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Zitoun, un homme dangereux au gouvernement
Publié dans Business News le 02 - 09 - 2012

Entre l'arrestation de Sami Fehri, les télés cachées de Lotfi Zitoun et la grave crise de Dar Assabah, l'actualité de la semaine a été dense.
Un seul point commun, pousser les médias à redevenir obéissants. Comme avant. Comme toujours. Et cela peut réussir.
Qu'il s'appelle Ben Ali ou Jebali, un dirigeant reste un dirigeant et n'a pas envie que les journalistes le critiquent et s'arrêtent à ses erreurs du matin au soir.
Qu'il s'appelle Zitoun ou Trabelsi, un homme d'affaires proche du pouvoir, ou carrément au pouvoir, n'a pas envie de voir ses projets déballés au grand public.
Si Ennahdha réussit les élections, ou les trafique, il y a de fortes chances que les médias soient mis au pas rapidement. Le secteur étant très fragile et très dépendant. La majorité des médias (radios, télés et presse électronique) vivent exclusivement de publicité, alors que les revenus des ventes kiosque de la presse papier suffisent à peine à régler les frais d'impression, l'achat du papier et les commissions des revendeurs et grossistes. Nous n'en sommes pas là pour le moment.
Dans les trois affaires de la semaine, un dénominateur commun, Lotfi Zitoun. Il a été accusé d'ingérence par Sami Fehri, c'est lui qui est à l'origine de la nomination du directeur de Dar Assabah (confidentiel de coulisses) et c'est lui qui a des participations cachées dans des chaines télés.
Le bonhomme, au caractère aigri, occupe le poste de conseiller du chef du gouvernement et il se charge des médias.
On l'a vu au sit-in de la télé nationale, on l'a entendu tancer des animateurs, il a avoué en direct qu'il lui arrive de téléphoner au patron de la télé pour s'immiscer dans des programmes... Bref, il fait tout ce qui est interdit dans un pays respectant la liberté d'expression.
Cet individu est dangereux, non seulement pour les médias, mais aussi pour la Tunisie, son gouvernement et son parti.
Sa démonstration de force vendredi dernier en est la preuve. Il a appelé à un rassemblement d'un million de personnes et son parti a officiellement annoncé qu'il n'était pas derrière. Le ministre de l'Intérieur a déclaré ne pas être au courant et le ministère de l'Intérieur a rappelé, la veille de cette manifestation, qu'il n'a pas accordé d'autorisation. Le fait même de la maintenir et d'y participer, en personne, est un message adressé, non pas aux Tunisiens, mais aux Nahdhaouis et aux membres du gouvernement.
Il voulait montrer aux siens de quoi était-il capable et comment pouvait-il braver le niet du gouvernement.
Et on l'a vu, sa manif s'est soldée par un échec. Au million de personnes prévues, il en a eu un millier, dont quelque deux cents badauds et journalistes, soit 0,01% de l'objectif requis. Tout comme l'échec qu'il a essuyé durant le congrès d'Ennahdha en obtenant quelque 1% de voix.
N'empêche, par sa manif, Lotfi Zitoun a désavoué son ministre de l'Intérieur et son propre parti. Par cet écart, la discipline légendaire d'Ennahdha connaît une grave fissure.
Dans ce gouvernement, Lotfi Zitoun joue aux enfants capricieux à qui on ne doit pas dire non. Il ne supporte aucune opposition, aucune désobéissance.
Il tire sa légitimité de sa proximité et sa loyauté envers Rached Ghannouchi. Le cheikh lui est reconnaissant pour services rendus, notamment d'avoir été son bodyguard (parait-il) durant l'exil londonien.
Pour calmer ses ardeurs et satisfaire le grand chef, Hamadi Jebali lui a légué le dossier des médias, sa passion, dit-il.
Le chef du gouvernement se doutait certainement que son ministre allait devenir un gros boulet, vu son caractère et son manque de tact politique. Mais il ne s'attendait certainement pas à ce que ce boulet aille causer autant de bourdes en si peu de temps. Et il ne soupçonnait certainement pas que ce boulet avait son propre business caché et utilisait sa place au gouvernement à des fins personnelles.
Selon les échos reçus de la Kasbah et de Montplaisir, on était fort surpris de découvrir l'entreprise médiatique londonienne et les ambitions futures de Zitoun. Et on le lui a fait savoir clairement. On lui aurait demandé de présenter sa démission, mais il a refusé et répondu par le rassemblement du vendredi.
Outre cet incident lié au conflit d'intérêt, Zitoun a fait réveiller un lourd conflit interne que Ghannouchi essaie tant bien que mal d'étouffer.
Il s'agit de cette bataille entre les exilés (al mouhajarine) et les anciens prisonniers.
Pendant que les uns croupissaient dans les geôles de Ben Ali, d'autres jouaient aux touristes en Europe. Les seconds ont longtemps expliqué aux premiers qu'ils n'étaient pas des touristes, qu'ils luttaient pour la cause et subvenaient aux besoins des familles des prisonniers.
Aujourd'hui, ils découvrent que l'exil était bien doré, que les exilés bénéficiaient de la nationalité, créchaient dans de belles demeures et avaient leur business. Mieux, ou pire, ce business n'est pas arrêté.
Qu'on le veuille ou pas, et lorsqu'on est passé par la case prison, cela crée des animosités au sein d'une famille en apparence soudée.
Et on aimerait bien connaître le fond de pensée de Dilou (qui ne possède absolument rien, à part une voiture) ou un Ben Salem qui vendait du persil.
Par sa gestion calamiteuse du dossier des médias, Zitoun dessert fortement un secteur en crise. Il joue aux maîtres chanteurs avec sa fameuse liste noire. Soit les journalistes deviennent sourds, aveugles et muets, soit il la publie. Qu'il sorte la liste authentique, on y découvrira un bon nombre d'amis ! Les siens ! Et on découvrira que ses adversaires du jour n'y figurent pas !
Il taxe les uns de corrompus et les autres de criminels, sans avoir aucune idée sur ce que signifiait d'exercer cette profession sous une dictature, lui qui était à Londres.
Par son arrogance et son impolitesse (rappelez-vous son comportement avec Maya Jeribi sur un plateau télé), Zitoun donne une piètre image de son gouvernement et de son parti.
Par son action du vendredi, il a désavoué un ministre et un ministère de souveraineté.
Par sa théorie permanente du complot (rappelez-vous la pseudo-réunion de diplomates visant à faire chuter le gouvernement) et de recherche de bouc-émissaire, il décrédibilise tout le gouvernement.
Par ses mensonges, son business dévoilé et son assez probable business encore caché, Zitoun crée des différends inutiles dans son propre parti et jette le doute sur l'intégrité de ses pairs.
Par sa nationalité britannique, il pousse à l'interrogation : ce type est-il plus loyal à la Tunisie ou à sa Majesté la Reine à qui il a juré fidélité et loyauté ?
Autant d'éléments qui devraient pousser Rached Ghannouchi et Hamadi Jebali à se débarrasser du boulet. Il y va de leur intérêt et du nôtre. Il y va de l'intérêt de la Tunisie.
N.B : Grand merci à tous les lecteurs, amis et confrères qui nous ont manifesté leur soutien et leurs encouragements à la suite des agressions verbales odieuses de Lotfi Zitoun et ses sbires. A tous, l'équipe de BN promet davantage d'effort et de professionnalisme pour rester à la hauteur de leurs attentes.


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