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Le Ghannouchi nouveau est arrivé !
Publié dans Business News le 07 - 04 - 2015

Rached Ghannouchi vient de donner un long entretien à l'éditorialiste d'iTélé, Olivier Ravanello, publié dans un livre paru chez la maison d'éditions française Plon.
Ce livre d'entretiens, de 140 pages, ne se lit pas, il se dévore d'un trait, puisqu'on y découvre un Rached Ghannouchi, tout nouveau, qui a mis beaucoup d'eau dans son vin et qui dit tout ce qu'un laïc, un francophone, un Français ou un sympathisant de gauche veut entendre. Les islamistes tunisiens ont-ils vraiment changé pour devenir (enfin !) tunisiens ? Les propos de leur chef le laissent clairement entendre.
Avant de mener son entretien avec Rached Ghannouchi, Olivier Ravanello a posé ses conditions. Les entretiens doivent se dérouler en tête à tête sans être pressés par le temps. Pas de limites dans les questions abordées, un traducteur choisi par le journaliste qui maitrise les finesses de l'arabe et du français et pas de coupes dans les textes. Ce qui a été dit est dit et les enregistrements font foi. Ravanello témoigne que toutes ces règles ont été observées et le lecteur peut s'en assurer à la lecture de certaines réponses où Ghannouchi tente de botter en touche, mais qui se trouve relancé, à chaque fois et avec insistance, par le journaliste. L'idée de l'auteur ? C'est permettre de se faire sa propre opinion, sans devoir écouter des polémistes qui, à partir de trois sourates lues en diagonale, tirent des conclusions définitives et nous les imposent.
Le livre est pondu et est achevé le 12 mars 2015. Il est bloqué in extremis à l'imprimerie le 18 mars, le jour de l'attaque meurtrière du musée du Bardo. Olivier Ravanello croit bon d'ajouter un chapitre après avoir recueilli le témoignage du leader d'Ennahdha. Le travail a le mérite d'être récent puisque les entretiens sont menés après les élections et jusqu'au mois de janvier. Rached Ghannouchi parle de la Tunisie, des femmes, des salafistes, du djihad, de la Syrie, du Maroc et de la France. On relèvera aussi la réactivité du service de communication d'Ennahdha puisque l'ouvrage, à peine sorti des imprimeries françaises, a déjà atterri dans la rédaction de Business News, à Tunis.

Djiahdistes et terroristes
Pourquoi s'attaque-t-on à la Tunisie ? « Parce que c'est en Tunisie qu'est né le Printemps arabe, et c'est ce berceau que les terroristes veulent attaquer. Ce n'est pas complètement une surprise étant donné que la Tunisie a donné naissance au premier modèle où coexistent Islam, démocratie, justice sociale, libertés, égalité des sexes, bref un modèle où Orient et Occident se rencontrent et vivent ensemble ».
Durant tous les entretiens, Rached Ghannouchi n'a pas de mots assez durs à l'encontre des salafistes djiahdistes et aux terroristes. Il relativise en comparant « nos » terroristes qui prennent leurs ordres chez Dieu aux organisations européennes comme Baader-Meinhof en Allemagne, Action directe en France, les Brigades rouges en Italie et l'IRA en Irlande.
Dans la foulée, il invente un terme nouveau, les super-terroristes. Comme si « nos » terroristes obéissaient à une organisation pyramidale classique, à l'instar de celles citées précédemment, Rached Ghannouchi indique que les deux assaillants du Bardo sont manipulés. « Ceux qui manipulent sont les super-terroristes, ennemis de l'humanité, qu'il faudrait dénoncer, qu'ils soient sectes, organisations ou régimes en place. »
Le rôle d'Ennahdha dans la propagation du terrorisme en Tunisie ? Rached Ghannouchi s'en lave les mains et indique qu'il « n'y a pas eu de laxisme de notre part ». Et de rappeler le congrès d'Ansar Chariâa interdit à Kairouan, ce mouvement décrété hors la loi par le gouvernement de la troïka. Dommage que le journaliste ne lui ait pas rappelé toutes les facilités accordées par ce même gouvernement à ce même groupe et, notamment, à leur chef.
Le journaliste essaie, plus loin, de pousser Ghannouchi à dire clairement « je n'ai rien à voir avec ces gens-là ». En vain. Le chef d'Ennahdha admet qu'il n'y a rien de commun dans les discours, entre les islamistes et les salafistes, que sa lecture du Coran pousse à la vie, alors que celle des djihadistes pousse à la mort, mais il refuse de dire qu'il n'a rien à voir avec eux, car ils appartiennent tous deux à la race humaine ! « En plus, ils disent être musulmans et nous le sommes aussi, même s'ils ont une compréhension déformée de l'islam », poursuit-il. Plus loin, il déclare les terroristes et jihadistes comme étant incultes ou formés par des chefs religieux qui n'ont aucune formation théologique. Et de citer Zawahiri le chirurgien et Ben Laden l'ingénieur qui n'ont aucune légitimité pour interpréter le Coran et dire l'islam.
Olivier Ravanello demeure visiblement sceptique sur les visées réelles du cheikh et ose : « Est-ce que la différence n'est pas simplement qu'ils veulent parvenir plus rapidement que vous au même objectif ? ». Ghannouchi feint ne pas comprendre la question et répond sur la violence. Il est relancé par le journaliste. La deuxième réponse est plus longue, mais tout aussi sibylline.
Des terroristes de Charlie Hebdo, qu'il condamne sévèrement, Rached Ghannouchi trouve des motifs à leur colère et dit que c'est pareil pour toutes les religions quand elles sont l'objet de moqueries. « Leurs adeptes le vivent comme un agression ». Il se défend cependant d'user de la violence et insiste à ce que l'on réponde au verbe par le verbe. « Pas de coup de poing ? », interroge le journaliste. « Non ! Je ne ferai pas cela, mais je comprends celui qui le ferait. Il aura perdu son sang froid », répond le chef d'Ennahdha.

L'Islam de France
Le sujet a été longuement abordé dans le livre. Rached Ghannouchi a fait un topo complet de la situation très inconfortable des 4 millions de musulmans français et propose des solutions pragmatiques. « Ils ont besoin d'institutions islamiques pour vivre pleinement et s'épanouir dans leur pays ». Il propose aussi la création d'instituts et d'universités, sous la tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur, qui délivreraient des diplômes reconnus, l'équivalent de l'Institut catholique à Paris (qu'il a fréquenté en 1969), pour l'enseignement de la religion ou de l'imamat. En bref, l'islam de France doit être français, imbibé de la culture française et donné par des imams français, comme on en voit en Turquie, en Egypte ou au Malawi.
Les minarets qui pourraient déranger les habitants ? Il faut s'en passer ! « Ce n'est pas un problème et ça ne doit pas en être un, ni un sujet de crispation, indique Ghannouchi. Le minaret des mosquées s'inspire des clochers des églises. Nous l'avons copié ! Mais il n'a rien d'une obligation. (…) c'est de l'architecture.
L'islamisation partielle de l'Europe ? « Nous ne croyons pas que le monde entier sera musulman. Nous ne le voulons pas. Nous croyons en la liberté et aux lois du marché, à l'offre et à la demande, et que la meilleure marchandise gagne ! ».
La loi sur le port du voile ? « Je trouve cette loi contraire aux principes de libertés de la révolution française. Je la trouve contraire aux principes des droits de l'Homme et même aux principes de la laïcité puisqu'elle intervient dans la vie privée de chacun. Et cela n'existe qu'en France, nulle part ailleurs ». Rached Ghannouchi se montrera d'ailleurs assez critique à l'égard des lois et de la société françaises et leur préfère volontiers les lois allemandes et britanniques, nettement plus respectueuses des libertés individuelles, d'après lui. « En France, il y a des atteintes à ces libertés fondamentales et les musulmans français ont le droit de réclamer la fin de ces atteintes ».
Idem pour la laïcité à la française qu'il ne comprend pas et n'approuve pas. Pour lui, Allemands, Anglais et Américains ne sont pas en guerre contre la religion. « En France, l'Etat interfère dans la vie privée, alors que l'un des principes de la laïcité est la neutralité entre toutes les religions. »

La chariâa
Le discours conciliant de Ghannouchi dans ce livre d'entretiens se trouve dans chaque page, au point que même la chariâa devient malléable.
Le code vestimentaire en islam ? Ce que tu manges, la manière dont tu t'habilles, c'est du choix individuel.
L'islam demande-t-il aux femmes de porter le voile ? « Oui, mais c'est le choix de la femme. Ni le pays, ni le gouvernement ne doivent interférer dans cela ».
Il n'y a donc pas obligation de porter le voile ? « Chacun choisit son mode de vie, le compte se fait avec Dieu ».
La polygamie ? « C'est un problème épineux et plus général (…) Nous avons accepté le code du statut personnel de la femme et avons accepté que l'Etat régisse le mariage. L'islam a permis la polygamie avec des conditions et l'Etat peut, s'il considère que ces conditions sont impossibles, interdire cette possibilité d'avoir plusieurs femmes ».
L'homosexualité ? « Si quelqu'un a cette pratique dans sa vie privée, nous ne le criminalisons pas. Car la loi ne poursuit pas les gens dans leur vie privée. Ce qui se passe dans votre maison ne regarde personne. »
La viande halal ? « Pour que la viande soit halal, il suffit de dire la profession de foi avant de la manger. C'est court, ça peut se faire devant son assiette. (…) Dans notre religion, seuls le porc et le vin sont interdits. A l'école dans les cantines ? 98% des aliments sont autorisés par l'islam. On peut nourrir correctement des enfants à l'école sans leur donner du porc ni du vin, quand même ! (…) Nous ne demandons pas plus. Chacun ferait un pas vers l'autre, sans tout chambouler. En revanche, vouloir imposer aux enfants musulmans de manger de tout, y compris le porc, est une demande arbitraire et violente. Elle met l'enfant en contradiction avec ses convictions religieuses. C'est une attaque contre lui. Elle crée en lui une crise identitaire, il doit choisir entre ses convictions et son besoin de nourriture. »
Doit-on interdire les commerçants d'alcool ? Il ne faut pas légiférer, c'est un problème d'opinion publique qui décide de son mode de vie.
Egalité de l'héritage ? Le droit à l'héritage peut prendre plus de vingt formes.

Politique
Abordé sur les sujets de politique internationale, Rached Ghannouchi s'est montré très élogieux à l'égard du Maroc qui entame une excellente transition démocratique, grâce à son roi, et a été très sévère à l'encontre de l'Egypte. A ses yeux, Abdelfattah Sissi est sans hésitation un dictateur et seuls les aveugles ne le verraient pas. « Aucun dictateur, depuis les pharaons, n'a tué plus d'Egyptiens que lui ». Le journaliste ne l'interrogera pas, hélas, sur les conquêtes islamiques qui ont envahi l'Afrique du Nord.
Interrogé en revanche sur l'Algérie, Rached Ghannouchi est devenu soudain muet. « C'est un pays voisin et on ne parle pas des voisins. » Olivier Ravanello précise avoir relancé à plusieurs reprises son interlocuteur sur la question algérienne et que Ghannouchi s'en est tenu à chaque fois à cette réponse convenue, au point de n'en garder qu'une pour éviter les redondances inutiles.
Au sujet de la politique intérieure, Ghannouchi met de l'eau dans son vin quand il s'agit de Bourguiba. Il admet que le premier président tunisien a fait de bonnes choses, mais qu'il en a fait de mauvaises aussi. « Je suis avec lui pour tout ce qu'il a fait de bien et suis contre tout ce qu'il a raté. Je ne suis pas content qu'il m'ait mis en prison ; je ne suis pas obligé de baiser la main qui m'a giflé ».
A propos de Zine El Abidine Ben Ali, et bien que ce dernier l'ait sauvé de la potence (ce qu'il ne mentionnera pas dans l'interview), Rached Ghannouchi se montrera cynique. « Je suis resté en exil 22 ans et je suis rentré. Ben Ali, lui, en aura-t-il l'occasion ? Je suis resté 22 ans poursuivi par ses mandats de dépôt, mais je n'ai pas cessé de me déplacer, j'ai visité de nombreux endroits alors que lui ne se déplace pas, il est prisonnier dans son palais. Sa femme, qui était contre le voile, porte maintenant le niqab pour pouvoir se déplacer en Arabie Saoudite ».
Ghannouchi éprouvera cependant de la pitié pour les enfants de l'ancien président qui peuvent rentrer vivre en Tunisie, y grandir et même y faire de la politique, puisque le crime est individuel.

La famille sacrée
Au sujet de l'islam et de la femme, Rached Ghannouchi a rappelé que la société musulmane est basée sur la famille, contrairement à la société occidentale basée sur l'individu. « La société islamique est un ensemble de familles, pas un ensemble d'individus. C'est une différence essentielle que vous devez avoir en tête pour nous comprendre ». Rached Ghannouchi profite de cette question pour présenter ses quatre filles et ses deux fils, tous de grands diplômés et mariés à des conjoints de nationalités différentes. Un hommage particulier sera rendu à leur maman qui a étudié à l'université, mais qui considère sienne la réussite de ses enfants, puisqu'elle est restée à la maison pour se consacrer à leur éducation. Maintenant, elle s'occupe de ses dix petits-enfants.

Si l'ensemble des réponses de Rached Ghannouchi se montrent conciliantes et pacifistes, le lecteur ne devrait jamais perdre de vue que le président d'Ennahdha est d'abord et avant tout un islamiste qui a des objectifs bien déterminés. On l'a vu clairement quand il a parlé des salafistes djihadistes avec qui il n'est pas d'accord sur la méthode. Mais jamais il n'a remis en question le sujet de l'islamisation de la société. Tout est une question de méthodes et la méthode actuelle de Ghannouchi semble être dans le dialogue mielleux, conciliateur qui vous dit ce que vous avez envie d'entendre. Il lui arrive même d'agir comme vous voulez et il le démontrera en rappelant que son parti est démocratique et a fait la preuve en choisissant de quitter le pouvoir à l'issue du dialogue national.
Quelle est la stratégie à court terme ? On trouvera la réponse à la fin du livre dans une question d'Olivier Ravanello « Donc le travail des prochains dirigeants d'Ennahdha sera d'attirer des destouriens, les laïcs, les gens de gauche ? ». « C'est exact », répond Rached Ghannouchi qui précise que « celui qui veut hériter de la Tunisie, doit l'accepter dans sa diversité. C'est obligatoire ». Tout est dit !


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