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Une arrière-saison mélancolique à Sidi Bou Saïd
Du côté des souks traditionnels
Publié dans La Presse de Tunisie le 18 - 11 - 2015

Toute la stratégie touristique est à revoir, déclarent les professionnels...
Morcellement des terres, raréfaction de la main-d'œuvre, eaux des nappes phréatiques de plus en plus saumâtres : la culture du piment ne manque pas de défis à relever.
Comme la saison touristique, l'arrière-saison est morose cette année sur les hauteurs de Sidi Bou Saïd, en raison essentiellement des répercussions de l'attaque contre le musée du Bardo.
A quelques kilomètres de Carthage et de la Goulette, où accostent les bateaux de croisière, Sidi Bou Saïd est le passage incontournable des visiteurs étrangers. Autrefois, on se frayait difficilement un passage pour traverser les souks en pareille période d'automne... Aujourd'hui, le village est vide. Les commerçants sont à l'affût des passants, qu'ils soient libyens, européens ou algériens.
Des touristes européens, il y en a très peu. Devant sa boutique située à l'entrée du souk, Raouf, 30 ans d'expérience, affirme que la saison touristique est «un véritable drame». Responsable d'une boutique d'artisanat, il explique que son magasin a enregistré une très nette baisse du chiffre d'affaires : «Je travaillais beaucoup avec les croisiéristes. Ce sont des clients de qualité, mais les attentats terroristes ont eu un effet qui va se prolonger jusqu'en 2016. Les bateaux Costa et MSC ont suspendu leurs passages à la Goulette. Mais ce qu'il y a de gênant aussi, à Sidi Bou Saïd, se plaint-il, ce sont les éleveurs de faucons et les femmes qui font le tatouage. Maintenant ces gens ont pignon sur rue et ils gênent les touristes».
Au Café El Alia, qui vient de changer de propriétaire, des résidents étrangers conversent avec le serveur. On parle du tourisme qui est fragile, du produit artisanal qui n'existe plus, du village qui a un peu perdu de son âme et du produit touristique tunisien qui ne répond plus aux exigences du marché international... «Les années 60 ont représenté l'âge d'or du tourisme tunisien.»
Non loin de là se trouve une boutique de tapis et de margoums : une vraie caverne d'Ali Baba. Le propriétaire est un véritable homme de terrain. Il a sa propre vision du tourisme que beaucoup partagent. Ses propos sont amers : «Dans notre pays, le tourisme est raté. Il ne suffit pas d'avoir un ministère et une administration. La preuve, les attentats ont tout fait basculer... Le tourisme, c'est les artisans, les chauffeurs de taxi, le contact direct. Le touriste ignore tout du pays tant qu'il reste collé au guide. Le tourisme, ce ne sont pas non plus les affiches qui coûtent des milliards. Il faut revoir toute notre stratégie de marketing».
Pour la gérante d'un autre magasin d'articles d'artisanat, il faut d'abord assurer la sécurité. Pour elle, le coup du Bardo a été un coup fatal. «Il y a une amélioration sur le plan sécuritaire. Il ne faut pas classer la Tunisie comme un pays à risque».


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