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Le gouvernement actuel propose des mesurettes remixées du président déchu
Entretien avec : Nidhal Ben Cheikh, économiste et spécialiste des questions de l'emploi et du développement
Publié dans La Presse de Tunisie le 02 - 01 - 2013

Le pacte social est une convention expresse ou tacite, en principe immuable, entre deux ou plusieurs parties. L'on entend derrière maintien de l'équilibre politique et social. Ce pacte social jusqu'à présent trainant dans les discours, aura-t-il donc lieu ? Quel modèle de société pour un pays sans cesse déchiré par tous types de tiraillements politiques et de tensions sociales ? Quelles seront notamment les priorités de 2013 ? Et serons-nous capables de relever les principaux défis qui se posent pour finalement freiner une glissade qui s'annonce funeste ?
Posées à certains politiques, ces interrogations ont eu pour réponses un verbiage et une improvisation synonymes d'écumes sur l'eau. A ces mêmes interrogations qui sont d'ailleurs celles de bien des Tunisiens, plusieurs autres interrogés concernés se sont abstenus de répondre. Afin de mieux saisir le vif du sujet pour ensuite en informer ses lecteurs, La Presse a donné la parole à un expert avéré qui a courtoisement dévoilé des vérités rudes. Entretien avec Nidhal Ben Cheikh, économiste et spécialiste des questions de l'emploi et du développement humain. Entretien.
Qui dit pacte social dit croissance économique, développement régional, bonnes relations professionnelles et travail décent, pensez-vous que le pays est capable de relever tous ces défis en 2013 ?
Loin de sombrer dans l'industrie de la crisophilie ambiante, je pense que sur le plan économique, l'année 2013 sera celle de tous les défis et également de tous les dangers. Une lecture avertie des fondamentaux de l'économie tunisienne et notamment des principaux indicateurs des finances publiques, suscite de vives inquiétudes et d'immenses scepticismes quant à la capacité réelle de redressement de l'économie nationale en 2014, voire en 2015 ! Les difficultés budgétaires qui s'accentuent à vue d'œil et à vive allure, préfigurent une situation inédite dans l'histoire économique de la Tunisie contemporaine où le budget de l'Etat, désormais épinglé par des augmentations étouffantes de salaires et muselé par les charges de compensations ayant atteint des niveaux démesurés, serait en passe de perdre fatalement son rôle crucial de moteur de relance de l'activité économique. L'envolée des dépenses de fonctionnement au détriment des dépenses de développement, aggravée par des taux d'exécution des investissements publics n'ayant pas dépassé 35% en 2012, accélérerait le creusement du gouffre financier et rendrait la reprise incertaine et surtout peu pérenne. L'engrenage de la spirale inflation-salaires et la dégringolade du dinar tunisien, rendront toute stratégie d'ajustement feu féconde et peut-être inopérante de par son coût social et le risque d'être rejetée par des mouvements sociaux en ébullition continue. Sans entrer davantage dans les détails, tous ces facteurs combinés rendent un redressement de l'économie nationale peu vraisemblable pour les deux années qui viennent et qui continuera à enregistrer des taux de croissance inférieurs à son potentiel. Toutefois, je pense que la gestion macroéconomique aurait été de loin plus efficace et les résultats, à mon avis, plus probants, si les affaires économiques avaient été épargnées des interférences politiques.
A mon avis, les ministères techniques à caractère économique auraient dû être mis à l'écart des tiraillements politiques, ce qui aurait permis d'éviter l'instrumentalisation des ressources publiques pour des visées électoralistes, voire purement politiciennes. Cette décision de la Troïka régnante a été, sans ambages, très onéreuse et coûteuse au regard de l'inefficacité avérée des politiques de relance menées jusqu'alors.
Quoique les causes présidant à cet échec me semblent multiples, je me limiterai à la plus saillante, voire la plus déterminante. Une absence inconcevable de dialogue et de consensus alors que les problèmes économiques rencontrés nécessitent plus que jamais une adhésion franche de toutes les parties prenantes. Or il est désolant d'assister aujourd'hui à la propagation des discordes entre les différentes factions de la vie politique tunisienne à la sphère économique, ce qui pourrait chavirer l'arche de Noé de la transition démocratique en cas de persistance d'une croissance atone et un chômage ayant atteint déjà des niveaux jamais enregistrés.
Malheureusement, l'économie a été engloutie dans une guerre de tranchées dans laquelle tous les coups sont permis. L'optimisme de la Troïka régnante nourrit un pessimisme à tous crins du côté de l'opposition. En agissant ainsi, tous courent tragiquement à leur perte. C'est un jeu à somme nulle et personne n'en sortira gagnant, car, à terme, aucune force politique, aussi puissante soit-elle, n'aura les moyens objectifs de réunir les conditions propices à une reprise de longue phase d'une économie exsangue.
En ce moment crucial, le contenu des politiques économiques devant être menées en vue de remettre l'économie sur son sentier de croissance, devrait être l'objet d'un consensus le plus large possible. Il faudrait en même temps recentrer les débats sur les projets de société qui diffèrent ostensiblement d'un camp à l'autre.
Pour ce qui est de la couverture sociale, certains trouvent que l'on est .encore en deçà des normes requises et des attentes de nombreux Tunisiens, que faudra-t-il remettre en question selon vous afin de franchir le cap ?
Même si les détracteurs tous azimuts des acquis de la Tunisie indépendante ont le vent en poupe, j'affirme que la Tunisie est l'un des rares pays de la région Mena à s'être doté d'un système de protection sociale quasi-complet en couvrant la majorité des éventualités établies par la convention 102 de l'OIT se rapportant aux normes minimales de la sécurité sociale. Cependant, même si les régimes d'assurance couvrent légalement plus de 90% de la population active occupée, le taux de couverture effective de la population active par des régimes légaux de pension calculée selon les standards internationaux et les définitions de la couverture sociale adoptées par l'Organisation internationale du travail (OIT), demeure problématique et se situerait en 2011 légèrement au-dessus de 60%.
Je considère tout de même que la question de l'extension de la protection sociale à l'économie informelle et aux populations vivant sous le joug de la pauvreté comme étant extrêmement cruciale pour la phase actuelle de transition démocratique. En effet, une transition réussie nécessite l'adhésion de toutes les catégories socioprofessionnelles à un projet d'une nouvelle société qui s'épanouira dans le respect total et authentique des libertés fondamentales, des droits humains et la consécration de la justice sociale. Désormais, il est inadmissible d'accepter qu'une frange non négligeable de la population tunisienne demeure toujours mise à l'écart du champ d'une couverture sociale de base comportant une sécurité minimum pour les revenus et un accès aux soins médicaux.
La liberté dans le dénuement total et la précarité perd toute sa substance et crée malencontreusement des ambivalences dans la perception des uns et des autres par rapport à l'édifice démocratique en voie de construction. C'est l'un des périls encourus lors des périodes de transition qu'il faudrait résolument résoudre par l'institution d'un socle de protection sociale (SPS) qui fédérera toutes les catégories sociales autour des nouveaux idéaux de la deuxième République. A bien des égards, instituer un SPS en cette période cruciale de l'histoire de la Tunisie revient à s'engager durablement pour l'investissement dans des infrastructures sociales à rendement élevé à dessein de paver le chemin épineux de la transition démocratique par un climat social favorable et des acquis sociaux susceptibles de se transformer à terme en des performances économiques pérennes.
Toutefois, il convient de remarquer que la période de transition actuelle à été marquée jusqu'à l'heure par une poussée remarquable de l'économie informelle, corollaire d'un affaiblissement de l'Etat et de l'ébranlement de son autorité. Je viens de finaliser une note de recherche sur l'étendue et la mise en carte de l'économie informelle en Tunisie selon l'approche de l'OIT. S'en dégagent des résultats inquiétants rien que pour l'année 2010 : 37% des emplois occupés dans le secteur privé sont informels, c'est-à-dire démunis de toute forme de protection sociale, correspondant à une population de 961.000 personnes. Comparé au secteur privé non agricole où le taux d'emplois informels est de l'ordre de 33% soit une population de 665.000 occupés, les niveaux d'emplois informels sont de loin plus élevés au niveau du secteur privé agricole qui affiche un taux préoccupant de 52%.
D'ailleurs, l'un des périls que la Tunisie pourrait encourir consiste à ce que des groupuscules mus par des desseins obscurs, seraient à l'affût de signaux d'affaiblissement de l'Etat central en émettant leurs tentacules par delà leurs zones d'influence, en convertissant des pans entiers de la population dans la nébuleuse de l'économie informelle. Il s'agit d'un risque majeur que les pouvoirs publics se doivent de gérer en misant sur la reconquête de l'autorité perdue moyennant une stratégie actionnant plusieurs leviers dont en premier lieu l'extension de la couverture sociale à l'économie informelle. J'aimerais bien attirer l'attention sur les risques de dérapages irréversibles comme c'était bien le cas lors de la prolifération de l'économie des bazars en Algérie en relation certaine avec les mouvances salafistes toutes obédiences confondues et aussi le cas typique de l'échec de la transition russe pour cause d'une poussée de la criminalité, des cartels mafieux et de l'informalité.
D'où le rôle incontournable d'un plancher de protection sociale de base qui consiste à combattre des niveaux de rendements faibles et d'emplois informels persistants. Les socles de protection sociale (SPS) permettront aux employés pauvres et vulnérables de passer de l'économie informelle à l'économie formelle en transitant d'activités de subsistance à faible rendement aux activités à productivité plus élevée, synonyme d'amélioration notoire de leurs capacités contributives aux régimes légaux de protection sociale.
Volet développement régional, la stagnation est toujours de mise et l'improvisation gagne encore du terrain sur le travail scientifique et l'efficience, que faut-il faire pour remédier à la situation et sur le court terme et sur le long terme ?
Effectivement, la stagnation qui demeure toujours de mise notamment au niveau des régions déshéritées du pays ne devrait aucunement nous surprendre ! Il s'agit bien de l'aboutissement logique des choix de politiques de développement des gouvernements qui se sont succédé depuis la révolution et qui ont, chemin faisant, brillé par un manque d'inventivité. Les réponses apportées par le gouvernement actuel en matière de développement régional ressemblent davantage à des « mesurettes remixées » des anciennes recettes abondamment mises en œuvre lors de l'époque de l'ancien président. Le hic est que la version originale a été dans une large mesure le facteur déclencheur des premiers mouvements de protestation dans le bassin minier en 2008. J'ai été très surpris dernièrement par des déclarations encensées nous annonçant l'adoption d'un nouveau modèle de développement pour les régions sans pour autant couper le cordon ombilical avec le modèle original. Que des signes annonciateurs de la poursuite du marasme économique au niveau local, la léthargie des investissements privés et la montée des sentiments d'injustice et de marginalisation.
A défaut d'attractivité des gouvernorats les moins nantis en infrastructures et l'impuissance des politiques de localisation et d'incitation à orienter le capital productif vers ces contrées, le gouvernement doit arrêter de miser sur les micro-entreprises pour atténuer les pressions sur les marchés de travail locaux. Tous les efforts fournis par les structures d'appui au niveau des régions (Centres d'affaires, Aneti, Apii, Apia, pépinières d'entreprises) et les fonds consommés sous forme d'avantages accordés aux promoteurs ou de crédits octroyés par les institutions de financement (BTS, BNA...) se sont révélés absolument inopérantes dans les gouvernorats à faible tradition industrielle et densité économique.
A cet effet, une attention particulière devrait-être accordée aux déterminants territoriaux de la démographie des entreprises et particulièrement à leur propension à survivre en vue de mettre en relief les défaillances des politiques passées et du dispositif institutionnel d'appui à la création et au financement des entreprises.
L'optimisation des crédits octroyés aux micro-entreprises dans les gouvernorats concernés et la rationalisation des dépenses budgétaires dans le cadre des PAE, imposent une refonte globale de la politique industrielle, de développement régional, d'aménagement du territoire, de lutte contre le chômage et de promotion de l'auto emploi. Notre idée consiste à ramener les problématiques liées à la faiblesse des taux de survie des micro-entreprises dans les gouvernorats les moins développés à des politiques de développement industriel inappropriées qui ont justement produit deux dualismes : un dualisme intergouvernorats et un dualisme intragouvernorats. Il serait alors capital de créer des spirales vertueuses ou des économies d'agglomérations en jetant dans chacun des gouvernorats ciblés les bases solides d'un tissu productif structuré et structurant.
La réinvention de la politique des Pôles industriels, expérimentée en Tunisie dans les années 60, couplée à une nouvelle démarche de territorialisation des politiques structurelles, seraient susceptibles d'imprimer un nouvel élan à une structuration nouvelle des tissus productifs locaux en vue de résoudre progressivement les problématiques du chômage, le surdimensionnement du secteur informel dans certains territoires et le déséquilibre régional.


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