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Ennahdha-BCE-Marzouki : Les liaisons dangereuses
Publié dans Business News le 22 - 11 - 2014

Le petit protégé d'Ennahdha vient d'être lâché par ses mentors. Alors que l'élection présidentielle se tiendra dans à peine quelques heures, il semblerait que Moncef Marzouki ne puisse plus compter sur son soutien islamiste. Ceux qui l'ont hissé au Palais de Carthage en 2011, lui qui n'avait que quelques petites 17.000 voix en poche mais un grand espoir de devenir un jour président, ne lui redonneront pas cette chance aujourd'hui. C'est du moins le message que le parti semble vouloir donner à travers la récente apparition médiatique de Zied Laâdhari, son porte-parole, mais aussi d'autres de ses cadres.
« Aucun candidat à la présidentielle n'a mérité le soutien d'Ennahdha », a déclaré Oussama Sghaier, un des cadres du mouvement islamiste. Une véritable gifle au visage de ceux qui s'y accrochaient désespérément, y voyant leur sésame vers Carthage. Cette réponse froide n'a pas été enrobée de sucre pour faire avaler la pilule, amère pour nombreux candidats, dont Moncef Marzouki. Voilà qui marque un début de distance prise par Ennahdha face à son petit protégé C'est que le pauvre petit, il comptait sur leur soutien.
Mais si Ennahdha a gardé le mystère entier pendant des mois, c'est qu'au sein même du parti de Ghannouchi, les violons n'étaient pas accordés. On préfère alors se prononcer par demi-mots, en évoquant, au début, un président consensuel et en maintenant le flou sur un éventuel soutien au deuxième tour et non au premier. La sympathie que les bases islamistes entretiennent envers « le révolutionnaire, fils du peuple, et très terre-à-terre » Moncef Marzouki est un secret de polichinelle. Ceci est bien connu. Mais le parti préfère rester pragmatique, ne pas se court-circuiter et, jamais ô grand jamais, n'avouer des dissidences ou des tiraillements internes.
Ceci dit, les secrets de famille n'ont pas été très bien cachés à la foule et certains cadavres ont rapidement fait de dépasser des placards. Le turbulent Hamadi Jebali a décidé, comme il sait souvent le faire, de se démarquer du mouvement et soutenir ouvertement la candidature de Moncef Marzouki. S'il n'a pas ouvertement cité son nom, il en a tout de même décrit les principales ''qualités'' : « Un président qui a prouvé ses capacités dans l'exercice du pouvoir et son militantisme face à la tyrannie et la corruption. Un homme démocrate dans la pensée et la pratique, un président rassembleur pour tout le peuple, sage dans ses positions et capable d'assumer les fardeaux du pouvoir». Le portrait craché de Moncef Marzouki…dans l'esprit de Hamadi Jebali du moins. Au sujet du candidat de Nidaa, en revanche ; sa position s'est faite retentissante : « il ne faut pas voter pour le candidat d'un parti ayant remporté la majorité des sièges à l'Assemblée du peuple ». Il est donc interdit de soutenir Béji Caïd Essebsi, candidat de Nidaa.
Mais Hamadi Jebali, secrétaire général démissionnaire d'Ennahdha, est un électron libre. Les positions de celui qui a longtemps laissé le flou planer sur une éventuelle candidature ''indépendante'', ne représentent nullement celles de son parti (auquel il appartient encore). Ceci dit, Ennahdha s'est dépêchée de le préciser à l'opinion publique. Rapidement après, son porte-parole Zied Laâdhari a donné une conférence de presse dans laquelle il déclare que la position de Jebali n'engage en rien le parti. « Si nous avions voulu soutenir un quelconque candidat, nous l'aurions fait de tout notre poids. Nous aurions mobilisé tous nos moyens et tous nos dirigeants pour le soutenir». Traduction: ne suivez pas ce à quoi appelle Hamadi Jebali. Des propos qui donnent un coup de massue à Moncef Marzouki suivis par un communiqué qui écrit, noir sur blanc, que la décision du conseil de la Choura ne peut être interprétée comme le soutien d'un candidat en particulier.
Pourquoi donc ce revirement envers le candidat préféré de Montplaisir ? Durant des semaines, Ennahdha a maintenu le flou quant au soutien de son candidat consensuel extérieur au parti mais qui pourra en réunir les qualités recherchées. Et un monde fou s'est bousculé au portillon : de Ahmed Néjib Chebbi qui n'a pas cessé de faire des œillades amourachées au parti de Rached Ghannouchi, à Mustapha Ben Jaâfar qui l'a ouvertement appelé à prendre une position claire ou, encore, à Moncef Marzouki, confiant quant à ce soutien auquel il tient plus que tout.
Mais ces manœuvres ont changé de camp après les législatives et tout ce flou maintenu au sujet de ce fameux candidat consensuel étaient en réalité destinées, non à Moncef Marzouki, mais à Béji Caïd Essebsi. Moncef Marzouki n'était-il qu'une simple carte à jouer ? Il semblerait que oui. C'est que le petit est devenu une tare pour le mouvement surtout qu'il ne pèse désormais plus rien.
Des bases qui soutiennent le candidat Marzouki constituent une réelle menace pour Béji Caïd Essesbi compte tenu de la force de mobilisation du parti islamiste. Le candidat de Nidaa finit alors par céder aux pressions et aux manœuvres d'Ennahdha. C'est qu'en matière de négociation, surtout politique, le chantage se présente comme l'un des meilleurs arguments. Afin d'obtenir ce que l'on veut de l'autre partie, on la met au pied du mur et on la mène dans un terrain d'insécurité afin de faciliter les conditions de négociations. C'est ce qu'Ennahdha a fait avec Béji Caïd Essebsi et le résultat semble porteur.
BCE s'empresse de donner, enfin, la position claire de son parti au sujet d'Ennahdha, lui qui a longtemps joué avec les mots. « Nous sommes différents mais nous ne pouvons ignorer leur présence. Nous ne pourrons gouverner seuls, nous avons une majorité relative. Ils ne nous ont pas proposé d'alliance mais nous sommes obligés de nous entretenir avec eux et de prendre leurs avis ».
Voilà qui semble désormais limpide. En effet, alors qu'une alliance a été longtemps rejetée par le mouvement de BCE, pour le moment, ces derniers n'ont pas exclu qu'à la lumière des chiffres des législatives, une entente pourrait être envisageable. Il est évidemment exclu que les bases d'Ennahdha soutiennent la candidature de Caïd Essebsi, mais si elles ne votent plus pour son principal rival, on lui enlève une épine du pied. Et de taille !
Que fera donc Moncef Marzouki sans le soutien du géant islamiste ? Aura-t-il encore toutes ses chances ? Shut, nous n'en dirons pas plus aujourd'hui, silence électoral oblige. Alors, motus et bouche cousue. Bon vote à tous !


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