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Yassine Gouiaa, président de l'Organisation Nationale des Entrepreneurs (ONE), à La Presse : «Les PME face à l'inaccessibilité au financement bancaire»
Publié dans La Presse de Tunisie le 11 - 05 - 2022

Les PME, cœur battant de l'économie tunisienne et principal pourvoyeur d'emplois, suffoquent. Difficultés de trésorerie, risque de liquidités, perte de clients... Pour les petites et moyennes entreprises, c'est la descente aux enfers. A peine rétablies des répercussions désastreuses de la pandémie de Covid-19, elles subissent, par ricochet, les conséquences déplorables de la guerre russo-ukrainienne. Et face à l'inaccessibilité au financement bancaire, elles ne savent plus à quel saint se vouer. Dans cet entretien, le président de l'ONE, Yassine Gouiaa, tire la sonnette d'alarme sur des PME mises sous perfusion.
Après la crise Covid dont les répercussions se font toujours sentir, voilà qu'une nouvelle crise — cette fois-ci géopolitique — s'abat sur le monde. Les PME tunisiennes arrivent-elles à tenir le coup?
Vous savez très bien que le tissu entrepreneurial tunisien est composé de plus de 960.000 entreprises, réparties entre personnes physiques et personnes morales. Je rappelle également que l'ONE vient de tirer la sonnette d'alarme : environ 140.000 entreprises ont déclaré faillite, tandis que 460.000 autres sont menacées de faillite, car elles sont lourdement impactées par la crise sanitaire Covid-19. Cette situation s'explique par la timidité des mesures qui ont été prises par l'Etat en 2020 pour soutenir les entreprises sinistrées. Malheureusement, elles ne répondent pas aux besoins réels des entreprises tunisiennes, notamment les PME et les TPE. Vous vous rappelez très bien que l'Etat, à travers la Sotugar, a accordé une garantie sur les prêts bancaires, en faveur des entreprises touchées par la crise Covid. Les banques tunisiennes ne lui ont pas emboîté le pas et n'ont pas adhéré à cette mesure. L'accès au financement bancaire était la pierre d'achoppement à laquelle se sont heurtées les PME tunisiennes. Il faut rappeler, également, qu'on n'a pas communiqué assez sur les mesures décidées, sachant qu'à cette époque-là, seulement 12 mille entreprises se sont inscrites sur la plateforme dédiée aux entreprises sinistrées par la Covid-19. Sur ces 12.000 entreprises inscrites, 5.000 étaient éligibles au prêt garanti par l'Etat, et seulement 2.200 ont pu obtenir des crédits. Figurez-vous que seulement 0,25% du secteur privé a pu bénéficier des crédits Covid! Alors qu'on parlait de plan de sauvetage, de mesures exceptionnelles, la réalité est tout autre! Je rappelle que l'ONE était parmi les premières organisations à dénoncer la timidité des mesures annoncées. Aujourd'hui, le secteur privé a besoin de l'Etat providence, de l'intervention de l'Etat et surtout de l'implication du secteur bancaire et de la Banque centrale. On se rappelle très bien que c'était l'Etat qui a demandé aux entreprises de fermer. Et en comparaison avec les pays voisins, le soutien de l'Etat au secteur privé était très timoré. Concrètement, quel rôle ont joué les banques et les organisations nationales, comme l'Utica, pour aider les entreprises tunisiennes à faire face à la crise Covid? L'entrepreneur, les TPE et les micro-entreprises, étaient seuls face à une crise d'ampleur inégalable. D'ailleurs, ces difficultés ont constitué l'essence même de l'ONE : en l'absence de l'appui des parties prenantes, nous avons essayé de créer une synergie entre nous — entreprises en difficultés —, en nous disant que l'union fait la force. On a réussi, un tant soit peu, à faire entendre notre voix et à obtenir quelques avantages, à l'instar des crédits distribués par la BTS. On a montré que l'entreprise tunisienne n'a pas besoin de plusieurs millions de dinars pour tourner. Des fois, il s'agit de microcrédits, question de renflouer la trésorerie et de donner une bouffée d'oxygène à de petites entreprises en difficulté. Parfois, il s'agissait d'artisans qui avaient besoin de quelques milliers de dinars juste pour acheter la matière première et pouvoir redémarrer leurs activités. Après la crise russo-ukrainienne, l'inflation a grimpé en flèche et a atteint 7,5%. Et la stagflation est bien réelle. Ce phénomène a érodé le pouvoir d'achat du consommateur et les entreprises qui n'ont pas de grandes marges se trouvent désormais en difficulté. En effet, avec la détérioration du pouvoir d'achat, l'augmentation des prix et la pénurie des matières premières et l'envolée de l'inflation, la plupart des PME tunisiennes feront face à une baisse drastique de la demande et à des problèmes d'approvisionnement. Tous ces facteurs vont se répercuter sur leur compétitivité. L'ONE s'inquiète pour les PME et on se pose des questions sur les politiques publiques à mettre en place pour aider les entreprises à s'en sortir, notamment si on prend en considération l'environnement dans lequel elles évoluent (un environnement social détérioré, une instabilité politique, une économie qui pâtit de la succession des crises et des chocs externes). Cependant, si on veut voir le verre à moitié plein, on peut dire aujourd'hui qu'il y a une opportunité qui se présente à l'industrie tunisienne et au produit made in Tunisia. Les dirigeants d'entreprise n'ont qu'à se retrousser les manches et tirer avantage de cette situation. Il est vrai que l'inflation est une arme à double tranchant et qu'avec la dépréciation du dinar, le coût de l'importation va augmenter. Mais en contrepartie, les prix que nous proposons à l'exportation peuvent être très compétitifs. C'est pour cela que l'ONE encourage le tissu entrepreneurial à s'orienter vers les marchés internationaux, notamment l'Afrique.
Justement, par rapport au marché africain, il y a ce paradoxe: d'un côté il y a l'opportunité inégalable qui se présente aux PME tunisiennes grâce à l'adhésion de la Tunisie aux zones de libre-échange africaines, de l'autre, on perçoit une réticence des entrepreneurs tunisiens à franchir le pas et aller vers l'Afrique. Pourquoi?
A vrai dire, il y a un problème de communication. Il y a plusieurs grandes entreprises qui sont informées des avantages d'adhésion de la Tunisie aux zones de libre-échange et savent comment en tirer profit. Mais si on réalise une enquête auprès des PME, on va être surpris par le nombre d'entreprises qui n'en sont pas informées. Il ne faut pas oublier, non plus, que les PME viennent tout juste de sortir d'une crise de grande ampleur. Les chefs d'entreprise sont essoufflés et se demandent s'ils peuvent conquérir un nouveau marché, en l'occurrence africain. J'ai assisté à beaucoup d'événements organisés autour de thématiques, tels la Zlecaf, le Comesa et on ne voit que les grandes entreprises qui y sont invitées. Il y a un vrai problème au niveau de la communication. Notre organisation ONE axe son travail sur les régions, et on essaie d'informer les entreprises et on incite les entrepreneurs à se réunir autour des structures de l'économie sociale et solidaire pour pouvoir devenir un vrai pôle et essayer d'exporter et d'attaquer ces marchés-là. La Zlecaf et le Comesa sont des zones vers lesquelles on peut exporter sans payer de droits de douane. Il est vrai que des problèmes en matière, notamment de logistique, de transport et de conformité réglementaire avec d'autres pays africains, subsistent, mais tant qu'il y a des entreprises tunisiennes qui ont réussi à percer le marché et ont pu se frayer un chemin de succès, il faut ouvrir des débouchés pour toutes les PME. Nos produits sont compétitifs et demandés en Afrique Subsaharienne. Nous avons un savoir-faire et des avantages qui nous permettent d'avoir une longueur d'avance par rapport à d'autres pays concurrents. J'appelle ainsi les diverses structures d'appui, à l'instar du Cepex, à communiquer davantage sur le sujet et informer toutes les PME et les TPE des opportunités offertes par le marché africain.
Les mesures de soutien aux PME, récemment annoncées, contribueront-elles à aider les entreprises à surmonter leurs difficultés financières ?
Il faut d'abord préciser que plusieurs entreprises tunisiennes sont menacées par le risque de liquidités. La plupart des PME sont classées banque centrale (c'est-à-dire classées 4 ou 5 selon la définition de classes de risque de la Banque Centrale de Tunisie), et ce, à la suite d'un incident de paiement. Ce qui veut dire que l'entreprise est systématiquement interdite bancaire et ne peut jamais avoir des crédits. Aujourd'hui, quand on parle de sommes considérables qui seront injectées pour assurer la relance économique, malheureusement, on parle de montants qui seront redistribués aux grandes entreprises structurées, alors que les entreprises sinistrées par la Covid ne peuvent pas en profiter. Nous appelons le Président de la République à intervenir afin de trouver une solution pour les entreprises classées qui ne peuvent pas accéder au système bancaire et qui se chiffrent en centaines de milliers. Aujourd'hui, les entreprises qui veulent se montrer résilientes peinent à tenir le coup et à mettre debout leurs projets. Leur volonté d'aller de l'avant est contrecarrée par une vision étriquée. Les réglementations ne sont pas en phase avec la réalité des entreprises tunisiennes. Et là, je ne parle même pas des chefs d'entreprise qui sont interdits de chéquier. Aujourd'hui, les personnes victimes de chèques rejetés constituent le tiers de la population carcérale. Donc aujourd'hui, il ne s'agit pas d'injecter des millions de dinars pour aider les entreprises. La question qui se pose : qui va en bénéficier ? Ce sont les grandes entreprises qui vont en profiter et les PME et les TPE qui constituent 93% du tissu entrepreneurial en Tunisie seront, encore une fois, laissées pour compte.
Là, on peut se poser la question sur la responsabilité qui incombe à la PME tunisienne qui, par manque de transparence et faute de modernisation, n'adhère pas au marché financier et ne peut donc accéder à d'autres types de financement ?
Bien au contraire. Aujourd'hui, avec les mesures exigées par le RNE et le ministère des Finances, la PME ne peut être que transparente. La modernisation et la digitalisation de l'administration ne peuvent que renforcer la transparence des PME tunisiennes. Les entreprises, qui ont su tenir tête à la pandémie, sont des entreprises transparentes, notamment vis-à-vis du fisc. Juste à titre d'exemple, je rappelle que l'accès au prêt garanti par l'Etat était conditionné par des critères d'éligibilité, y compris l'acquittement de l'impôt, le paiement de la cotisation patronale... etc. Des milliers d'entreprises étaient éligibles et pourtant, elles n'ont pas pu obtenir des crédits. L'ONE dispose d'une base de données comportant plus de 3.325 PME qui répondent à toutes les conditions exigées par l'Etat, mais qui n'ont bénéficié d'aucun soutien financier. Leur seul péché est le fait qu'elles sont classées (4 ou 5) par la Banque centrale. Heureusement, il existe ce qu'on appelle le financement alternatif, notamment auprès des bailleurs de fonds. D'ailleurs, l'ONE encourage les PME à s'orienter davantage vers des structures d'accompagnement autres que les banques, telles que les Sicar, les Sicav, les bailleurs de fonds, les fonds d'investissement... sans oublier les structures d'appui aux startup grâce auxquelles les startup tunisiennes avancent d'un pas décidé.
L'accès au financement demeure la pierre d'achoppement à laquelle se heurtent les PME tunisiennes. Quelles solutions préconisez-vous pour venir à bout de ce problème?
Je pense qu'il faut avant tout repenser le financement bancaire et son fonctionnement à l'égard du secteur privé. Prenons l'exemple des pays voisins, tels que le Maroc ou l'Algérie, les banques financent la création d'entreprises, rien qu'en présentant un simple Business Plan. Aujourd'hui, en Tunisie, les banques exigent des garanties réelles, ce qui reflète l'absence de la notion de coopération entre la banque et l'entrepreneur. D'ailleurs, c'est la raison pour laquelle on appelle à renoncer à l'idée de privatisation des banques publiques parce que ce sont les seules banques (BH, BNA, BTS) qui viennent en aide aux PME et les aident à faire face à la crise Covid. Il faut également souligner qu'au cours des deux dernières années, une crise de confiance s'est installée entre l'entrepreneur et la banque tunisienne. Nous sommes presque 1 million d'entreprises en Tunisie. La balle est dans le camp du secteur bancaire et c'est à lui de revoir tous les mécanismes. Par ailleurs, on a constaté une grande volonté de la part des chefs d'entreprise d'aller de l'avant malgré le contexte très difficile. Plusieurs entreprises ont périclité, mais celles qui ont tenu le coup sont celles qui sont dirigées par des bosseurs et qui peuvent réellement créer la richesse et générer de l'emploi. Il faut préserver ces entreprises-là parce qu'elles sont la véritable richesse de la Tunisie.


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