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Sauver la Haica, tout en préservant les droits de Nabil Karoui
Publié dans Business News le 13 - 05 - 2019

Injures, insultes, accusations mensongères, diffamations, menaces… La semaine politique, coïncidant avec la première semaine du mois saint de ramadan, a été bien chargée en incivilités et obscénités de toutes parts. La palme revient, sans aucun doute, au député Fayçal Tebbini qui a promis de fusiller le chef du gouvernement Youssef Chahed sur la place publique. Des propos qui tombent sous le coup de la loi et devraient lui valoir une peine de prison de quelques mois. Sauf que l'Etat n'est plus l'Etat et la Justice fonctionne à deux vitesses. Si vous vous appelez Sihem Ben Sedrine, Seïfeddine Makhlouf ou Fayçal Tebbini, si vous êtes un islamiste notoire ou un valet d'une ONG internationale réputée, c'est que vous êtes au-dessus des lois tunisiennes. Pour le dernier cas en date, Fayçal Tebbini ne peut en aucun cas faire valoir son immunité parlementaire, car ses propos outrageants n'ont rien à voir avec ses fonctions parlementaires. L'article 68 de la Constitution est clair à ce sujet. Mais on a le chic dans ce pays, pour quelques privilégiés, d'interpréter et de tordre la lecture des lois comme on veut qu'elles soient et non dans leur sens originel et le bon sens. Une société du XXIème siècle, représentée par un député qui appelle à l'exécution en place publique ne devrait pas être fière d'elle. Quand bien même des lois existent pour protéger un tel énergumène, ces lois devraient changer pour épouser l'esprit de la Constitution et de l'époque.
Autres noms d'oiseaux et insanités observés cette semaine, la sempiternelle polémique autour des sondages. La victime, classique, fut Hassen Zargouni qui a réussi à mécontenter tout le monde, comme d'habitude. On préfère toujours casser le thermomètre dans ce pays, plutôt que d'aller guérir ses maladies. Au mieux, on donnera des antalgiques pour soigner son cancer.

L'autre polémique de la semaine fut un nouvel épisode du bras de fer opposant la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) aux chaînes Nessma, Zitouna TV et la Radio du saint Coran. Les médias en question continuent à exercer en toute illégalité et à défier, ouvertement, le gendarme du paysage audiovisuel tunisien (PAT).
Ici aussi, la difficulté réside en cette multiplicité de l'interprétation des lois et au fait que certaines catégories sociales sont au dessus des lois de la Tunisie.

Pour la Haica, les choses sont claires. Ces trois médias n'ont pas d'autorisation pour exercer, ils doivent fermer jusqu'à la régularisation de leur situation. Point.
Pour justifier sa défiance du gendarme du PAT, Nabil Karoui, patron de Nessma TV, rappelle que sa licence a été octroyée sous l'ancien régime (en 2009) avant la promulgation des lois régissant la Haica (2011) et son cahier des charges. Il rajoute une couche en précisant que la Haica en question n'a plus d'existence légale, vu que son mandat est de six ans non renouvelables. Zitouna TV est dans la même optique. L'une et l'autre n'ont cessé de défier et d'humilier la Haica à travers des communiqués outrageants et insultants. A Zitouna TV, on a carrément déchiré sur antenne les décisions de la Haica.
Or ceci est trompeur. Aussi bien Nessma que Zitouna TV font une interprétation tordue de la loi. Si Nabil Karoui refuse la rétroactivité des lois, en rappelant que son autorisation est antérieure à l'existence de la Haica, il est bon de lui rappeler que ladite autorisation a un délai qui est dépassé. Quand bien même ce ne serait pas le cas, les nouvelles lois prévoient toujours des délais transitoires pour que les anciens se mettent en conformité avec les nouveaux venus et les nouvelles règles du jeu et ces délais ont été dépassés.
Les chaînes TV affirment que la Haica n'a plus d'existence légale, d'après le décret-loi 116 (novembre 2011) et ceci est également trompeur, car la Haica a toute la latitude de continuer à exercer d'après l'alinéa 8 de l'article 148 du Chapitre X de la Constitution (janvier 2014). Le décret-loi cité par les chaînes prévoit, en revanche, dans son article 7, un mandat de six ans non-renouvelable pour le président, le vice-président et les membres de la Haica. Le tiers des membres de la Haica est renouvelé, alternativement, tous les deux ans. Tout ceci n'a pas été fait.
Mais on fait comment entre-temps ? On limoge les membres de la Haica et on garde une coquille vide pour que Nabil Karoui et Sami Essid (patron de Zitouna) soient satisfaits ? On dissout la Haica pour laisser une jungle ? On recrée un ministère de l'Information comme cela se fait dans toute dictature qui se respecte ?
Du côté de la radio du saint Coran, on a été plus cynique. Ses dirigeants sont allés voir la justice pour crier au scandale devant la Cour. « Comment ose-t-on faire taire la parole de Dieu dans ce pays de mécréants », ont répété les avocats devant des juges médusés qui ont préféré ne pas prendre cette décision contraire à leur foi profonde. Les lois et la Constitution, on s'en moque, la parole de Dieu prévaut ! Le verdict est tombé, la radio est autorisée par la justice à poursuivre sa diffusion en dépit de l'absence d'autorisation et en dépit du fait que son propriétaire soit le patron d'un parti politique et utilise cette radio (et la parole de Dieu) pour servir ses objectifs personnels de politique politicienne.

Beaucoup plus que la simple régularisation administrative de paperasse, c'est cette liaison média-politique qui dérange le plus la Haica.
Zitouna TV est l'organe de propagande par excellence des islamistes et autoproclamés révolutionnaires. Les dirigeants d'Ennahdha, du CPR, du Harak (parti de Moncef Marzouki) et autres Ligues de protection de la révolution, y vont périodiquement, bien qu'ils proclament haut et fort (à qui voudrait bien les croire) qu'ils sont les plus respectueux des lois du pays et les plus intègres.
La radio du saint Coran appartient à un chef de parti ouvertement. Il utilise les ondes nationales pour servir ses intérêts personnels.
Quant à Nabil Karoui, c'est désormais officiel. Il est candidat à la présidentielle et les derniers sondages le classent deuxième derrière Youssef Chahed.
Tout ce beau monde entend bien utiliser son média en cette année électorale et c'est ce que refuse catégoriquement la Haica ! En se basant sur le code électoral et leur propre cahier des charges, les membres de la Haica (ainsi que ceux de l'Isie) veillent à interdire toute utilisation d'un média à des fins électorales.

Au nom de la loi, au nom de l'égalité entre les candidats, au nom de la démocratie, au nom de plein d'autres valeurs, la Haica veut imposer cette vision à la fois gauchiste et anachronique, mais aussi injuste et anticonstitutionnelle.
Le code électoral, que veut appliquer la Haica, a été pondu par les non-regrettés députés constituants qui vivaient (pour beaucoup parmi eux) dans une autre époque.
Au nom de quoi prive-t-on un patron de télé ou d'un média de se présenter à la présidentielle ? Déjà que la constitution prive les non-musulmans de se présenter à la présidentielle, on veut maintenant leur rajouter les patrons de médias ?
Le prétexte, tout trouvé, est que l'on ne doit pas utiliser son média à des fins électorales et ceci est aberrant, car nombreux sont les hommes politiques, dans les pays démocratiques, qui possèdent leurs propres médias. Le plus illustre est Silvio Berlusconi, ancien président du Conseil italien et associé, dans Nessma, de Nabil Karoui.
Le code électoral interdit la publicité politique dans les journaux, mais autorise en même temps des partis politiques à avoir leur propre journal ! En clair, on interdit aux petits partis sans moyens de faire une page de publicité dans un journal, tout en laissant les grands partis posséder tout un journal et y faire ce qu'ils veulent.
L'époque fait que le journal n'est plus l'organe idoine pour propager sa propagande, mais plutôt les réseaux sociaux. Il se trouve que les partis y font ce qu'ils veulent à coups de pages, publications et vidéos sponsorisées, parfois plus virales que la meilleure émission de télévision.
Nabil Karoui, tout comme Sami Essid, tout comme tout un chacun, a constitutionnellement le droit de se présenter à la présidentielle et nul ne devrait avoir le droit de l'en interdire et encore moins de le déposséder de sa chaîne pour pouvoir se présenter. Or c'est ce que prévoit la nouvelle loi tunisienne héritage d'un esprit despotique pur. La même loi, pourtant, ne trouve rien à redire face à un Hachemi Hamdi, qui a bien utilisé sa chaîne TV Mustakilla, dans les élections de 2011 et 2014.
En clair, la Haica veut parler d'égalité, mais il n'y a aucune égalité dans les faits, car on réussit toujours à contourner les lois par un moyen ou un autre, à force de lobbying et d'argent sale. Et il y en a bien eu ces dernières années au cours des différentes élections.

La Haica est un outil indispensable et incontournable pour asseoir la démocratie. La défendre et la sauver est un devoir national. Mais il est impératif que les lois la régissant et régissant les domaines médiatique et politique, soient modernes et épousent leur époque, en essayant de préserver autant que faire se peut les droits des citoyens et l'égalité entre eux.
Tous les nouveaux élus européens et américains ont utilisé les réseaux sociaux pour convaincre et vaincre. Ils ont une audience supérieure à celle des télévisions et radios réunis. La Haica, tout comme le code électoral, ne peuvent pas faire l'autruche face à ces réseaux sociaux et jouer aux lions face aux médias classiques. Même ce qu'il fait est illégal, Nabil Karoui use de son plein droit constitutionnel de citoyen et c'est aux lois de s'adapter aux droits des citoyens et leurs besoins. Pour qu'une loi puisse être respectée, elle doit d'abord respecter ceux qui sont appelés à l'appliquer.


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