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La Palestine à l'institut Français De Tunisie.
Publié dans Leaders le 02 - 10 - 2015

A l'heure où le drapeau palestinien flotte à New York, l'Institut français de Tunisie a eu l'heureuse idée de proposer, mercredi 30 septembre 2015, une conférence-débat pour présenter le livre de M. Sébastien Boussois « Israël entre quatre murs : la politique sécuritaire dans l'impasse» (Les livres du GRIP, ouvrage n° 307, octobre 2014). L'auteur est chercheur associé à l'Université Libre de Bruxelles (ULB) ainsi qu'à Rabat et à Montréal. Il préside en outre le Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO). M. Boussois a publié aussi «La Mer Morte, un enjeu pour la paix au Moyen-Orient» (Armand Colin, 2012) et « Gaza, l'impasse historique » (Editions du Cygne, 2014).

Dans la belle salle de l'Institut français de Tunis et devant un public fourni, l'auteur évoque le complexe sécuritaire israélien qu'il fait remonter au syndrome d'Amalek - référence à une attaque contre le peuple juif à l'époque de Moïse. Ce syndrome est souvent avancé comme le mythe fondateur du « bellicisme » israélien. Détruire avant d'être détruit. Cette « doctrine » a amené Netanyahou à faire un énorme impair : soutenir l'insignifiant Mitt Romney à la présidence des Etats Unis contre Barak H. Obama. Le conférencier rappelle que le sionisme des origines n'avait rien de religieux et qu'il répondait aux pogroms commis contre les juifs en Pologne, en Biélorussie, en Roumanie… et à l'affaire Dreyfus en France. Ce qui remet en mémoire ce mot d'Eduardo Galeano qui disait : « Les Européens ont la sale manie de faire la chasse aux juifs et [que] naturellement, c'est aux Palestiniens qu'on présente la facture ». M. Boussois rappelle qu'en 1923, Zeev Jabotinsky* - un des fondateurs de l'organisation terroriste Irgoun - avait écrit un ouvrage au titre éloquent : « Le Mur » qui dessinait un Israël ghetto. L'enfermement était déjà là en somme. Actuellement, il y a le Mur de l'apartheid, le mur du côté du Liban, le mur du côté de l'Egypte, les barbelés du côté du Golan. Théo Klein, ancien président du CRIF-l'un des principaux représentants du judaïsme libéral en France et qui est critique vis-à-vis de la politique d'Israël, appelait quant à lui à «ressortir du mur».

Il passe rapidement à l'époque récente pour noter que «trop de sécurité tue la sécurité» et qu'Israël est en guerre permanente depuis 1948 : cultivant un complexe sécuritaire, il vit enfermé dans l'obsession de la sécurité. Alors qu'Ehoud Barak, ancien ministre de la Défense, compare Israël à une « villa dans la jungle », le journaliste Gidéon Lévy affirme que « l'armée et la sécurité sont la religion de ce pays». En fait, Israël n'a qu'une visée : s'étendre pour ne pas disparaître. Ce qui est de l'impérialisme. Aujourd'hui, nationalisme et religion, colonialisme et sécurité se sont fondus. Tout est fait pour se défendre au détriment de l'Etat palestinien. Politique sécuritaire du statu quo mais poursuite de la colonisation, des attaques et de la répression contre les Palestiniens. « Le parti des colons a gagné » confie le journaliste franco-israélien Charles Enderlin (France 2).
Victoire illusoire ?
Le Professeur Zeev Sternhell, évoquant la multiplication des colonies, écrit : «C'est un cancer que nous avons refusé de voir ». Pour notre conférencier, si 1967 a permis à Israël de s'agrandir, depuis 1973, Israël ne fait que perdre des guerres. « Israël a perdu sa virginité » affirme le militant de la paix Michel Warchawski. Des guerres offensives qu'Israël ne gagne pas. De fait, le Hamas est toujours là. Le Hezbollah est toujours là. En dépit de la théorie du chef d'état-major de l'armée sioniste Gadi Eizenkot, promoteur de la riposte disproportionnée : frapper très fort même pour une provocation minime. C'est ainsi qu'à Gaza en 2014, Israël a commis un véritable « jeunocide » en tuant près de 600 enfants, affirme le conférencier qui préfère aussi parler de « judéocide » plutôt que de Holocauste, connoté religieusement. Nous notons, à ce propos, que depuis le cessez-le-feu d'août 2014, Israël a ouvert le feu contre Gaza au moins à 696 occasions, révèle le gouvernement britannique devant le Parlement… occasions auxquelles il faut ajouter 29 frappes contre ce territoire palestinien en riposte à des tirs de roquettes. Le conférencier raconte son étonnement lors de ses navigations sur le site de l'armée israélienne qui « minimise les pertes au maximum » et se prétend « la plus morale du monde »…. comme le prouve, n'est-ce pas ? le tir délibéré sur des enfants jouant à cache-cache sur une plage de Gaza. (Voir site de Leaders, 6 septembre 2015). Mais le déclin de l'image de Tsahal ne fait plus de doute d'autant que, sondage après sondage, partout à travers le monde, Israël est perçu comme une menace pour la paix globale après l'Iran et la Corée du Nord. Pour ne rien dire des roquettes dans la banlieue de Tel Aviv et si près des pistes de l'aéroport Ben Gourion.

L'enfermement et l'isolement d'Israël sont actuellement patents. Notamment après le passage d'Avigdor Lieberman au Ministère des Affaires Etrangères « dont les fonctionnaires avaient honte de travailler avec lui ». Mais les menaces contre lesquelles Israël s'est calfeutré ne sont plus les mêmes aujourd'hui : elles évoluent : voitures béliers, armes blanches, cocktails Molotov, tunnels débouchant au pied des casernements de l'armée, roquettes…
Le conférencier note que la société israélienne est difficile à comprendre car il s'agit d'une agrégation de nationalités, d'ethnies, de langues… Il n'en demeure pas moins que le gouvernement Netanyahou, plus religieux que jamais, n'a pas de politiques économique et sociale et que l'on assiste à une paupérisation des Israéliens, des jeunes, des Ethiopiens… Et s'il est vrai que l'on parle de « l'Etat start-up », il n'en est pas moins vrai que le tiers des Israéliens est sous le seuil de pauvreté.
Quant aux révolutions arabes, Netanyahou* y a vu d'abord une vague antidémocratique. Mais le Hamas a perdu ses Frères Musulmans. La guerre froide avec la Syrie et l'Egypte convenait parfaitement à Israël d'autant que le Golan permet le ski, produit d'excellents vins et est un précieux château d'eau. Assad tient le coup : c'est intéressant pour Israël. L'arrivée de Morsi au pouvoir en Egypte n'a pas beaucoup changé la donne car ce dernier tenait à garder les deux milliards de dollars d'aide américaine, conditionnée par le respect du traité de paix avec l'Etat sioniste.
Un Etat juif démocratique est-il possible *** ? Quel avenir pour le sionisme aujourd'hui ? Quid du droit international ? 60 résolutions de l'ONU ne sont pas respectées par Israël. On note ici que la résolution 194, acceptée par Israël, prévoit le retour des réfugiés palestiniens et leur indemnisation** et c'est ce qui lui a ouvert les portes de l'ONU en 1948. (Lire Manuel d'Histoire critique, Le Monde Diplomatique, p. 117). Enfin, l'orateur relève qu'Abbas est «épuisé » et que Barghouti est dans une geôle israélienne. Le Président Obama n'a pas évoqué le conflit israélo-palestinien à la tribune des Nations Unies en septembre 2015. La possibilité d'un Etat palestinien semble bien compromise. Alors un Etat binational ? Quelle identité alors ? Autant de questions qu'a soulevées cette belle conférence. Malheureusement, nous n'avons pu assister au débat qui l'a suivie.

*Le père de Netanyahou a servi de secrétaire à Jabotinsky.
** Ce 30 septembre 2015 marque le 30ème anniversaire du lâche bombardement israélien sur Hammam Chatt, siège de l'OLP. Fouad Allani (La Presse de Tunisie, 1er octobre 2015) rappelle que la Tunisie n'a pas eu droit « aux réparations appropriées » bien qu'ayant déploré la mort de 18 de ses citoyens et 50 victimes palestiniennes.
*** Les Arabes israéliens commémorent le quinzième anniversaire du soulèvement et des manifestations d'octobre 2000 qui ont conduit la police israélienne à tuer 13 des leurs dont des enfants. Des marches ont eu lieu jeudi 1er octobre 2015 à Wadi Ara, Nazareth, Sakhnin…. villes à majorité palestinienne.


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