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Climat: les Etats-Unis abandonnent la bataille
Publié dans Leaders le 09 - 07 - 2017

«Afin de remplir ma mission solennelle de protéger le peuple des Etats-Unis et ses citoyens, les Etats-Unis se retireront complètement de l'Accord de Paris». Cette déclaration du président Trump sur le climat, le 1er juin 2017, avait été précédée d'un article dans The Wall Street Journal signé par deux des conseillers les plus en vue du président: «Le monde n'est pas ‘'une communauté globale'' mais une arène où les nations, les acteurs non gouvernementaux et le monde des affaires entrent en contact et en compétition pour obtenir des avantages.»
«Je dis que l'Humanité a un synonyme: Egalité» (Victor Hugo)
Le changement climatique était «un canular» dans la bouche du candidat Trump en 2016. Le président Trump reste sur la même ligne… influencé par ses conseillers?
Ni les efforts de sa fille Ivanka en faveur du climat, semble-t-il, ni ses entretiens avec les responsables européens à Taormine n'ont eu d'effet sur M. Trump dont le pays est le premier émetteur mondial de gaz carbonique par habitant. Reste cependant un fait tangible: les Etats-Unis sont isolés et aucun «effet domino» n'a été enregistré. Même la Russie, pourtant gorgée de gaz, ne suit pas les Etats-Unis.
Vision simpliste… et sujet de préoccupation
Il est clair que M. Trump et ses aides ne réalisent pas que sortir de l'Accord sur le climat de Paris (décembre 2015) est mauvais pour les Etats-Unis et mauvais pour le monde. Pour eux, selon The New York Times, «ce qui est mauvais pour le reste du monde est probablement bon pour les Etats-Unis.» Preuve du simplisme de la Maison-Blanche et de son manque de compréhension des affaires internationales. A l'heure où l'économie mondiale se dirige vers les énergies renouvelables. En fait, si quelques grands manitous de l'industrie minière au Kentucky profitent du retrait américain, ils n'en demandent pas moins au président de les subventionner «en encourageant les technologies avancées pour réduire les émissions des fuels fossiles». Pourtant, le géant pétrolier Exxon —dont un ex-président est le nouveau secrétaire d'Etat Rex Tillerson, favorable à l'Accord de Paris— mais aussi British Petroleum BP, le grand électricien GE… se sont désolidarisés du président et ont promis de poursuivre leur combat contre le changement climatique dans leur entreprise. L'attitude de ces multinationales s'explique, probablement en partie, par leur souci de préserver leur image de bons élèves de la classe vis-à-vis de la Nature. Elles sont conscientes aussi de l'inanité de la décision de Washington.
La martingale technologique et l'investissement
Est-il possible de croire que M. Trump et ses aides ignorent que la pollution au gaz carbonique d'aujourd'hui aura des conséquences dans les siècles prochains et que la planète est au cœur d'une décennie critique? «Le changement climatique est une réalité», assène The New York Times (2 juin 2017), «ses ravages sont déjà là tant chez nous qu'à l'étranger. Pour ne donner qu'un seul exemple terrifiant: une fissure dans le couvert de glace de l'Antarctique s'est élargie de 27 km la semaine dernière.» Et le grand quotidien de qualifier le retrait américain de l'Accord de Paris «d'acte le plus stupide commis par notre nation depuis le lancement de la guerre en Irak». C'est pourquoi, poursuit le journal, il faut punir le Parti républicain «coupable de porter atteinte à la race humaine - Républicains compris» et d'insister sur la responsabilité du GOP: «Ce parti ne contrôle-t-il pas la Maison-Blanche, le Sénat, la Chambre des représentants, 33 postes de gouverneurs et les assemblées législatives dans 32 Etats?» Pourtant, insensibles aux «fake news» de la désinformation, de plus en plus d'électeurs républicains —47%— croient dans la réalité du changement climatique (Politis, 8 juin 2017). M. Trump semble avoir ignoré l'intérêt et l'inquiétude grandissants de ses concitoyens pour le changement climatique à propos duquel 45% d'entre eux se disent « très inquiets » d'après l'Institut de recherche Pew. Ils ont en effet vécu les inondations de la Nouvelle-Orléans, la sécheresse extrême en Californie, la tempête Sandy à New York, les pluies catastrophiques sur le Texas… Quel lycéen américain ignore que l'océan s'acidifie et que l'atmosphère contient déjà 750 milliards de tonnes de gaz carbonique? Tout compte fait, peut-être qu'en bon capitaliste, M. Trump sait que chaque crise offre des opportunités pour investir. Le président américain n'a rien d'un romantique. Il se moque des cycles de Mère Nature. Il est en faveur du géo engineering et veut agir artificiellement sur l'atmosphère en y semant des particules de sulfate pour réfléchir les radiations solaires. Il veut agir sur le climat pour l'ajuster aux besoins du peuple américain. Si l'été est trop chaud, il faut faire marcher le climatiseur. En réalité, ces appareils eux-mêmes accélèrent le réchauffement climatique pour tout un chacun sur cette terre. Si la canicule continue à s'intensifier, les ingénieurs construiront des climatiseurs plus puissants. «Après moi le déluge» car il ne faut quand même pas gâcher les week-ends présidentiels en Floride! Le grand écrivain américain Russell Banks, interrogé à la mi-juin par Le Monde et l'Humanité sur l'état de la planète disait: «Parfois je suis très pessimiste. J'ai l'impression que c'est trop tard...Nous sommes au début d'une ère très sombre».
La déclaration de M. Trump continue d'attirer les critiques des leaders politiques, des grands patrons, des maires, des Etats, des universités, des associations. Les remous s'observent dans les cercles les plus variés : ainsi, M. David Rank, un diplomate chevronné, ambassadeur américain en Chine, a présenté sa démission le 5 juin du fait de la prise de position du président. Plus de 200 maires se sont déclarés «Climate mayors» («maires du climat»). De son côté, le président du Sierra Club —cette ONG fondée en 1892 et qui compte deux millions et demi de membres— dénonce «une décision honteuse aux conséquences historiques». Défiant le président, Hawaii est devenue, le 6 juin, le premier Etat américain à exprimer, par une loi, son engagement à respecter l'Accord de Paris. Entouré de tous les maires des 137 îles de l'archipel, le gouverneur David Y. Ige a déclaré: «Nous sommes des bancs d'essai - en tant qu'Etat insulaire. Nous sommes particulièrement conscients des limites de notre environnement naturel. Nous voyons les impacts de notre action».
Trump fait face à un défi non seulement at home mais aussi un défi de la part des alliés européens. Après le vote du Parlement européen du 14 juin 2017 réduisant les émissions du transport, de l'agriculture et des décharges, le président de la Commission européenne, M. Junker, devait déclarer: «Le refus américain de s'engager dans l'Accord de Paris poussera le reste du monde à plus d'unité dans le combat contre le changement climatique.» Le 3e pollueur mondial, l'Union européenne, se joint à la Chine —1er pollueur— pour atteindre le but fixé à Paris : moins de 2°C au-dessus des niveaux préindustriels.
Le Fonds vert pour le climat: «noir comme charbon» pour les pays du Sud!
Il n'en demeure pas moins que la déclaration du président américain va immédiatement avoir un impact énorme sur les pays en voie de développement qui souffrent déjà des catastrophes climatiques. En effet, le Fonds vert destiné à aider ces Etats à surmonter ces phénomènes climatiques et à les soutenir dans leur transition énergétique va immédiatement sentir les effets du désengagement américain. Ce désengagement a été publiquement exprimé à Bologne, à la mi-juin, quand les Etats-Unis se sont désolidarisés du communiqué final. Les Etats-Unis devaient verser trois milliards de dollars à ce Fonds dans le cadre de l'Accord de Paris. Ils n'en ont versé qu'un milliard. Les ministres des Finances des 20 pays les plus développés réunis à Baden-Baden, en Allemagne, à la mi-mars 2017, n'ont pas donné suite au «financement vert» pour freiner le réchauffement décidé à Paris en décembre 2015. On en décidera en juillet prochain. Comme M. Trump sera là, il y a fort à parier que la question ne connaîtra pas de progrès. A noter que le secrétaire d'Etat au Trésor, Steven Mnuchin, participait pour la première fois à ce type de meeting et, portant la parole du président, rien n'a bougé concernant le climat à Baden-Baden! Il n'y a pas eu de consensus pour collecter les 100 milliards de dollars annuels promis lors de la COP 21 aux pays pauvres à Copenhague en 2009; en dépit de l'engagement pris en juillet 2016. Verser ces sommes serait un simple geste de justice climatique car des pays comme le nôtre n'ont pas eu le développement connu par les pays riches (Union européenne -et notamment Angleterre, Allemagne, France, Benelux, Japon, Amérique du Nord…) lors de la révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle. En s'industrialisant, ces puissances ont déversé d'énormes quantités de gaz carbonique et sont responsables des dérèglements climatiques actuels. Il est donc normal qu'ils paient pour réparer les dégâts. A Bologne, le 14 juin, les Etats-Unis ne se sont pas joints au six pays du G7, s'agissant du communiqué traitant du changement climatique et des banques multilatérales. Les six autres pays ont affirmé respecter leur engagement pour réunir au moins 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020. La COP 21 vise à contenir plutôt qu'à réduire les émissions de gaz carbonique. Les objectifs de l'Accord de Paris sont bien insuffisants - moins deux degrés Celsius à l'horizon 2030— et bien peu contraignants, mais ils ont eu le mérite d'enclencher une dynamique vertueuse. Donald Trump n'en a cure, enfermé dans un égoïsme sans limites et flattant les sentiments les plus mesquins de ses concitoyens. Trump devrait écouter les sages de l'Afrique quand ils disent: «Qui mange seul, s'étrangle seul». Homme de bilans comptables, Trump met dans la colonne pertes et profits les réfugiés de l'environnement qui se comptent par millions actuellement ainsi que les dégâts de la sécheresse, des inondations et de la montée des eaux des mers. Il ne tient aucun compte du fait que le dérèglement climatique affame des millions d'humains et les chasse de leur patrie. Il ne tient pas plus compte des guerres, des migrations et des pénuries en vue qui vont ajouter au chaos mondial.
Pour le climat et contre les fossiles, des enfants intentent un procès
Symbolique à tous égards est le procès intenté par 21 jeunes gens qui reprochent au gouvernement fédéral de «ruiner leur avenir par son inaction vis-à-vis du changement climatique» (Lire Chelsea Harvey, The Washington Post, 12 juin 2017). L'affaire date de l'époque Obama et les plaignants allèguent que le gouvernement viole leurs droits constitutionnels en faisant la promotion des fuels fossiles, émetteurs de gaz à effet de serre. Ce qui met à mal le système climatique que le gouvernement a la responsabilité légale de protéger comme bien commun. L'administration Trump a tenté, sans succès, début juin, d'empêcher que la requête des jeunes plaignants donne lieu à un procès en bonne et due forme. Celui-ci constituerait, de fait, un précédent en introduisant un contentieux environnemental d'un type entièrement nouveau: les citoyens auraient un droit constitutionnel à bénéficier d'un climat sain. Depuis le retrait du président de l'Accord de Paris, les implications d'un tel procès sont énormes. Les citoyens auraient entre les mains une jurisprudence leur donnant les moyens de contraindre le gouvernement fédéral à agir sur le changement climatique. Face aux politiques égoïstes du climat et de la nature, il est heureux de voir les jeunes se battre. Ils ne désertent pas comme certains adultes car pour eux, «l'avenir n'est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire.» (Bergson).


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