«Le poète des sept générations», c'était le surnom que lui donnaient, volontiers, ses amis jeunes et moins jeunes chanteurs. Et de fait, Ridha Khouini, disparu hier des suites d'un malaise, accumulait, à lui seul, l'expérience prosodique de plus de soixante ans de la chanson tunisienne. Il était déjà là, à la mi-50, plume alerte et vers pétillants, côtoyant les Riahi, Kalai, Jouini et autres illustrissimes, et inspirant leur musique et leurs voix. Et il s'était déjà rendu célèbre, lors de la belle décennie 60, quand il devint le parolier inséparable du plus authentique des jeunes mélodistes de l'époque, le regretté Abdelahmid Sassi. Années 70, idem, voire les sommets, avec la nouvvelle idole, Habbouba (plus de 80% de son repertoire !). Puis les années 80 et la prestigieuse nouvelle vague, les Adnan Chaouachi, Bouchnaq, Najat Attia, Dammak, etc. Et encore les années 90 avec, notamment, les grandissimes de la tradition, Tahar et Ziad Gharsa. Energie, constance, muse insatiable, indomptable, jusqu'à ces toutes dernières semaines, on se rencontrait souvent, à l'occasion de concerts, de colloques, de réunions diverses. Il resplendissait d'élégance et de forme, et il alléchait sans cesse chanteuses et chanteurs par de nouveaux poèmes. Il était aussi sur le point de reconstituer un dossier de presse dont il disait fièrement qu'il porterait «la marque d'un quasi-siècle ! ». Ridha Khouini avait 75 ans. La mort est un dû. Lui, elle l'a comme surpris. Dieu bénisse l'ami et le compagnon !