Les exportations tunisiennes sur le marché libyen ont enregistré, en janvier et février 2011, un recul de 22,5%. En valeur, ces exportations ont été évaluées, au cours de ces deux mois, à plus de 115 millions de dinars (MD) contre 149 MD par rapport à la même période de 2010, soit une baisse de 34 MD. Cette régression est due, selon M. Naceur Oueslati, directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce et du Tourisme, à une baisse estimée à 85 MD des exportations d'un groupe de produits dont, notamment, le ciment (11 MD) et les constructions métalliques(9 MD) et à une hausse estimée à 51 MD des exportations d'un autre groupe de produits dont notamment les fromages. Premier partenaire économique arabe et africain de la Tunisie et cinquième client du pays au niveau international, la Libye a toujours son poids dans l'économie tunisienne. Au-delà de l'économique, les liens entre la Tunisie et la Libye revêtent une dimension sociale bien ancrée. La Libye, devenue première destination des Tunisiens, abrite une colonie tunisienne de 60.000 ressortissants. En 2010, les échanges entre les deux pays ont atteint une valeur de 1500 millions de dinars, soit un taux de 2,6% du total des échanges de la Tunisie avec l'extérieur dont 4,5% d'exportations (1100 MD). Les importations tunisiennes de la Libye sont évaluées, elles, à 400 MD (1,3% des échanges de la Tunisie avec l'extérieur) dont principalement le pétrole brut. Selon M.Naceur Oueslati, le niveau des échanges tuniso-libyens, lesquels ont maintenu le même rythme depuis 5 ou 6 années, a pour la première fois baissé en fin février suite à la révolution du 14 janvier et à l'évolution des évènements survenus en Libye. Pour sa part, M. Ali Dhaouadi, président de la Chambre de commerce tunisio-libyenne, estime que la régression du rythme des exportations sur le marché libyen "n'est pas aussi catastrophique"."Elle pose, pourtant, problème aux entreprises tunisiennes dont une partie de leurs productions est destinée, exclusivement, au marché libyen", admet-il. Le président de la chambre a affirmé que la relation entre la Tunisie et la Libye "est une relation diversifiée (échanges commerciaux, touristiques et immigration) et équilibrée dans les deux sens". "Cette relation revêt une grande dimension sociale", a-t-il dit, relevant que le nombre des entreprises tunisiennes exportatrices vers la Libye, dont la majorité sont des PME familiales, "dépasse les statistiques officielles avancées par le ministère du Commerce et du Tourisme passant de 600 à 1.200 entreprises". La situation actuelle en Libye a engendré, constate-t-il, "un arrêt total" des activités de certaines entreprises, cependant d'autres sociétés opérant dans le domaine de l'exportation des produits de base (laits, pâtes, tomates) poursuivent leurs activités, "mais à un rythme ralenti, étant donné que la Tunisie demeure un portail stratégique pour l'approvisionnement du marché libyen". Dans la perspective d'aider les 600 entreprises exportatrices sur le marché libyen à surmonter ces difficultés conjoncturelles, M. Naceur Oueslati a relevé que le ministère du Commerce et du Tourisme vient de repérer une première liste de 80 entreprises qui "nécessitent une intervention de la part des autorités compétentes". A cet effet, un rééchelonnement de leurs dettes auprès des banques ou un report du paiement de leurs contributions à la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss) sont des solutions prévues pour alléger le poids des dégâts pour ces entreprises. Il s'agit, essentiellement, des entreprises dont les exportations représentent 50% du total des exportations tunisiennes sur le marché libyen et dont 50% de leurs chiffre d'affaires provient des exportations sur ce même marché, a précisé M. Oueslati. Parmi ces entreprises, les plus touchées, selon M. Ali Dhaouadi, sont celles opérant dans le secteur des services et les travaux publics, faisant remarquer que celles-ci, contraintes d'arrêter leurs travaux en Libye, trouvent des difficultés à rembourser leurs dettes auprès des banques, d'autant plus qu'elles sont obligées à payer une pré-garantie estimée à 15% du montant total exigé par le contrat de l'appel d'offres. En dépit de ces difficultés, le responsable ne cède pas au pessimisme. "Il s'agit d'une interruption (des travaux) exigée par la situation sécuritaire en Libye et non pas une "perte" des marchés pour les entreprises tunisiennes", a-t-il rassuré, se félicitant de la volonté et de la disposition des frères libyens à protéger les équipements et le matériel appartenant aux promoteurs tunisiens sur les sites des travaux en Libye. A moyen et à long termes, les promoteurs tunisiens sont unanimes pour souligner l'enjeu de conquérir de nouveaux marchés, l'objectif étant de trouver des alternatives pour l'écoulement des produits tunisiens et d'alléger le poids des dégâts causés par les évènements survenus en Libye. Depuis deux semaines, le Cepex a procédé à la création d'une cellule d'appui aux entreprises tunisiennes exportatrices sur le marché libyen. Selon M. Habib Hammami, directeur de la représentation du Cepex à Tripoli, cette structure a pour objectif d'orienter ces entreprises et de les informer des conditions d'exportation sur le marché libyen à l'heure actuelle.