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Banque postale : créer une banque pour cacher l'échec des autres
Publié dans Business News le 14 - 07 - 2025

Derrière la proposition de loi créant une « banque postale » se cache moins un projet de réforme qu'un artifice politique. Dans un paysage bancaire fragmenté, archaïque et inefficace, l'idée d'ajouter une nouvelle banque publique apparaît comme un non-sens économique. Et un aveu d'échec.

Déposée par 22 députés le 8 juillet 2025 à l'Assemblée des représentants du peuple, la proposition de loi créant une banque postale a été transmise à peine deux jours plus tard, le 10 juillet, à la commission des finances et du budget. Rarement un texte aura été traité avec une telle célérité, ce qui en dit long sur le soutien implicite qu'il semble avoir reçu en haut lieu. Il faut dire que ce projet ne sort pas de nulle part : depuis plusieurs semaines, des pages réputées proches du régime multipliaient les appels à la création d'un tel établissement, présenté comme une réponse moderne à l'exclusion financière.
Le texte déroule un argumentaire aux accents sociaux prononcés. Il commence par un constat d'échec : malgré un réseau bancaire dense, une partie importante de la population reste exclue du système financier. Pour y remédier, le projet propose la création d'un établissement public adossé à La Poste tunisienne, baptisé « Banque postale tunisienne », avec pour mission de faciliter l'accès aux services bancaires de base, promouvoir l'épargne populaire et contribuer au développement économique local. L'accent est mis sur les populations rurales, les jeunes, les travailleurs précaires, les femmes, les micro-entrepreneurs et les habitants des zones à faible densité bancaire.

Un statut juridique autonome, mais public
Selon le texte, la banque postale serait une société anonyme de droit public, dotée d'une autonomie financière et administrative, mais placée sous la tutelle du ministère des Finances. Son capital serait intégralement détenu par l'Etat. Elle serait dirigée par un PDG nommé par décret, avec un conseil d'administration pouvant inclure des représentants de l'Etat, de la Poste et des parties sociales.
Le financement initial viendrait d'une dotation publique. La banque pourrait ensuite lever des fonds sur les marchés ou via des partenariats internationaux. Elle s'appuierait sur l'ensemble du réseau des bureaux de poste pour assurer une mission de proximité : comptes courants, épargne, microcrédit, virements, paiement de factures, et produits financiers pour les jeunes, familles, petites entreprises et collectivités locales.

Une vision sociale, des intentions généreuses
Le texte ambitionne de corriger les inégalités d'accès aux services financiers. Il rappelle que, selon la Banque mondiale, une grande partie des Tunisiens n'a ni compte bancaire ni accès au crédit, et que cette exclusion nourrit les circuits informels et freine le développement local.
La Banque postale est ainsi présentée comme un outil de cohésion sociale, de modernisation de la Poste et de décentralisation économique. En somme, un bras armé d'un Etat équitable, proche des citoyens.
Mais ce que le texte ne dit pas, c'est pourquoi il faudrait créer une neuvième banque publique dans un pays où l'Etat en contrôle déjà huit, au lieu de réformer l'existant.

Une architecture bancaire obsolète et inefficace
La Tunisie ne manque pas de structures bancaires : 23 banques commerciales, deux d'affaires, sept non résidentes, huit sociétés de leasing, et environ mille bureaux de poste. Pourtant, 64 % des adultes n'ont pas de compte courant, et 73 % n'ont pas de compte d'épargne.
Ce paradoxe ne traduit pas un manque d'acteurs, mais l'échec d'un système incapable de toucher ceux qui en ont le plus besoin. Les banques tunisiennes sont trop semblables, peu innovantes, coûteuses et bureaucratiques. Elles proposent peu de services adaptés aux bas revenus, imposent des conditions d'accès rigides, et restent à distance de la transformation numérique.
Dans ce contexte, créer une nouvelle banque, c'est reproduire les défauts, non les corriger.

Huit banques publiques, zéro mission sociale
Parmi les 23 banques commerciales tunisiennes, huit sont déjà publiques ou à participation publique. Et pourtant, aucune ne joue le rôle de vecteur de justice sociale ou d'inclusion financière. En 2024, les trois principales – BNA, BH et STB – ont affiché respectivement 254, 108,5 et 82,5 millions de dinars de bénéfices. Ces résultats, en totale contradiction avec les discours présidentiels sur la justice économique, illustrent une logique de rentabilité commerciale assumée.
Kaïs Saïed peut bien rappeler que « ce qui est donné de la main droite ne doit pas être repris de la main gauche », ses propres banques distribuent des dividendes – dont l'Etat est le principal bénéficiaire – tout en négligeant l'innovation, la proximité client et les objectifs sociaux.
Au lieu de réorienter ces banques vers leurs missions fondamentales, l'Etat choisit… d'en créer une nouvelle.

Une banque de plus pour quoi faire ?
Le projet de banque postale repose sur une fiction : qu'un nouvel établissement public serait plus proche, plus éthique, plus efficace. Mais ni l'expérience tunisienne, ni le contenu du texte de loi ne permettent de le croire.
Cette création représenterait une dépense lourde : capitalisation initiale, personnel, système d'information, gouvernance, réseau… pour au final reproduire les failles des banques publiques existantes, sans en corriger aucune.
L'expérience internationale est sans appel : lorsqu'un Etat crée ou conserve une banque sans réforme de gouvernance, cela débouche systématiquement sur les mêmes dérives – inefficacité, clientélisme, mauvaise allocation des ressources et absence d'impact social réel.

Une hypocrisie politique assumée
Le vrai problème n'est pas économique. Il est politique. L'Etat tunisien clame vouloir combattre l'exclusion financière, alors que ses propres établissements perpétuent cette exclusion. Il brandit la justice sociale, tout en profitant des dividendes de banques commerciales publiques.
Et aujourd'hui, il tente de maquiller cette incohérence par un nouveau projet, sans ligne stratégique, sans rupture, sans innovation. La banque postale n'est pas une réforme. C'est un leurre budgétivore, conçu pour nourrir une rhétorique populiste sans rien changer au système.
Pendant que la Tunisie multiplie les entités bancaires, d'autres pays rationalisent, fusionnent, digitalisent, automatisent. En Tunisie, on plafonne encore les virements mobiles, on refuse les rendez-vous en agence, la majorité des banques n'autorisent toujours pas le paiement par mobile et certaines agences ressemblent davantage à un marché de fruits et légumes qu'à des espaces de conseil financier. Dans ce paysage bancaire, déjà moribond, les banques publiques sont bien à la traîne et largement dépassées par leurs concurrentes privées.

Un projet daté pour un Etat dépassé
L'intervention publique dans le secteur bancaire ne se justifie que face à une défaillance du marché que le privé ne peut combler. En Tunisie, cette condition n'est pas réunie. Le pays compte déjà suffisamment d'établissements, mais ils sont inadaptés, peu attractifs, mal gérés.
Les obstacles ne résident pas dans le manque d'agences, mais dans l'absence d'incitations, de produits adaptés, de confiance, de souplesse. La future banque postale ne répond à aucun de ces problèmes.
Créer un nouvel acteur implique des dépenses massives dans un contexte budgétaire critique. Chaque dinar public devrait être soumis à une logique d'arbitrage stratégique. Or, ici, il s'agit d'une duplication injustifiée, qui ne corrige rien et ajoute de la complexité.
Pire encore, les banques publiques existantes affichent des résultats florissants mais sans aucune cohérence sociale. Comme l'a illustré la BNA ce week-end, qui préfère financer des campagnes Facebook payées en devises plutôt que de mettre ses publicités dans les médias tunisiens, l'absurdité n'est plus seulement stratégique – elle est idéologique. On est carrément dans la mauvaise gestion et dans la dilapidation de l'argent public et de ses devises.
L'Etat tunisien agit moins en réformateur qu'en illusionniste. Il ne gouverne pas, il empile. Il ne transforme pas, il répète. Il ne réforme pas, il réplique. Et cela, au détriment du contribuable, du bon sens économique, et de toute ambition de cohérence publique.
Créer une banque postale, dans ces conditions, ce n'est pas servir l'inclusion financière. C'est envelopper une dépense injustifiée dans un discours social creux.


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