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Le voile féminin avant l'Islam
Publié dans La Presse de Tunisie le 09 - 11 - 2011


Par Rafik BEN HASSINE
«Le Coran est le continuateur de la Torah et de l'Evangile. Quand les femmes musulmanes sortaient le soir, elles se faisaient importuner. Si une femme musulmane pense que sa relation à Dieu passe par le port du foulard, il faut le respecter; mais si elle ne veut pas, il faut aussi l'accepter. Est-ce une recommandation, une obligation ? Le port du voile tient plus de la tradition que d'un acte de foi. Le voile n'est pas une nécessité absolue. Sur le parvis de la Mecque, les femmes de basse extraction sont seins à l'air et cheveux au vent. Elles se pavanent. Les autres ont des tenues héritées du temps des Assyriens». Ghaleb Bencheikh, philosophe et théologien, fils du Cheikh Abbas Bencheikh, ancien recteur de la Grande mosquée de Paris, et frère de Soheïb Bencheikh, ancien mufti de Marseille, animateur de l'émission Islam, sur France 2, le dimanche matin.
La dénomination «voile islamique» suggère explicitement que le port du voile est une prescription de la religion musulmane, alors que, d'une part, il ne semble pas s'imposer dans toutes les communautés musulmanes, et que, d'autre part, il a existé et il existe encore dans des communautés non musulmanes. Le voile féminin a une longue histoire qui date de plusieurs millénaires avant l'Islam.
La première preuve textuelle du port du voile vient de la Mésopotamie, où le culte de la déesse Ishtar était associé à la prostitution sacrée. Ishtar est représentée voilée. Dans un hymne, l'Exaltation d'Inanna (nom sumérien donné à Ishtar), écrit vers 2300 avant J.C. par le grand prêtre du dieu de la Lune à Ur, cette déesse est appelée hiérodule (prostituée sacrée) d'An, An étant le plus ancien dieu des Sumériens.
Le premier document légal qui mentionne les prostituées sacrées, ou hiérodules, est le code d'Hammourabi, qui date de 1730 av J.C. Le code mentionne les fonctionnaires du culte.
A Sumer, la hiérodule à la tête des servantes du culte est appelée l'épouse ou la sœur du dieu. Elle avait sa maison attitrée et elle était protégée contre les atteintes aux mœurs de la même manière que les femmes mariées, en se couvrant d'un voile. Par la prostitution sacrée, la puissance de la fertilité de la déesse est transférée au roi. Celui-ci était regardé en Mésopotamie comme garant de la fertilité du pays et de son peuple, et en général, de la prospérité et du bien-être du royaume. Chaque année au nouvel an, le souverain était tenu «d'épouser» l'une des prêtresses d'Inanna, afin d'assurer la fertilité des terres et la fécondité des femelles.
Chez les anciens sémites, ancêtres de Cananéens, des Phéniciens, des Arabes et des Hébreux, des milliers d'années avant l'Islam, on avait déjà imposé le voile aux femmes pour se couvrir les cheveux. En effet, les anciens sémites considéraient la chevelure de la femme comme le reflet de la toison du pubis.
Si le voile des courtisanes et des danseuses est attesté au Proche-Orient ancien, il est cependant principalement un attribut de l'épousée et, à certaines époques, de la femme mariée. La documentation du IIe millénaire av. J.C. montre que dans les familles royales syriennes du XVIIe s. avant J.C., il est d'usage de poser un voile sur la tête de la «fiancée». La même pratique est décrite à Emar (une cité mésopotamienne située sur la rive de l'Euphrate dans le nord-ouest de l'actuelle Syrie), dans le rituel d'installation de la grande prêtresse au temple de Ba'al, dieu phénicien, qui constitue symboliquement un mariage avec la divinité : la femme sort de chez elle et «on couvre sa tête comme une épousée avec une écharpe bariolée provenant de la maison de son père» (D. Arnaud, recherches au pays d'Astata Emar VI. 3, 369 I.63-64).
Dans la seconde moitié du IIe millénaire, le voile devient, en Assyrie, un signe distinctif des femmes mariées et plus largement des femmes honorables. Le paragraphe 40 des lois assyriennes décrit longuement les femmes qui peuvent se voiler en public (épouses, veuves, Assyriennes, filles de famille, concubines accompagnant leur maîtresse et prétresses-qadistu mariées), et celles auxquelles ce privilège est interdit (célibataires, prostituées, esclaves). Le port du voile est un devoir pour les premières mais non une obligation : aucune sanction n'est prévue contre elles si elles sortent nu-tête ; au contraire, les secondes sont punies de peines corporelles (bastonnade, essorillement c'est-à-dire action de leur couper les oreilles) et humiliantes (effusion de poix sur la tête de la prostituée). La non-dénonciation du port illicite du voile est passible de châtiments corporels semblables.
Le voile est ainsi, au moins dans les «statuts urbains» d'Assour, l'expression d'une discrimination juridique qui sert de base à un discours moralisant.
Le voile dans la tradition juive
La tradition du voile s'observe aussi dans la Bible, comme en témoigne l'histoire de Rébecca (Genèse 24), qui, mariée à distance à Isaac par un serviteur d'Abraham mandaté pour cela, se couvre de son voile dès qu'elle aperçoit son mari. La tradition juive a longtemps considéré qu'une femme devait se couvrir les cheveux en signe de modestie devant les hommes.
Selon Dr Menahem M. Brayer (professeur de littéra-ture biblique à l'université Yeshiva de New York) dans son livre «The Jewish woman in Rabbinic literature» plusieurs siècles avant J.C., les femmes juives avaient pour habitude de sortir en public avec une couverture sur la tête et, souvent, ne laissaient paraître qu'un œil libre pour pouvoir marcher dans la rue. Il rapporte quelques citations d'anciens rabbins réputés, «ce n'est pas bien pour les filles d'Israël de sortir avec les têtes dévoilées» et «Maudit soit l'homme qui laisse les cheveux de son épouse être vus, une femme qui expose ses cheveux apporte la pauvreté».
La loi rabbinique interdit la récitation de bénédictions ou les prières en présence d'une femme mariée tête nue ; car le dévoilement des cheveux de la femme est assimilé à la nudité. Aujourd'hui, la plupart des femmes juives pieuses ne se couvrent pas les cheveux, sauf dans la synagogue. Chez les intégristes juifs, comme la secte hassidique, les femmes continuent à se voiler les cheveux ou à porter une perruque pour cacher leurs cheveux.
Le voile dans la tradition chrétienne
Chez les chrétiens, c'est Saint Paul qui, le premier, a imposé le voile aux femmes. Dans l'épître aux Corinthiens, il écrit : «Toute femme qui prie ou parle sous l'inspiration de Dieu sans voile sur la tête commet une faute comme si elle avait la tête rasée. Si donc une femme ne porte pas de voile, qu'elle se tonde ou plutôt qu'elle mette un voile, puisque c'est une faute pour une femme d'avoir les cheveux tondus ou rasés… L'homme ne doit pas se voiler la tête, il est l'image et la gloire de Dieu mais la femme est la gloire de l'homme car ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. Voilà pourquoi la femme doit porter la marque de sa dépendance».
Saint Tertullien, dans son traité réputé «Sur le fait de Voiler de Vierges», a écrit : «Jeunes femmes, vous portez vos voiles dans les rues, donc vous devriez les porter dans l'église, vous les portez quand vous êtes parmi les étrangers, portez-les aussi parmi vos frères». Dans le droit canon de l'église catholique aujourd'hui, il y a une loi qui exige des femmes de couvrir leurs têtes dans l'église. La raison pour le voile, pour les chefs de l'église, est que «la couverture de la tête est un symbole de la soumission de la femme à l'homme et à Dieu» : la même logique présentée par Saint Paul dans le Nouveau Testament.
Certaines sectes chrétiennes, comme les Amish et les Mennonites, gardent leurs femmes voilées de nos jours.
Conclusion. Il apparaît donc clairement que, dans les traditions sémitiques et moyen-orientales archaïques, le voile avait pour but de signifier l'appartenance et la soumission de la femme à l'homme : en premier lieu le mari (si elle est mariée), sinon à son père, son frère, voire à son oncle (si les autres sont décédés). De tout temps et en tout lieu, les sectes intégristes perpétuent cette tradition archaïque, qui n'a rien de spécifiquement arabo-islamique.
«Ce qui fut sera. Ce qui s'est fait se refera. Et il n'y a rien de nouveau sous le soleil», disaient les anciens.


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