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L'hommage de Chédly Klibi, à Ahmed Ben Salah
Publié dans Leaders le 09 - 06 - 2015

Lors la cérémonie d'hommage organisée le 22 mai dernier à Tunis par l'OLP en l'honneur de M. Ahmed Ben Salah, M.Chédli Klibi, son condisciple et collègue au gouvernement dans les années 60, a prononcé une allocution en arabe dont nous mettons en ligne, ci-après, la traduction française:
Je voudrais, d'abord, remercier ceux qui furent à l'initiative de cet hommage rendu à l'un des fils valeureux de la Tunisie, un homme dont nous connaissons, tous, le profond attachement à la patrie, la sincère fierté d'appartenir à la civilisation arabo-islamique et le combat inlassablement mené au service des causes de la nation arabe, du Maghreb au Machrek.
Cet homme que nous honorons, aujourd'hui, M. Ahmed Ben Salah, a en effet toujours été le flambeau auquel s'éclairaient les hommes autour de lui. Rares furent les pionniers qui consentirent autant d'efforts que lui au service de leur pays, de sa grandeur et de ses intérêts supérieurs.
Cet homme de cœur, si généreux, dans l'action, la Tunisie a été privée de ses hautes compétences et de ses multiples aptitudes, tout autant que sa famille le fut de sa présence et de sa protection, sans qu'il lui apparût, pendant longtemps, la moindre lueur d'espoir.
Cet homme à l'intelligence pénétrante et à la sensibilité aiguë, la littérature fut, elle aussi, privée des illuminations poétiques qu'annonçait le recueil, toujours inédit, qu'il intitula, en ses belles années de jeunesse, Les Eclats De Miroir.
Cet homme, aujourd'hui arrivé à l'âge qui ne pardonne pas, avait, dans ses meilleures années, cette force impétueuse qui lui permit de s'élever, en symbiose avec son siècle, vers les hautes cimes de la littérature, de la pensée et de l'art.
Jeune homme, il s'imposait dans les forums et ses contributions à l'œuvre collective de la revue Al Mabahîth ont gardé tout leur éclat.
Les rêves d'unification des peuples du Grand Maghreb arabe le conduisirent à rassembler une pléiade de jeunes de sa région qui furent appelés « les frères de l'Atlas ».
Dévoré par l'amour de la patrie et la passion des réformes, il s'engagea, corps et âme, dès son plus jeune âge, dans l'action, sans se soucier des envieux ou des contempteurs. On lui prêta, dès lors, les plus sombres desseins, et contre lui la haine se mit à ourdir complot sur complot, mettant en échec ses belles espérances, sans que faiblît sa résolution, ni qu'il cédât au découragement ou devînt le jouet des convoitises.
Cet homme qui se construisit lui-même autant qu'il construisit tout ce qu'il accomplit, au temps du labeur et de l'édification, cet être de courage, jamais remontrance ne le détourna du chemin de la vérité, si redoutables que fussent les menées de ses accusateurs.
Les belles années de l'adolescence et de la jeunesse nous rapprochèrent, d'abord au Collège Sadiki, puis à la Sorbonne, et consolidèrent nos liens d'entente et d'amitié. Vinrent ensuite les responsabilités au sein du gouvernement qui renforcèrent cette profonde connivence.
L'affaire des coopératives – instruite au mépris de toute vérité et de toute équité – fut un désastre pour les hommes, une saignée pour les forces vives et un ravage pour les intérêts de tous.
C'est avec la plus grande joie que je participe à cette rencontre, pour rendre à M. Ahmed Ben Salah cette considération qui, à la vérité, ne lui manqua jamais chez les hommes politiques les plus sages et les plus intègres : ceux-là l'ont toujours considéré comme l'une des figures de proue de la Tunisie, l'une des plus dévouées à son pays.
Suivant l'exemple de son père, il fut, effectivement dans sa jeunesse, un des pionniers du mouvement national.
De même fut-il à l'avant-garde du combat syndical, alors qu'il était, au temps de Farhat Hached, professeur à Sousse. Au cours de cette période, il fut le représentant de l'Union générale des travailleurs tunisiens auprès de l'Organisation mondiale des syndicats libres où il jouissait de l'estime des dirigeants et du respect des militants.
La succession de Farhat Hached lui échut, après l'assassinat du grand leader. Il éleva haut l'étendard de la centrale syndicale, à l'intérieur comme à l'extérieur de la Tunisie, et nombreux sont aujourd'hui ceux qui estiment qu'il fut le digne successeur du meilleur des prédécesseurs.
Il semblerait, pourtant, que ses frères de l'UGTT aient oublié que c'est bien Ahmed Ben Salah qui présida aux destinées de l'Organisation syndicale, à une étape cruciale de son histoire, et qui sut faire prévaloir les intérêts de la nation sur les considérations corporatistes ou les allégeances externes.
Cet homme fut aussi Secrétaire général du Parti destourien, puis Ministre de la santé, avant de se voir confier le Ministère du plan – qui s'appela, au début, sur sa proposition « Ministère de la conception », car il voulait mettre en avant la constance et la détermination qu'exige toute planification. C'était l'un des ministères les plus difficiles, il en assuma la charge avec un rare brio.
Habib Bourguiba – le Combattant suprême – appréciait hautement son intelligence étincelante, la force de sa résolution, la perspicacité avec laquelle il résolvait les problèmes les plus ardus.
Nos frères du Maghreb et du Machrek ne peuvent oublier qu'il fut un ardent défenseur du projet maghrébin, rêve de générations d'hommes, pas plus qu'ils ne peuvent ignorer à quel point le préoccupait le devenir de la nation arabe, ni avec quelle énergie il défendait les causes de cette nation, et en premier lieu celle du peuple palestinien en armes, ce peuple victime de tant d'injustices internationales.
Arrêtons-nous encore sur le passé d'Ahmed Ben Salah et notons qu'étudiant à Paris il fut chargé d'établir puis de maintenir le contact entre la direction du Parti et le Souverain démis, Moncef Bey, qui était en exil au sud de la France. Il se chargea de cette mission de la meilleure façon et sut gagner, à toutes les étapes, la confiance de ce monarque patriote.
Les hommes de lettres et de culture ne devraient pas, non plus, oublier qu'en dépit de ses nombreuses responsabilités gouvernementales Ahmed Ben Salah n'a guère renoncé à cette vielle passion pour la littérature et la pensée que, jeunes, nous partageâmes au Collège Sadiki, puis à l'Université de Paris, et qui nous amena à adhérer aux doctrines philosophiques de l'époque qui plaidaient l'engagement. Les études sur la civilisation nous inspirèrent, d'autre part, le profond désir d'œuvrer à faire revivre notre patrimoine arabo-islamique que les générations successives avaient délaissé, se tournant vers la civilisation moderne dont ils voulaient faire leur source d'inspiration.
Au long de ce riche parcours – dont je partageai certaines étapes –Ahmed Ben Salah fit preuve de cette inébranlable détermination qui lui était reconnue, aspirant toujours au meilleur, et pour son pays et pour ses compatriotes. Jamais cet élan ne faiblit jusqu'à ce revirement du sort qui vit tant de forces contraires se liguer contre lui, le jetant sur les chemins de l'exil et lui fermant, alors qu'il était dans le fleur de l'âge, le chemin vers ce que le Combattant suprême appelait « la joie de vivre ».
Mais l'homme sut faire preuve de patience et de résolution, et jamais il ne céda à la colère ni ne se répandit en invectives contre les autres. Ferme dans ses convictions, il poursuivit, au long des années passées loin de la patrie, son action avec toute la force de son intelligence, soutenu par certains de ceux qui furent les compagnons de ses années de gloire et qui connaissaient ses hautes vertus.
Lorsqu'il rentra au pays, les choses avaient changé. Il put cependant constater avec fierté que ceux qui furent ses amis lui étaient restés fidèles, et qu'il n'inspirait désormais que respect pour la plupart des autres, un peu comme si ceux-là avaient fini par reconnaître que les épreuves qu'il endura n'étaient ni justes ni défendables.
Lorsqu'éclata la révolution de la jeunesse et de la dignité, M. Ahmed Ben Salah se sentit impliqué, corps et âme, dans le mouvement, mais des problèmes de santé l'empêchèrent d'y participer, comme il aurait voulu, et de contribuer à préciser les finalités de l'action révolutionnaire, et à en discipliner le cours tumultueux de sorte qu'elle ne dévie pas de ses objectifs.
En un mot, M. Ahmed Ben Salah ne peut qu'être fier d'avoir choisi, à toutes les étapes de sa vie active, de se mettre d'abord au service des autres.
Etudiant à Paris, il répondit à l'appel du devoir et avança la date de son retour au pays afin d'assumer la charge de sa famille après la mort de son père.
Leader de la Centrale syndicale, il comprit que les rapports déséquilibrés entre employeurs et employés relevaient d'un système économique inégalitaire, hérité du colonialisme dont le fondement est l'exploitation de l'homme. Aussi œuvra-t-il à mettre en place un programme économique sur la base d'un ensemble d'ajustements. Mais, enfermés dans leur vision à court terme, beaucoup ne virent dans ce programme qu'une forme de subversion et une menace pour l'intérêt général.
Dès lors, M. Ahmed Ben Salah devint l'objet de toutes les suspicions et diverses accusations furent lancées contre lui.
Lorsqu'il était au gouvernement il voulait faire de son pays un paradis de justice. Mais c'était sans compter sur la défiance et l'incompréhension. Il sut pourtant s'armer de patience et opter en toute circonstance pour le pardon, l'oubli et dépassement, vertus qui comptent au nombre des valeurs morales les plus hautes.
Honneur à mon frère, le plus proche d'entre les proches, à qui je souhaite une vie intellectuelle toujours aussi intense et une conscience toujours en éveil, avec la satisfaction du devoir accompli et l'inaltérable fierté de celui qui va toujours de l'avant.
Et il me revient, en ce moment, ce vers parmi tant d'autres d'Al Mutanabbi que nous apprenions par cœur, aux temps lointains du Collège Sadiki :
« Plus forte est la détermination, plus décisives sont les actions. »
Chédli Klibi


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