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Elyes Ghariani - Conférence de Munich 2025: Fractures transatlantiques et jeux des alliances
Publié dans Leaders le 12 - 03 - 2025

Par Elyes Ghariani - La Conférence de Munich sur la sécurité 2025 a été la caisse de résonnance des bouleversements profonds qui façonnent l'ordre international. Entre recomposition des équilibres stratégiques et réajustement des priorités des grandes puissances, elle a mis en lumière les tensions transatlantiques et les incertitudes croissantes autour de l'avenir de la sécurité européenne dans un paysage diplomatique en mutation.
Dans ce contexte, l'Europe est confrontée à des choix stratégiques majeurs, entre la nécessité d'adapter ses alliances et celle d'affirmer une plus grande autonomie dans sa capacité d'action. Les relations entre partenaires traditionnels évoluent sous l'effet de nouvelles réalités géopolitiques, redéfinissant les interactions et les rapports de force.
Mais au-delà des rivalités et des repositionnements, Munich 2025 a illustré un monde en pleine reconfiguration, où les certitudes d'hier laissent place à de nouvelles lignes de fracture. Dans cet environnement incertain, chaque acteur cherche à protéger ses intérêts tout en s'adaptant à des alliances changeantes.
Les faits saillants de la Conférence
L'Ukraine au cœur des tensions transatlantiques
L'Ukraine a cristallisé les débats à Munich, exposant au grand jour une fracture transatlantique grandissante. Tandis que l'Europe réitérait son soutien sans faille à Kiev, des signaux en provenance de Washington laissaient entrevoir une volonté d'explorer des options diplomatiques directes avec Moscou. La déclaration tranchante du général Keith Kellogg, émissaire de Donald Trump – « L'Europe n'est pas indispensable à une future table de négociation » – a résonné comme un séisme, ravivant le spectre d'un réalignement américain dicté par le pragmatisme, voire par l'unilatéralisme.
Face à cette perspective, des voix européennes se sont élevées pour rappeler le rôle incontournable de l'UE dans toute issue au conflit. «Il ne peut y avoir de paix sans l'Ukraine et sans l'Europe », a insisté le président portugais António Costa, soulignant l'exigence d'une implication européenne à la hauteur des enjeux.
Mais au-delà des déclarations, Munich a mis en évidence un fossé grandissant entre Washington et Bruxelles. Alors que l'Europe place l'Ukraine au cœur de sa vision stratégique, les Etats-Unis semblent redéfinir leurs propres priorités globales, laissant planer une incertitude lourde de conséquences sur l'issue du conflit et l'équilibre du continent.
Vers un monde multipolaire: redéfinition des alliances et défis pour l'Europe
Au-delà de la question ukrainienne, la Conférence de Munich a vibré au rythme d'un monde en pleine reconfiguration. L'hégémonie américaine s'efface progressivement, laissant place à un échiquier géopolitique où la Chine et la Russie entendent s'imposer comme acteurs majeurs. Dans cette dynamique incertaine, une question s'impose : l'Otan, pilier historique de la sécurité occidentale, est-elle encore à la hauteur des défis d'un ordre multipolaire en gestation ?
Conscients de ces bouleversements, les dirigeants européens ont plaidé pour une vision stratégique commune, seule capable de garantir à l'Europe une place à la mesure de ses ambitions dans un monde en recomposition.
Un frisson transatlantique: les failles d'une alliance
La Conférence de Munich sur la sécurité n'a pas seulement exposé les défis mondiaux, elle a surtout révélé un fossé grandissant entre les Etats-Unis et l'Europe, où s'effritent peu à peu les promesses de coopération et les valeurs partagées.
Un discours qui bouscule l'ordre établi
L'intervention du vice-président américain, J.D. Vance, a marqué un tournant dans cette édition 2025, mettant en lumière des divergences de plus en plus profondes entre Washington et ses alliés européens. Rompant avec le ton traditionnellement conciliant de la coopération transatlantique, il a pointé du doigt les priorités stratégiques de l'Europe, appelant ses dirigeants à se concentrer sur leurs propres défis : une croissance en berne, un manque d'innovation et une gestion migratoire contestée.
Si son discours a divisé l'auditoire, il a surtout exposé les tensions latentes qui fragilisent le partenariat transatlantique. En réponse, les dirigeants européens ont réaffirmé leur attachement à une coopération ancrée dans des valeurs communes et une approche multilatérale des grands enjeux mondiaux. Polémique et sans concession, l'intervention de Vance a révélé les fractures d'une alliance en pleine recomposition.
Ukraine: une stratégie à deux vitesses
La question ukrainienne a creusé un peu plus le fossé transatlantique. Tandis que l'Europe affiche un soutien indéfectible à Kiev, Washington semble désormais enclin à explorer la voie diplomatique avec Moscou, quitte à laisser ses alliés en marge des négociations. Cette divergence alimente les inquiétudes en Europe: un accord conclu sans elle risquerait non seulement de compromettre les intérêts ukrainiens, mais aussi de fragiliser la sécurité du continent.
L'épreuve des chiffres: défense et commerce, des lignes de fracture
Les tensions entre l'Europe et les Etats-Unis ne se limitent pas à la diplomatie ; elles s'étendent aux domaines militaire et économique, où les désaccords se multiplient.
• Défense: malgré les injonctions de l'Otan à consacrer 2 % du PIB à la défense, seuls 11 pays européens ont atteint cet objectif en 2024. Washington, qui assume près de 70 % des dépenses militaires de l'Alliance, exhorte ses partenaires à partager davantage la charge.
La proposition d'Ursula von der Leyen de porter cet effort à 5 % peine à rallier les Européens, déjà contraints par des budgets sous pression.
• Commerce: les barrières douanières américaines et les subventions massives aux industries nationales nourrissent l'exaspération de Bruxelles. La Commission européenne estime que ces mesures protectionnistes pourraient coûter des milliards aux entreprises du continent, freinant ainsi une reprise encore fragile après les crises successives.
Entre réajustements stratégiques et tensions économiques, la relation transatlantique semble plus que jamais à un tournant.
Le spectre de Yalta : l'histoire se répète-t-elle?
Au-delà des joutes verbales de Munich 2025, une question insistante planait : assistons-nous au retour d'un monde façonné par les logiques d'antan ? Le rapprochement affiché entre Washington et Moscou, reléguant l'Europe au second plan, a ravivé le spectre de Yalta – une époque où les grandes puissances, sûres de leur suprématie, redessinaient le destin du monde sans consulter ceux qui allaient en subir les conséquences.
Riyad : diplomatie de l'ombre, frustration européenne
Dans les coulisses des tensions officielles, une rencontre à Riyad entre les chefs de la diplomatie russe et américaine a semé le trouble. Ces échanges discrets, marqués par une connivence bilatérale, ont renforcé l'inquiétude d'une Europe tenue à l'écart des tractations pourtant déterminantes pour sa propre sécurité. Plus qu'un simple dialogue, cet aparté a été perçu comme un signal: les équilibres mondiaux se redessinent, et l'Europe peine à s'imposer dans ce nouveau jeu de puissances.
Sommet Trump-Poutine-Xi : l'Europe reléguée en spectatrice?
L'éventualité d'un Sommet trilatéral en mai 2025 entre Vladimir Poutine, Xi Jinping et, selon des rumeurs persistantes, Donald Trump, a ranimé le spectre d'une Europe marginalisée dans les grandes manœuvres stratégiques. Une réminiscence troublante de Yalta, où le sort du monde se décidait loin des préoccupations des nations directement affectées.
Prévu le 9 mai à Moscou pour marquer le 80e anniversaire de la victoire soviétique, ce sommet pourrait être le théâtre d'ententes décisives, aux répercussions profondes sur l'avenir de l'Ukraine et l'équilibre mondial. Si la confirmation officielle tarde encore, les rumeurs d'une possible participation de Donald Trump, à l'invitation de Vladimir Poutine, alimentent une inquiétude croissante en Europe. Le spectre d'un compromis au détriment de l'Ukraine, voire d'une «finlandisation» imposée, plane avec insistance, menaçant l'architecture de sécurité européenne et ouvrant la porte à des bouleversements dont la portée demeure incalculable.
Un monde en mutation, l'Europe face à l'inconnu.
Munich 2025 n'a pas seulement exposé des désaccords transatlantiques. Elle a révélé un monde en pleine métamorphose, où les repères traditionnels s'effacent face à l'émergence de nouvelles dynamiques de pouvoir. Les alliances se redessinent, les ambitions s'affirment avec une clarté inédite, et l'équilibre géopolitique semble se dérober sous nos yeux.
Dans cette recomposition accélérée, les centres de décision se déplacent, reléguant l'Europe au rôle de spectatrice de négociations menées ailleurs, souvent sans elle. Le Sommet de Munich a confirmé une tendance profonde : la fragmentation des blocs, la montée des stratégies bilatérales et l'érosion progressive des cadres hérités de la Guerre froide.
Dès lors, une question s'impose : ce nouvel ordre émergent portera-t-il les germes d'une stabilité retrouvée ou annonce-t-il une ère de rivalités exacerbées ? L'histoire enseigne que toute transition géopolitique s'accompagne d'incertitudes et de tensions. Une seule certitude demeure: dans ce monde en pleine transformation, rien n'est écrit d'avance.
Elyes Ghariani


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