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Inauguration de Isharat Gallery à Sid Bou Saïd: une réhabilitation lumineuse de l'abstraction tunisienne
Publié dans Leaders le 13 - 04 - 2026

À contre-courant des prudences du marché de l'art, la galerie Isharat, inaugurée le samedi 11 avril 2026, à Sidi Bou Saïd, constitue un geste culturel audacieux et parfaitement maîtrisé. Avec l'exposition « Variations autour de l'abstraction », jusqu'au 2 mai 2026, sous le commissariat de Alia Nakhli, elle ne se contente pas d'ouvrir un espace : elle réactive une mémoire, recompose une généalogie et propose une lecture alternative de l'histoire plastique tunisienne. Inscrite dans le sillage d'une exposition fondatrice datant de 1984, cette initiative marque un retour choisi assumé de l'abstraction dans le débat artistique national, après plus de quarante années de voix basse. Dans un contexte où l'art abstrait a longtemps souffert d'incompréhension, voire de rejet- perçu comme hermétique ou «invendable» - Isharat opère un véritable travail de réhabilitation intellectuelle et esthétique, en redonnant à cette forme sa dimension historique, sa libre parole et sa légitimité culturelle.L'intelligence curatoriale de l'exposition réside dans son refus d'une lecture linéaire ou dogmatique. Elle privilégie, au contraire, une approche dynamique, fondée sur l'idée de la «variation », empruntée au langage musical : une transformation continue d'un même thème, oscillant entre figuration et abstraction, sans rompre totalement avec l'une ou l'autre. Ce choix de discours fondateur permet de révéler la complexité des trajectoires artistiques tunisiennes, marquées par des allers-retours constants entre le visible et l'invisible, le motif et sa dissolution. Ainsi, la première section, dite «abstraction figurative», explore les processus de déconstruction du réel, tandis que la seconde assume pleinement l'autonomie du langage plastique, en convoquant signes, lettres et symboles issus du patrimoine visuel national. L'exposition devient alors un espace de transition entre deux régimes de représentation.Mais au-delà du dispositif, c'est toute une constellation d'artistes qui se trouve ici réinscrite dans une histoire longue. Des figures pionnières comme Antonio Corpora, défenseur précoce de l'abstraction dans la Tunisie coloniale, aux expérimentations d'Edgard Naccache ou de Nello Lévy, l'exposition retrace les premières inflexions vers une peinture affranchie du réel. Elle met également en lumière le rôle structurant des séjours européens- notamment parisiens- dans l'émergence de ces nouvelles sensibilités, tout en soulignant la volonté, dès l'indépendance, d'ancrer ces pratiques dans un contexte local, afin d'éviter toute dérive mimétique.
Cette tension entre universalité et enracinement trouve son expression la plus aboutie l'œuvre de Néjib Belkhodja, véritable chef de file d'une génération en rupture. À travers une abstraction géométrique nourrie de calligraphie et de mémoire urbaine, il ouvre la voie à une esthétique profondément tunisienne, où la lettre devient forme, où la Médina se transforme en structure mentale. Avec lui on trouve des artistes comme Naceur Ben Cheikh, Nja Mahdaoui ou encore Lotfi Larnaout, qui explorent chacun, à leur manière, les potentialités du signe, du paysage ou de l'inconscient. Le Groupe des Cinq, en particulier, incarne cette ambition d'une «peinture internationale profondément enracinée dans le national».L'exposition accorde également une place essentielle aux continuateurs des années 1970 et 1980, qui prolongent cette recherche dans des directions multiples. Certains privilégient une abstraction lyrique, organique, en dialogue avec le désert ou les strates de la mémoire. D'autres artistes optent pour une rigueur géométrique plus radicale, inscrivant leurs travaux dans une modernité formelle détachée du référent. Parallèlement, un courant puissant se développe autour de la lettre et du signe, puisant dans la calligraphie, la céramique ou le tatouage pour construire un langage plastique hybride, à la fois contemporain et enraciné. Cette diversité témoigne de la richesse des «variations» proposées.Ce que révèle, en définitive, la galerie Isharat, c'est moins une exposition qu'une vision. Une vision curatoriale, d'abord, qui refuse les facilités et assume une exigence intellectuelle et une vision artistique qui inscrit la création tunisienne dans une continuité historique tout en la projetant vers de nouvelles générations. Dans un paysage culturel en mouvement, cette galerie apparaît ainsi comme un véritable pôle de sens. Elle réconcilie le regard avec l'abstraction, non en la simplifiant, mais en la rendant intelligible, sensible et profondément nécessaire.

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