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Parcours inachevé d'un hôtelier
Djerba — Tourisme
Publié dans La Presse de Tunisie le 23 - 03 - 2012

A l'heure où le taux de chômage atteint des niveaux de plus en plus élevés, avec près d'un million de demandeurs d'emploi, l'appareil économique se voit saigner à blanc. Le volume d'investissement se rétrécit, alors que certains hommes d'affaires s'animent d'une volonté fervente à s'implanter quelque part pour booster la machine du développement régional. Toutefois, il existe encore beaucoup d'autres qui tentent de leur couper l'herbe sous le pied. En matière de tourisme, cela est bien évident. M. Ali Meftah, hôtelier à Djerba, est l'une des victimes des apôtres du régime déchu et de leurs desseins malintentionnés. Aujourd'hui, en cette ère révolutionnaire, il l'est encore. Son projet touristique qui traîne depuis une dizaine d'années fait sentir un goût d'inachevé. Portrait.
Qu'en est-il au juste ? L'homme de formation touristique très poussée s'est adonné au métier jusqu'au zénith. Originaire de Hajeb Laâyoun, à Kairouan, il a bénéficié d'une bourse d'études à l'étranger pour rejoindre, au début des années 60, l'Institut supérieur du Tourisme en Suisse où il a décroché son diplôme avec excellence. Il s'était déplacé, par la suite, à Londres pour apprendre la langue anglaise, mais aussi pour acquérir une expérience en matière de tourisme et de techniques hôtelières. Sept ans d'apprentissage et d'exercice professionnel, Ali Meftah avait, enfin, regagné la Tunisie pour commencer à grimper sur l'échelle du métier, à travers son intégration au sein de l'Office national du tourisme tunisien (Ontt). Bien qu'il soit passionné d'enseignement, l'homme s'est retrouvé beaucoup plus intéressé par la profession, ce qui lui avait permis, à l'époque, de concilier les deux en même temps, puisqu'il a été désigné en tant que formateur à l'institut du tourisme à Monastir, puis nommé à la tête de l'école pilote de formation touristique à Nabeul. Il a également géré, pendant huit ans, de grands restaurants universitaires à Tripoli et à Benghazi. «Des étapes marquantes de ma vie qui n'ont pas manqué de forger ma personnalité et développer mon profil professionnel», révèle-t-il. Et depuis, M. Meftah, le jeune qui avait tant rêvé de voir son propre royaume touristique devenir une réalité palpable, continuait de se surpasser et de persévérer, sans relâche. Il avait la tête pleine d'idées et de projets. Mais il fallait s'attendre à ce que les choses prennent forme.
Depuis son retour de Libye, en 1984, il s'est lancé dans le vif du sujet, en dirigeant un groupe d'unités hôtelières en Tunisie, notamment à Djerba. «A l'époque, le tourisme tunisien avançait à pas de fourmi. C'était une filière encore émergente en cours d'exploitation», dit-il, soulignant que le tourisme balnéaire était, ainsi, en vogue, faisant de nos côtes et du soleil une destination privilégiée. Mais, quoiqu'elle eût fleuri réellement sur le bord des plages, l'activité touristique se résume, jusqu'à nos jours, à un menu de services rudimentaires usurpé par le temps qui coule. Au début des années 90, la porte était grande ouverte à toutes les initiatives touristiques. A Djerba, le secteur commençait à connaître des jours plus glorieux, dès lors que plusieurs projets et investissements ont pu être réalisés dans la région. Ce qui faisait la réputation de l'île des rêves, où les nuitées et le taux d'occupation dans les hôtels de la place étaient en hausse progressive. S'ensuivaient, en effet, les multiples offres d'emploi disponibles. Il n'en demeure pas moins que le développement du secteur a suscité une intrusion brutale de certaines personnes influentes proches du pouvoir, faisant mainmise sur toute zone censée être prometteuse. «Ces dernières n'avaient point hésité à s'approprier le domaine, en le vidant de son sens. Car, pour moi, le tourisme est une science et l'hôtellerie, un art...», souligne-t-il. A en croire ses dires, il ne faut pas prendre le tourisme par ses aspects restreint: hébergement, restauration et autres prestations..., mais il importe de le considérer comme un tout indivisible, une combinaison socioéconomique imbue d'empreintes culturelles et patrimoniales. «Toute une politique du marché vise à attirer les touristes chez nous, par des moyens et des techniques promotionnelles spécifiques à la destination Tunisie. C'est ma philosophie de voir les choses, du côté sensationnel, technique et professionnel... », analyse-t-il, soulignant qu'il est impératif d'établir une étude de marché sur la base de laquelle seront identifiés les nouveaux besoins de la clientèle.
En deçà des attentes
De ce point de vue, où peut-on placer le tourisme tunisien ? Dans sa totalité, ce secteur semble être en deçà des attentes, d'autant plus qu'il s'est réduit à la vocation balnéaire, avec de timides initiatives à changer la donne dans le sud du pays. Et pour rattraper le temps perdu, l'on doit répondre aux exigences de l'actualité touristique. Cela nous commande, assurément, à diversifier le produit, sensibiliser la clientèle cible et mettre le cap sur de nouveaux choix touristiques. Et d'ajouter : «Il faut sortir des sentiers battus, en aspirant à d'autres modes beaucoup plus attrayants, tels que l'écologique, le culturel, le désert, la chasse... On a plein de destinations que le touriste d'aujourd'hui préfère à la plage et à la piscine». Mais, loin des côtes, peut-on, aussi, trouver son plaisir ? Certes, le charme de la nature l'emporte toujours. Même sur les côtes, il est également question de jouer sur d'autres options pour étancher la soif. Car la satisfaction se fait parfois sentir dans la distinction. Voulant s'imposer dans cette logique, Ali Meftah s'est lancé, en 2001, dans une expérience de polyvalence, à travers la création d'un centre intégré d'animation et de loisirs à Djerba Midoun. Il nous l'a présenté comme un complexe touristique de haute facture, étendu sur 11.000 m2 couverts, comportant quelque 70 lits de bonne qualité, des cafés authentiques et modernes, restaurants à la carte, des espaces de remise en forme, de grandes salles de spectacles, ainsi que d'immenses terrasses en plein air. S'y ajoutent des boutiques d'artisanat. «Et ce n'est qu'une première partie d'un projet prometteur, puisque la deuxième phase, étant au stade de finalisation, comprend une vaste discothèque à étages (340 places), une aire des jeux de bowling et une autre salle de spectacles polyvalente (1.200 places) », déplore-t-il, en divulguant les difficultés auxquelles il fait face. « En plus des obstacles de financement, il y avait d'autres entraves émanant de certaines personnes malintentionnées qui voulaient me barrer la route, afin de s'accaparer le projet...» Et d'enchaîner que même les banques avaient refusé de m'accorder les crédits nécessaires, d'autant plus qu'elles ont vainement tenté de me dissuader pour lâcher prise. «Ainsi, l'affaire faisait écho auprès de la présidence sous l'ancien régime, mais sans aucune réponse. Pis encore, on m'avait demandé de renoncer au projet», se rappelle-t-il.
Et maintenant que la révolution est venue, rien n'a changé du côté des procédures de parachèvement dudit projet. Ce promoteur chevronné prend encore son mal en patience, dans une région dont la vocation première est celle du tourisme. Cherchant désespérément un petit coup de pouce pour finaliser son projet, Ali Meftah s'est adressé aux autorités locales et régionales pour lui tendre la main, et de l'aider à sortir de l'impasse. Surtout que la stimulation de l'initiative privée pour la création d'emplois demeure, ces jours-ci, une priorité absolue. Il est, tout de même, dérisoire de vouloir relancer le tourisme, sans être aux petits soins des investisseurs.


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