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Le Tunisien doit se regarder dans sa glace
Publié dans Business News le 14 - 05 - 2012

J'ai été dépassé par l'absence de leaders au lendemain de la vague révolutionnaire qui a submergé le monde arabe. Par leaders, je ne veux pas dire les gens qui gagnent des élections fondées sur des promesses vides : Il y a autant de ceux-là, que d'entraîneurs de football le lundi matin.
Je parle des vrais leaders: Hommes et femmes, jeunes et vieux, des personnes authentiques qui peuvent parler directement à leur peuple, qui ont le magnétisme pour rassembler tout le monde autour d'une vision et la volonté de dire la vérité, des personnes qui savent prendre les bonnes décisions et bien les faire appliquer, des personnes qui ont la capacité de construire des coalitions, et regarder au-delà des clivages dans une société brisée par des enjeux sociaux, économiques et religieux. Il s'agit d'un point crucial dans l'histoire de la plupart des pays arabes. Ce sont des nations en cours d'élaboration et ce sont des moments privilégiés de l'histoire qui requièrent des leaders exceptionnels.
Je m'intéresse particulièrement à la Tunisie qui était le levier de tous les changements dans le monde arabo-musulman.
La Tunisie d'aujourd'hui lutte pour une nouvelle orientation et de nouveaux dirigeants. Ce manque de leadership est particulièrement troublant parce que nous sommes à un moment critique monumental. Nous avons besoin d'un leader qui a une grande vision et le charisme pour unir tous les Tunisiens sous l'égide de l'intérêt général du pays.
La Tunisie d'aujourd'hui n'a pas besoin d'un Saddam à l'ancienne, qui diviserait la Tunisie et y raviverait les hostilités internes afin de la garder occupée par ses blessures. La Tunisie d'aujourd'hui n'a pas besoin d'être prise en otage par une dictature religieuse qui ne servirait que les intérêts de ceux qui la prêchent. La Tunisie d'aujourd'hui a besoin de lancer son « Spoutnik ». Elle a besoin de sa propre version de Martin Luther King Jr. Quelqu'un, qui n'a pas peur d'être de la minorité, mais qui a le respect de la majorité, il peut être originaire d'une région oubliée du pays, ou d'une famille économiquement défavorisée, ou encore diplômé d'une de nos écoles publiques. Il n'a pas à être issu d'une élite chanceuse qui a pu s'accaparer l'argent et le savoir. Il peut tout simplement être quelqu'un d'entre nous.
Pourquoi est-ce que cette révolte populaire n'a encore pas enfanté de vrais leaders? La réponse technique serait que le processus démocratique est encore en élaboration et qu'il nous gratifiera, espérons-le, des meilleurs fruits. Il y a toutefois, des facteurs plus profonds à l'œuvre. Et si nous voulons concrétiser ce rêve d'une Tunisie meilleure, nous devons savoir exactement ce qui a précédé cette sécheresse de leadership.
Il y avait Ali Ben Ghedhahem, Habib Bourguiba, Salah Ben Youssef, Farhat Hached, Tahar Hadad, Fadhel Ben Achour, Tahar Ben Achour… et tant d'autres comme eux. Il fut un temps où nous sentions beaucoup de fierté et d'honneur d'être Tunisiens.
Notre pays a été parmi les premiers dans le monde arabe et au premier rang après le colonialisme dans l'éducation, les libertés personnelles, la santé, la recherche scientifique et l'athlétisme. Mais par-dessus tout, nous avions eu le droit de rêver parce que nous avions une vision commune et un leadership charismatique qui a su nous réunir au lieu de nous diviser. Cette trêve a été rapidement interrompue par un système qui contrôlait les esprits, qui encourageait l'égoïsme et réprimait le dynamisme, le sens du pragmatisme et d'analyse, ainsi que la pensée innovante.
Ce système a créé de nombreuses générations de jeunes qui n'ont pas d'estime ni de confiance en soi et qui n'ont aucune idée de ce que c'est que l'intelligence émotionnelle ; en d'autres termes, on produisait des générations pauvres en membres actifs pour bâtir une société efficace et développée. Et c'est ainsi que fut posée la fondation de notre culture actuelle qui freine l'initiative et le courage, et réprime le charisme et l'authenticité.
On pourrait se demander si notre nature arabo-musulmane ne serait pas responsable d'aménager le terrain pour des dirigeants autoritaires. Ou alors, serait-ce notre manque de formation, de savoir-faire, de désir d'innover et d'unité qui fait qu'il soit facile de nous gouverner par des dictateurs?
Sommes-nous devenus ce troupeau de brebis parce que nous avons perdu tout espoir en notre capacité à apporter un changement ou parce que nous valorisons les objectifs personnels au détriment des objectifs communs, ou alors parce qu'au fond on n'a aucune confiance les uns en les autres?
À vrai dire, tous ces facteurs et bien d'autres sont en cause de la fuite des cerveaux et de l'absence de véritables leaders. En bref, le leadership de la Tunisie, présente une image pathétique d'oppression, de pauvreté et d'incompétence, aussi bien dans les affaires internes qu'étrangères, nous sommes désunis, impuissants, dépendants et incapables d'influencer notre peuple et encore moins la communauté internationale.
La question à laquelle nous devrons répondre est alors qui va se lever et dire aux gens que le gouffre est très profond et que notre modèle actuel de développement du leadership est défectueux? Qui va dire aux gens que l'extrémisme religieux et idéologique n'est pas la voie vers un avenir brillant et réussi? Qui sera capable de capturer la vague révolutionnaire de la jeunesse et la placer sur le droit chemin avec une vision commune qui permet de résoudre les problèmes et colmater les brèches ?
Qui dira à ces jeunes que leurs habitudes d'étude sont insuffisantes et qu'ils ont la capacité d'être aussi bons que n'importe qui dans le monde? Qui admettra que notre système d'éducation et nos éducateurs actuels devraient être mis de côté, et que la nouvelle voie implique le développement professionnel et non pas des diplômes inutiles?
Qui dira au peuple que notre modèle actuel d'emprunter de l'argent pour payer des dettes anciennes n'est pas la meilleure forme d'investissement dans l'avenir? Qui dira aux syndicats et aux partis de l'opposition qu'à part une critique constructive, ils ont à proposer des solutions? Qui va dire aux Tunisiens que notre leadership actuel nous divise bien plus qu'il nous unit?
Notre nouveau leader devra être honnête et digne de confiance, capable d'attirer les gens vers lui grâce à son sens de la responsabilité et de la justice. Il faudra qu'il commence par expliquer que ce qui nous unit est beaucoup plus important que ce qui nous divise. On a besoin de quelqu'un qui dise la vérité, qui sache guérir les blessures de ce peuple et construire les coalitions nécessaires, on a besoin d'un promoteur du changement qui saura nous inspirer pour concrétiser le rêve.
Notre nouveau leader aura la tâche de convaincre ce peuple que le changement doit d'abord venir de l'intérieur, que nous devons abandonner cette mauvaise habitude de toujours opter pour les solutions faciles et rapides mais pas forcément les plus efficaces et durables, que nous devons apprendre à écouter et à faire confiance, que le bien de tout un chacun passe obligatoirement par celui de la société. Ce leader doit nous convaincre que la valeur ajoutée de l'ensemble d'une société soudée est beaucoup plus importante que celle de la somme de ses composantes, que le travail acharné finit toujours par porter ses fruits, que nos concurrents ne sont pas toujours nos ennemis et que la différence est une richesse à cultiver et non une menace à combattre.
Le peuple tunisien doit être engagé à former des leaders aujourd'hui pour qu'ils puissent résoudre les problèmes de demain. La prochaine génération de leaders devra faire face à une liste croissante d'enjeux complexes et doit être prête à aller de l'avant avec la vision, le courage et les compétences nécessaires pour relever le défi.
Nous devons assumer notre part de responsabilité et commencer les réformes de l'intérieur. Chacun de nous doit se mettre devant sa glace et identifier ses défauts. Chacun de nous doit être son propre leader en réorientant son navire dans la bonne direction. Ce n'est que par cette réflexion collective que nous allons commencer à créer la prochaine génération de gouverneurs, d'entrepreneurs, de scientifiques, et de leaders de la communauté.
*Lotfi Saïbi est originaire de Sidi Bouzid, professeur en leadership et CEO de 4D-Leadership House.
Formé à Harvard, il a longtemps vécu aux USA et est rentré en Tunisie depuis la révolution.
Il a fait partie des membres fondateur d'Afek Tounes, il est aujourd'hui membre du Parti républicain.


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