Lors d'une réunion des cadres syndicaux de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT) tenue à Béja, samedi 16 août 2025, le secrétaire général adjoint, Samir Cheffi, a prononcé un discours appelant à désamorcer les tensions sociales grandissantes par un véritable dialogue avec les autorités. Soulignant que l'organisation syndicale a été érigée au prix du sang de ses martyrs et qu'elle repose sur le patriotisme et la défense de l'intérêt général, Samir Cheffi a rappelé que l'UGTT « n'est l'ennemie de personne » et que ses « mains restent tendues pour la négociation, toujours et à jamais ». Il a affirmé que le président Kaïs Saïed « connaît parfaitement le rôle national du syndicat et sa place dans l'histoire du pays », tout en regrettant les récentes décisions gouvernementales visant à limiter la mise à disposition syndicale, estimant qu'elles reflètent « une inquiétude injustifiée face à l'action syndicale » et ne peuvent servir de base à un dialogue social sérieux. « Ce n'est pas ainsi que l'on peut gérer le dialogue entre l'UGTT et le gouvernement. Le pays n'a plus la capacité de supporter davantage de crises, de tensions et d'étouffement », a prévenu Samir Cheffi, appelant à ouvrir sans tarder des discussions réelles autour des dossiers économiques, sociaux et du chômage.
Tout en se défendant de porter atteinte à la dignité d'aucun citoyen ou responsable tunisien — « l'UGTT ne touche jamais à la dignité de quiconque » — il a insisté sur le fait que l'organisation syndicale « ne permettra jamais qu'on porte atteinte à la dignité de ses militants et responsables sans raison ». Réagissant par ailleurs aux appels lancés ici ou là pour la dissolution de l'organisation syndicale, il a martelé que les dirigeants de l'UGTT, à l'échelle nationale comme régionale, « ne dévieront jamais de leur boussole : défendre la Tunisie, le peuple et les droits des travailleurs ».
Ce discours intervient alors que le pouvoir fait monter la pression contre le syndicat. Le président de la République, Kaïs Saïed, était d'ailleurs revenu à la charge dans la soirée du vendredi 15 août. Il a déclaré entre autres que : « La Tunisie vit des moments historiques, des moments de démarcation entre ceux qui se sont rangés aux côtés du peuple et de ses revendications légitimes et ceux qui se sont alignés du côté opposé — lesquels paraissent unis en apparence mais sont en réalité divisés ». Il a rappelé que les réalisations accomplies sur le plan social, ainsi que celles en cours, visent à répondre pleinement aux revendications légitimes du peuple en matière d'emploi, de liberté et de dignité nationale. Le chef de l'Etat a également affirmé qu'il n'y a « aucune intention de régler des comptes avec qui que ce soit, mais qu'il n'est pas question pour autant de renoncer à la reddition des comptes ni d'hésiter à récupérer le moindre millime appartenant au peuple tunisien ». Dans une allusion à l'UGTT, il a ajouté : « Il n'est permis à quiconque de se substituer à l'Etat, que ce soit dans une adhésion forcée ou dans un financement contraint ». Après la décision d'annuler la mise à disposition syndicale, la prochaine étape pourrait être l'interdiction des prélèvements des cotisations. Ces prélèvements ne sont pas automatiques à proprement parler, puisqu'ils ne peuvent intervenir que si l'adhérent a signé pour donner son accord au débit sur son salaire.