à résidence, jusqu'en 1999 avant de mourir d'un cancer en 2012. En Tunisie, Zine El Abidine Ben Ali est renversé en 2011 et finit sa vie, isolé, en Arabie saoudite. En Libye, Mouammar Gueddafi est également renversé avant d'être assassiné avec une rare violence suite à un lynchage.

36 ans après, trois des cinq pays décident de redonner vie à l'UMA, mais sous une autre forme plus modeste, incluant uniquement trois pays, la Tunisie, l'Algérie et la Libye.
Une toute première réunion a eu lieu lundi 22 avril à Carthage, banlieue de Tunis et siège du pouvoir, entre les trois dirigeants Kaïs Saïed, Abdelmajid Tebboune et Mohamed El Menfi. Officiellement, il s'agit d'un sommet consultatif dont la déclaration finale ne parle ni d'Union ni de création d'entité régionale.
Selon cette déclaration, il s'agit de "former des équipes de travail communes chargées de coordonner les efforts pour protéger la sécurité des frontières communes contre les risques et les conséquences de la migration irrégulière et d'autres formes de criminalité organisée, selon une approche collaborative". Il a également été convenu "d'unifier les positions et les discours dans le traitement avec les différents pays concernés par la migration irrégulière au nord de la Méditerranée et dans les pays subsahariens et de former une équipe de travail pour établir des mécanismes permettant la mise en place des projets et des investissements majeurs communs dans des domaines et des secteurs prioritaires".
Les dirigeants des pays ont également exprimé leur attachement à l'indépendance de la décision nationale, à un système international multipartite, au rejet total des ingérences étrangères dans les affaires libyennes et au soutien des efforts visant à organiser des élections pour préserver la sécurité et la stabilité de ce pays, en soulignant le rôle central des pays voisins de la Libye dans le soutien de l'autorité politique dans le processus de stabilisation, de sécurité et de reconstruction.
À la fin de la réunion, il a été décidé de "former des points de contact" pour suivre la mise en œuvre de ce qui a été convenu par les dirigeants de ces pays en vue de la prochaine réunion consultative.

Visiblement donc, la réunion de Carthage de 2024 n'a rien à voir avec celle de Zéralda en 1988. Les trois dirigeants réunis le 22 avril n'entendent pas créer une entité régionale, comme l'ont fait leurs prédécesseurs 36 ans plus tôt. Mais ce n'est pas ce qui se dit dans les milieux proches des trois dirigeants qui insistent à dire que cette réunion dite consultative est la toute première pierre d'une future mini UMA. Il faut bien appeler les choses par un nom et la réunion tripartite n'en porte pas encore un.
Quelles que soient les intentions futures, il est important de constater que cette première pierre de l'édifice sans nom est mal partie, puisqu'elle exclut les premiers intéressés et bénéficiaires à savoir les peuples tunisien, algérien et marocain.
Les trois dirigeants agissent comme si les peuples ne sont pas concernés par ce qu'ils trament. Aucun débat public n'a précédé la réunion et son ordre du jour n'a été dévoilé que via les coulisses des présidences algérienne et libyenne. Tunis a maintenu l'embargo total sur les informations et a exclu les médias, y compris publics, pourtant très zélés pour faire de la propagande. Le jour de la réunion, aucune conférence de presse n'a été organisée. Les trois dirigeants ont agi comme si leurs pays étaient une propriété privée n'ayant pas à répondre aux questions légitimes des journalistes et de leurs peuples. Ces derniers n'ont eu droit qu'à une déclaration finale rédigée avec de vagues formules de bonnes intentions ayant la forme de langue de bois.
Plus que tout, la réunion s'est déroulée sans la présence de Taïeb Baccouche, secrétaire général de l'UMA qui se trouve encore à Rabat. D'après les rumeurs, ce dernier serait privé de son passeport diplomatique et bloqué au Maroc. En toute logique, et si les trois dirigeants voulaient être efficaces dans ce qu'ils entendent entreprendre, la présence de M. Baccouche devrait être incontournable car il est le mieux informé de tous sur la faisabilité, les obstacles et les opportunités des projets exposés lors de la réunion.

Sans la présence du meilleur expert, sans débat public et sans médias, les trois dirigeants tunisien, algérien et libyen ont autosaboté leur première réunion.
Quelles que soient leurs intentions, aussi bonnes soient-elles, rien ne peut se faire sans l'adhésion et l'implication des peuples. Les cinq dirigeants réunis en 1988 n'ont pas compris cela et l'UMA a échoué à réaliser quoi que ce soit. Les trois dirigeants réunis en 2024 n'ont pas retenu la leçon et sont en train de répéter la même erreur. Fort à parier que leur entité sans nom ne fera pas long feu et n'aboutira pas à grand-chose de concret sur le terrain.
Sachant qu'il s'agit d'une année électorale pour la Tunisie et l'Algérie et que le dirigeant libyen est en position des plus fragiles dans son pays, la réunion de 2024 n'a visiblement que des objectifs propagandistes pour donner l'impression aux peuples que leurs dirigeants sont en train de faire quelque chose.


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