Une instruction judiciaire concernant El Karama Holding est en cours, et c'est le procureur de la République près le tribunal de première instance de Tunis qui en est chargé suite à une requête déposée par un groupe d'avocats intéressés par le sort des biens confisqués du clan Ben Ali. Cette requête survient au lendemain de la nomination de M. Abdelkader Zgolli, l'ancien premier président de la Cour des comptes, le 27 mars dernier, au poste de directeur général du groupe. Ceci étant, El Karama Holding est le nom donné au groupe Princess El Matri Holding après la révolution de 2011. Le groupe a été confisqué par l'Etat, à l'image de tous les biens de l'ancienne famille présidentielle. Seulement, des doutes et des soupçons ont plané sur la manière avec laquelle a été géré le groupe, ainsi que sur les différentes ventes de son patrimoine du temps du règne des deux gouvernements de la Troïka. Pour rappel, plus de 60% des filiales du groupe ont été vendues durant les deux mois de novembre et de décembre 2012 aux sociétés privées Poulina-Parenin et le consortium Bou Chammaoui-Chabchoub qui ont acquis les deux filiales automobiles : «Ennakl» et «City Cars» contre la somme de 345 millions de dinars. Toujours est-il, le groupe El Karama Holding gère toujours des sociétés touchant à plusieurs secteurs comme l'immobilier, les télécommunications, l'agriculture, le tourisme, le tourisme de croisières ou les finances et les médias. Des sociétés dirigées en majorité par des administrateurs judiciaires nommés par le tribunal de première instance de Tunis. Seulement, cette gérance a été toujours contestée et par les employés des sociétés confisquées et par les associations et experts concernés par ce dossier. On parle de pots de vin et de malversations ayant accompagné l'exercice de plusieurs administrateurs judiciaires qui ont tiré profit de leur mission à la tête de ces sociétés. Et c'est ce qui intéresse la justice, qui doit ordonner l'ouverture d'une information judiciaire portant sur l'exercice des dizaines d'administrateurs judiciaires ayant été nommés depuis 2011 à nos jours, ainsi que sur les différentes ventes des biens confisqués. Il n'est pas écarté, également, qu'un audit sera ordonné par le nouveau directeur général du groupe El Karama Holding, M. Abdelkader Zgolli, et qui touchera, certainement, les appels d'offres concernant la vente des deux filiales Ennakl et City Cars en plus de la situation actuelle du reste du patrimoine du groupe. Pour l'histoire, en 2004, le nouveau gendre du président Zine El Abidine Ben Ali qui venait de convoler en justes noces avec sa fille, Nesrine Ben Ali, fait une ascension fulgurante dans le monde des affaires grâce à sa belle-mère Leila Ben Ali et lance Princess Holding. Rapidement, le groupe acquiert — bénéfices générés, dans un délit d'initié flagrant, par la vente de la Banque de Sud, actuellement, Ettijati Bank —le groupe Ennakl et devient ainsi fournisseur officiel en automobiles de l'administration tunisienne. Il lance, en 2007, la Radio islamique Zitouna FM avant d'obtenir en 2009 l'agrément monétaire de la Banque centrale tunisienne et lance sa propre banque commerciale Zitouna Bank. En 2010, il conclut l'affaire du siècle jamais réalisée en Tunisie en annonçant sa mainmise sur l'opérateur téléphonique Tunisiana en s'associant au groupe qatari, Qatar Télécom, et le groupe Délice de Hamdi El Meddeb pour un montant estimé à 1,2 milliard de dollars. Depuis la chute du régime de Ben Ali, il s'est réfugié aux Seychelles après un court séjour au Qatar en 2011. Pour rappel, Sakhr El Matri fait l'objet d'un mandat de recherche international lancé par la Tunisie suite à plusieurs condamnations décidées par la justice tunisienne dont la plus importante est la prison à vie dans des affaires de corruption et délit d'initié ayant donné lieu à la faillite d'une banque de l'Etat.