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Kiosque International
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 07 - 2016


Turquie: Erdogan derrière le coup d'Etat ?
La riposte du président turc après le putsch avorté en Turquie est d'une telle envergure qu'elle sème le doute : et si Recep Tayyip Erdogan avait monté un faux coup d'Etat pour faire le ménage parmi ses opposants ?
Depuis le dimanche 17 juillet, à la suite de l'échec du putsch mené par une partie de l'armée en Turquie, Recep Tayyip Erdogan a lancé une vaste opération pour reprendre en main le pays. Selon le quotidien algérien El-Watan, les deux jours qui ont suivi le coup d'Etat ont vu 6 000 arrestations dans l'armée, 104 putschistes tués et 2 745 juges démis de leurs fonctions. Le gouvernement a également annoncé un possible rétablissement de la peine de mort, abolie en 2004.
Pour le site basé à Washington Al-Monitor, ces mesures suscitent le doute. "La rapidité et l'envergure de l'action de l'exécutif sont remarquables. Cela donne l'impression que le gouvernement et Erdogan s'étaient préparés à une tentative de coup d'Etat." Un soupçon renforcé par l'impression d'impréparation de ce coup d'Etat manqué, souligne de son côté L'Orient Le Jour, à Beyrouth, pour qui c'est un "coup d'Etat au caractère étrangement amateur, qui a éveillé des soupçons au sein de la société civile".
Le site Al-Monitor revient sur la mise en place du putsch: « Faire un coup d'Etat est assez simple. Tout d'abord, vous vous emparez du chef, puis des médias, puis vous exposez le chef humilié dans les médias. Au lieu de cela, ils ont décidé de faire ce coup d'Etat alors qu'Erdogan était en vacances... Les putschistes ont demandé aux gens de rentrer chez eux, alors qu'Erdogan demandait aux gens de sortir dans les rues. Ceux qui étaient favorables au coup d'Etat sont donc restés chez eux, alors que les soutiens d'Erdogan étaient dans les rues. »
(...) Pour Kapitalis, cette tentative de putsch pourrait bien être en réalité une "mise en scène soigneusement orchestrée". Il n'est "pas saugrenu" de penser que "le désordre a été organisé" par le président "pour conforter son pouvoir absolu", explique le site tunisien. Une stratégie "dans la droite ligne de l'enseignement du Prince" de Machiavel, philosophe italien qui a théorisé l'art de gouverner et qui "conseille la simulation, y compris du complot, pour se débarrasser de ses ennemis". Machiavel préconise même, si nécessaire, d'utiliser la répression, mais de le faire d'un seul coup, pour ne pas avoir à recommencer, ajoute Kapitalis. Avant de conclure : "Au creux des apparences d'aujourd'hui, le secret du visible [s'offre] à nos yeux."
Une thèse balayée par plusieurs journaux turcs, à l'image du quotidien Hürriyet, pour qui cette explication "n'est pas convaincante car elle ne tient pas compte des incertitudes inhérentes à une telle opération dans la mesure où la réaction d'officiers qui n'auraient pas été tenus au courant du projet aurait été trop imprévisible". De son côté, le journal Habertürk estime qu'"il ne faut pas oublier que ce coup d'Etat ne visait pas seulement le gouvernement AKP et le président Erdogan, mais la classe politique dans son ensemble. Il est donc nécessaire que l'opposition assume son rôle et rappelle cela au gouvernement afin de freiner la vague autoritaire qui se manifestera après cette tentative de putsch."
Quoi qu'il en soit, reste que ces interrogations sont légitimes, affirme pourtant Al-Monitor : "Tant qu'il y aura plus de questions que de réponses convaincantes, il ne faudra pas s'étonner du grand nombre de théories conspirationnistes."
Kenza Safi-Eddine (Courrier international)
Le coup d'Etat en Turquie a bien réussi
Comme on l'annonce partout, hier (vendredi) la Turquie a vécu un coup d'Etat. Comme on l'annonce; le coup d'Etat a avorté et l'ordre constitutionnel est revenu. La réalité est peut-être toute autre et Erdogan avance dans son projet de modification constitutionnelle en sa faveur.
Après observation des événements survenus en Turquie hier (vendredi) soir 15 juillet et les avoir recoupés avec des informations glanées ici et là, je vous soumets quelques éléments d'analyse à chaud et une conclusion qui en découle :
Le coup d'Etat a été très court – factuellement moins de 6 heures.
Durant le coup d'Etat, aucun responsable politique du régime d'Erdogan ni aucun chef de la police n'a été arrêté par les putschistes. Seul a été arrêté le commandant en chef de l'armée.
Un seul coup (missile lancé d'un avion) a été tiré sur le lieu supposé où se serait trouvé Erdogan.
Les chars n'étaient pas appuyés par une infanterie conséquente et de facto ne représentent presque aucune menace en ville.
Les militaires ont peu de pertes (2 morts apparemment de leur côté – 47 du côté des forces spéciales). Ils ont globalement très peu combattu et se sont rendus très vite.
La « population » est descendue dans la rue spontanément en pleine nuit pour défendre le régime.
Depuis trois jours, les ambassades de France, des Etats-Unis, du Royaume-Uni sont fermées ou au ralenti. Sans que cela ait été justifié.
Déjà dans la nuit, la police – fidèle au régime – arrêtait des militaires (près de 3.000 pour le moment). 5 généraux d'importance et 29 officiers supérieurs qui comptent ont également été arrêtés.
A 15h aujourd'hui (samedi), les divers responsables des partis politiques de Turquie passeront les uns à la suite des autres pour dénoncer le coup d'Etat et appuyer Erdogan et la «démocratie». Toute contestation ou formulation de doute à ce moment sera bien entendu très dangereuse (Erdogan a plusieurs fois été près de lever l'immunité parlementaire des députés, en particulier ceux du HDP).
Bref...c'est un coup d'Etat mal préparé et frappé d'amateurisme.
La base en ce domaine est de décapiter la tête du régime que l'on veut renverser. En général, avant de sortir les chars et les avions (et de se faire repérer), avec les conjurés les plus fidèles, les putschistes tentent d'arrêter un maximum de ministres, de décideurs, de commandants militaires et de police que l'on sait fidèles au régime.
Depuis ce matin, les communiqués de soutien pleuvent du monde entier en appui à Erdogan : «la démocratie est sauvée», préservation de l'ordre constitutionnel », « le chaos est évité dans la région », etc.
Mon analyse à chaud est que tout cela profite à Erdogan :
Il élimine la tête d'une armée traditionnellement kémaliste, qui ne lui est pas acquise et qui a laissé paraître cette année des velléités d'autonomie par rapport au régime en particulier depuis l'affaiblissement d'Erdogan sur la scène internationale.
Il met au pas l'opposition interne dans un contexte de vives tensions intérieurs (sociales, économiques, politiques et même de guerre civile avec les Kurdes).
Il redore son blason au niveau international et s'offre à bon compte une image de défenseur de la démocratie (c'est mieux que celle de dictateur en herbe, d'associé de Daesh ou d'instigateur d'une guerre civile avec les Kurdes).
En conclusion, pour ma part il s'agit d'un faux coup d'Etat orchestré par Erdogan, l'AKP et les durs du régime.
Cela lui permettra de relancer son projet de modification constitutionnelle telle qu'il le rêve depuis longtemps mais ne parvient pas à réaliser en raison des résultats électoraux du HDP lors des deux scrutins législatifs.
Avoir relancé la guerre civile avec les Kurdes depuis l'attentat de Suruc n'aura pas suffi. Erdogan devrait maintenant pouvoir faire suffisamment pression et trouver le nombre de voix manquantes à son projet tout en continuant sa guerre contre les Kurdes au risque de déstabiliser encore un peu plus la région.
En fait, un putsch a bien eu lieu hier en Turquie... et il a réussi.
Djordje Kuzmanovic (Mediapart)
Le mouvement Gülen, une énigme turque
Ses membres l'appellent Hizmet (« le Service ») ; les médias turcs, Cemaat (« la Communauté »). Vaste et puissant groupe social à base religieuse, le mouvement Gülen a été fondé dans les années 1970 par M. Fethullah Gülen, un important penseur mystique de tradition soufie qui réside aux Etats-Unis, où il est connu et apprécié. En 2008, il figurait parmi les « intellectuels les plus influents du monde » désignés par la revue américaine Foreign Policy.
En Turquie, l'opinion est divisée sur la nature et les objectifs du mouvement. Ses partisans le glorifient autant que ses adversaires le diabolisent. Il est vrai qu'il reste très discret sur son fonctionnement, ce qui peut résulter d'une stratégie délibérée, mais s'explique aussi par d'autres facteurs. Dès sa création, il a été réprimé par l'Etat kémaliste, en particulier par l'armée, et M. Gülen a dû s'installer aux Etats-Unis en 1999 pour éviter la prison. Par ailleurs, il est constitué d'un ensemble de réseaux décentralisés et transnationaux, sans structure hiérarchique. C'est la pensée de M. Gülen, exposée dans ses livres et dans ses rares déclarations publiques ou entretiens, qui lie et inspire ses membres. On a souvent comparé les gülénistes aux jésuites, avec lesquels ils entretiennent d'excellentes relations, mais aussi aux missionnaires protestants, à l'Opus Dei, voire aux francs-maçons.
Sont-ils seulement un acteur de la société ? Le mouvement Gülen relève-t-il de la « religion civile » (civil religion), concept utilisé par la sociologie américaine pour désigner des mouvements à base religieuse se consacrant à des activités séculières au sein de la société ? Ou poursuit-il aussi un dessein caché ? Bien qu'il n'ait pas d'activités politiques directes, du fait de sa puissance et de ses moyens financiers, il exerce une influence réelle, essentiellement pour défendre ses intérêts. (...)
Recep Tayyip Erdogan, dont M. Gülen fut l'allié entre 2002 et 2011, s'est servi sans réserve de cette influence : il a utilisé des magistrats et des policiers gülénistes pour mettre fin à la tutelle militaire sur la vie politique — avant d'accuser le mouvement, lorsque la crise a éclaté, fin décembre 2013, de s'être infiltré dans la justice et la police. Face à ces attaques, certains réseaux gülénistes se sont jetés dans la mêlée, au risque de mettre en péril l'image spiritualiste de leur chef. Ces deux épisodes montrent bien le pouvoir de l'organisation. Après avoir efficacement contribué à expulser de la scène son adversaire historique, l'armée, elle, a fortement déstabilisé l'homme fort du pays, M. Erdogan : ce sont des magistrats proches d'elle qui ont engagé les poursuites judiciaires sur les cas de corruption au sommet du pouvoir.
Mais le mouvement est aussi intervenu dans le débat sur la démocratie en Turquie, et en particulier sur la nouvelle Constitution. Contrairement à M. Erdogan (...) M. Gülen défend le régime parlementaire actuel, mais prône une séparation des pouvoirs plus stricte. Selon des estimations récentes, le mouvement, qui donne la priorité à l'éducation — « l'école avant la mosquée », aime à répéter M. Gülen —, dispose de deux mille établissements éducatifs, essentiellement des lycées de très bon niveau, dans cent quarante pays. Il organise des plates-formes, comme la « plate-forme de Paris », qui propose des rencontres et des débats consacrés au dialogue entre les religions et les cultures ou à des questions sociales (emploi, discriminations, pauvreté), et développe des activités charitables. Ses ressources sont estimées à 50 milliards de dollars. Une partie importante de ses fonds provient de la « nouvelle bourgeoisie islamique », ces entrepreneurs conservateurs et pieux d'Anatolie. Montés en puissance depuis les années 1980, ils apprécient la modernité des idées de M. Gülen, qui propose d'allier l'éthique musulmane et l'économie de marché à un islam ouvert au temps présent et au monde. Sa doctrine vise à concilier l'observation stricte de la religion avec une action sociale sécularisée, tout en s'opposant à leur fusion, contrairement aux préconisations de l'islam politique. Que ce soit au sein de la société turque, en Afrique, au Proche-Orient, en Asie centrale ou dans les Balkans, l'influence de cette pensée est considérable au sein des populations musulmanes qui souhaitent un islam réconcilié avec la modernité. Elle se diffuse à travers les médias du mouvement : Zaman (« Le Temps »), premier quotidien turc (un million d'exemplaires) ayant des éditions en anglais (Today's Zaman) et en français (Zaman France, sur Internet), mais aussi des sites dans de nombreuses langues et des chaînes de télévision, comme Samanyolu (« La voie lactée »). Les réseaux gülénistes transnationaux représentent d'ailleurs un atout pour la diplomatie et les exportations turques. Conformément à sa pensée, qui exclut le mélange du religieux et du politique, M. Gülen n'a jamais varié dans sa défense de la démocratie, ni dans son opposition déterminée à l'islam politique turc et à son idéologie de la « vision nationale » (millî görüs) : une synthèse d'un islam ritualiste, proche de l'Etat et du nationalisme turc, dont le fondateur fut Necmettin Erbakan, Premier ministre en 1996-1997. La pensée gülénienne n'est toutefois pas dépourvue d'un certain « turquisme », probablement lié au fait que son message s'inscrit dans le soufisme turc. Ainsi, bien qu'il s'affirme favorable à la paix, le mouvement s'est montré réticent à l'annonce des négociations entamées par M. Erdogan avec le chef historique des Kurdes de Turquie, M. Abdullah Öcalan. Entre 2002 et 2011, M. Gülen a soutenu le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP) parce que ses dirigeants, bien qu'issus de l'islam politique, se présentaient comme « conservateurs-démocrates » : une définition conforme à sa vision. De plus, les statuts de l'AKP ne comportent aucune référence à l'islam. La coopération entre ces deux puissants acteurs, l'un politique, l'autre social, a joué un rôle important dans la transformation du pays et dans sa montée en puissance économique et diplomatique. Ensemble, ils ont réussi à évincer l'armée. Mais, à partir de 2010, M. Gülen a commencé à critiquer publiquement les choix de M. Erdogan, tant sur le plan intérieur que diplomatique — il a notamment contesté son discours de plus en plus virulent contre Israël. Il a pris encore davantage de distance après le tournant autoritaire et islamisant du Premier ministre (Erdogan), en 2011. Les relations se sont ainsi tendues jusqu'à la rupture, fin 2013. (...)
Le mouvement Gülen est-il un danger ou un atout pour la démocratie et la société turques ? Aussi longtemps que se maintiendra l'ascendant de la pensée et de la personnalité de M. Gülen, on penchera pour la seconde hypothèse. En revanche, la disparition de ce septuagénaire à la santé fragile pourrait changer la donne. Au sein de la société, il n'existe pas actuellement de mouvement social de gauche assez fort pour faire contrepoids aux gülénistes, ni d'ailleurs de parti de gauche capable de s'opposer à l'hégémonie de l'AKP ou à celle qu'un mouvement post-Gülen pourrait éventuellement tenter d'imposer dans le domaine politique.
Ali Kazancigil (Le Monde diplomatique)
Sans pitié
Recep Tayyip Erdogan a écrasé haut la main le coup d'Etat fomenté par une frange minoritaire de l'armée turque, réaffirmant son emprise et son pouvoir sur un pays clé dans la région. Contrairement à ce qu'il cherchait à afficher, le sultan ne tenait pas l'appareil d'Etat autant qu'on le pensait. Le plus difficile est donc à venir : cette faille apparue au grand jour pourrait déstabiliser la société turque et les relations d'Ankara avec ses partenaires. En interne, l'orgueil blessé du Président risque de se traduire par des règlements de comptes sanglants. Ses propos, dimanche, évoquant le «virus» qui «comme un cancer, s'est propagé à tout l'Etat» montrent que l'homme sera sans pitié et sa vengeance terrible : l'armée et la justice, les deux institutions qui ont fourni le plus de putschistes, vont être éviscérées. Sachant que le pouvoir de l'armée a déjà été fragilisé par quinze ans d'AKP au pouvoir, que va-t-il en rester alors que le rôle des militaires est plus important que jamais dans une région livrée à la guerre, ou plutôt aux guerres ? Les alliés d'Ankara ont beau envoyer des messages qui sont autant de mises en garde, Erdogan n'en a que faire. C'est là le drame. Le président turc était déjà enclin à la dérive autoritaire, il va l'être plus que jamais, accusant tous ceux qui oseront le critiquer de vouloir sa perte. Or, son rôle est crucial dans le monde en furie de 2016, notamment dans la guerre qui oppose la coalition internationale à l'Etat islamique en Syrie et en Irak, deux pays voisins. Dans ce contexte, la tension croissante entre Ankara et Washington, accusé d'abriter l'instigateur du coup d'Etat voire de l'avoir couvert, est préoccupante. Surtout quand, dans le même temps, Vladimir Poutine profite de l'occasion pour se rapprocher encore d'Erdogan. Il est vrai que le tsar russe n'est pas homme à s'émouvoir de quelques purges.
Alexandra Schwartzbrod (Libération)


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